‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 97 sur 277 · GUERRES ENTREPRISES FAR LES ISRAÉLITES DE LEUR PROPRE INITIATIVE · texte numérisé non relu

GUERRES ENTREPRISES FAR LES ISRAÉLITES DE LEUR PROPRE INITIATIVE

Juges, XI: Le roi des Ammoniles se préparait à attaquer les Israélites, sous prélexle de leur reprendre le pays des Amorrhéeiis qu'ils occupaient depuis trois siècles, Jephlé lui envoya des ambassadeurs qui lui rappelèrent les causes pour lesquelles les Israélites avaient pu s'emparer de ce pays trois cents ans auparavant : « Ce n'est donc pas u moi qui vous fais une injure, lui fit-il dire, mais c'est vous qui me u la faites, en me déclarant une guerre injuste. » Gomme les Ammonites ne voulurent pas se rendre à ces raisons, Jephté se porta au devant d'eux et les défit complètement, après avoir fait le vœu imprudent que l'on connaît. « Le Seigneur, dit Jephté, les a livrés entre mes mains. »

Juges, XX : Des habitants de Gabaa ayant outragé la femme d'un Lévite, celui-ci demaada aux tribus d'Tsraël de les punir. Tout Israël réclama la punition de l'injure faite au Lévite, et demanda à la tribu de Benjamin de livrer les coupables. Les Benjamites refusèrent, et gagnèrent une première bataille, après laquelle les enfants d'Israël consultèrent le Seigneur en disant : « Devons-nous encore combattre « contre les enfants de Benjamin qui sont nos frères, ou en demeurer « là ? » Le Seigneur leur répondit : « Marchez contre eux et donnez-leur « bataille. »

2 Rois, VIIl : David ayant défait Adadezer, roi de Soba, les Syriens de Damas vinrent à son secours. David les combattit et en tua un grand nombre. Il mit, dit la Bible, des garnisons dans la Syrie de Damas : la Syrie lui fut assujettie et lui paya tribut, et le Seigneur le conserva dans les guerres qu'il entreprit.

4 Rois, in : Mesa, roi de Moab, avait fait avec Israël un accord, en vertu duquel il lui payait chaque année un tribut de cent mille agneaux et de cent mille moutons avec leur toison : mais après la mort d'Achab, il rompit cet accord ; c'est pourquoi le roi Joram, avec le secours de Josaphat, roi de Juda, le combattit. « Le Seigneur livrera Moab entre vos mains », lui dit le prophète Elisée.

Or, dans tous les exemples de guerres offensives (1) que nous venons de citer, nous ne trouvons, au point de vue de la justice de la guerre, aucune contradiction avec la définition donnée par la doctrine scolastique (2).

Plusieurs auteurs donnent aussi comme exemples de guerres justes, des guerres qui furent faites par des personnages considérés comme

106. = (I) Nous n'avons rien cité relativement aux guerres défensives, qui sont extrêmement nombreuses dans la Bible, le droit de repousser la force par la force n'ayant jamais fait l'objet de discussions sérieuses,

(2) Toutes les fois, dit Acosta (voir n» 389, note 4), que nous trouvons dans les saintes Ecritures des guerres entreprises par de saints personnages, qui sont loués parce qu'ils ont été forts dans les combats ou qu'ils ont renversé les camps des étrangers, depuis Abraham, combattant pour sauver son frère, jusqu'aux Macchabées, luttant pour leur patrie, leurs lois, et 11;.- liberté, toujours il est fait mention d'un droit antérieurement violé : de telle sorte que ces guerres apparaissent plutôt comme non refusées quand il en était besoin que comme recherchées alors qu'elles n'étaient pas nécessaires (Z)eprom. Evang. ap. barb., lib. IT, cap. IV.)

l68 CONSÉQUENCES DE LA DOCTRINE ET DROITS DU VAINQUEUR

justes et saints, par exemple David (3), les Macchabées, etc. Voici quelques-unes des guerres de cette catégorie le plus souvent citées :

2 Rois, If: Après que David eût été sacré roi, Abner, général de l'armée de Saûl, prit Isboseth, fils de Saûl. et l'établit roi sur un certain nombre de territoires, bien qu'il sût que cela était contraire à la volonté de Dieu. Joab, fils de Sarvia, marcha contre lui avec les troupes de David.

Abner vaincu et poursuivi par Joab lui demanda de cesser les hostilité : « Ignorez-vous qu'il est dangereux de jeter son ennemi dans le désespoir ? N'est-il pas temps de dire enfin au peuple qu'il cesse de poursuivre ses frères ? » Joab lui répondit : « Vive le Seigneur si vous l'eussiez plutôt dit : le peuple se fût retiré dès le matin. » Il fit donc sonner la retraite, et toute l'armée s'arrêta.

2 Rois, X : David ayant envoyé des ambassadeurs à Hanon, roi des Ammonites, à l'occasion de la mort de son père. Hanon les fit prendre, leur fit raser la moitié de la barbe, et fit couper la moitié de leurs habits ; puis les renvoya. David, ayant été averti que les Ammonites levaient des troupes chez les Syriens, envoya contre eux Joab avec toute son armée et les vainquit (4).

2 Rois, XX : Seba, fils de Bochri, de la tribu de Benjamin, avait excité Israël à se séparer de David et à le suivre, ce que tous avaient fait à l'exception de la tribu de Juda. David dit alors à Abisaï : « Seba va nous faire plus de mal que ne nous en a fait Absalon : c'est pourquoi, prenez avec vous ce que j'ai de troupes et poursuivez-le ». La punition de Seba, qui fut mis à mort à cause de son crime, et la soumission des révoltés arrêtèrent de suite toute la campagne.

^ 2. — Les droits du vainqueur.

107. — Dieu avait donné à son peuple (Deut., XX, 10 à 15, voir note 2, n° 102) des instructions sur la manière dont il devait se comporter en faisant la guerre, et sur la conduite qu'il devait tenir après la victoire à l'égard des peuples autres que ceux dont il a été parlé dans le Chapitre 1*' (n"* 102 à 105) :

u Lorsque vous approcherez d'une ville pour l'assiéger, vous lui « ofTrirez d'abord la paix. Si elle accepte et qu'elle vous ouvre ses « portes, tout le peuple qui s'y trouvera aura la vie sauve, et sera « assujetti à un tribut. Que si elle ne veut point recevoir les conditions « de la paix, et qu'elle commence à vous déclarer la guerre, vous « l'assiégerez, et lorsque le Seigneur votre Dieu vous l'aura livrée, <( vous ferez passer tous les adultes mâles au fil de l'épée, en réservant (( les femmes, les enfants, et les bêtes de somme, et tout le reste de ce « qui se trouvera dans la ville. »

(3) 11 est bon de rappeler à ce sujet que Dieu dit à David (1 Parai.. .XXII, S à 11) : « Tu as versé beaucoup de san^ et fait do nombreuses guerres : tu ne pour- « ras bâtir un temple à mon nom, après tant de sang répandu en ma présence (voir n° 7, note 1). i»

(4) llemarquons^quil s'agitjci d'une très grave violation du Droit des gens, et non pas seulement d'un outrai^e ;\ l'égard des Israélites.

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