‹ La doctrine secrète des TempliersChapitre 10 sur 27 · TT AE · texte numérisé non relu

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encore. Écoutons Guido de Ciccica, le troisième des témoins entendus à Florence. Il cite plusieurs chapitres où il a oui professer la doctrine suivante : « Jésus n’est pas vrai Dieu; c’est un faux prophète. Il n’a pas été crucifié pour le salut du genre humain, mais pour ses propres forfaits : on-ne peut ni on ne doit être sauvé par lui. » Le quatrième témoin, frère Nicolas Reginus, reproduit la même doctrine en termes un peu différents. Il dépose que deux grands précepteurs de l'ordre, Guillaume de Nove, grand précepteur de Lombardie et de Toscane, et Jacob de Montecucco, dans un chapitre tenu à Bologne, disaient et professaient que le Christ n’était ni Dieu ni vrai seigneur, mais un faux prophète; qu'il n’était pas mort pour le salut du genre humain et que l’on n'avait point de salut à attendre de lui, mais d’une certaine tête placée dans la salle du chapitre, que les assistants révéraient et adoraient comme étant Dieu. Il y avait là deux cents frères prosternés devant cette idole.

Voilà des dépositions importantes que Raynouard, défenseur un peu trop prévenu de l’ordre du Temple, est loin d’avoir analysé complètement. Le peu qu'il en dit est plutôt fait pour égarer que pour guider l’opinion. On les lira tout au long dans le document inédit imprimé à la fin de ce travail. Un témoignage cité par Moldenhaver résume énergiquement l’idée que les initiés de l’hérésie du Temple se faisaient de la personne du Christ : « L'homme Jésus n’est mort que pour ses péchés". » Ainsi les dépositions re-

! Process gegen des orden der Tempelherrn, Hambourg, 1792, p. 623. MOLDENHAVER, p. 959, cite encore la déposition suivante : « On dit à Albert de Canelles, en lui montrant la croix du manteau : Ce crucifié-là était un faux prophète; ne croyez pas en lui; n’espérez ni ne vous confiez en lui; en mépris de lui, crachez sur cette croix. Sur le refus d'Albert de Canelles, on le contraignit, l'épée à la main. »

US cueillies en Allemagne confirment, sur ce point capital, celles qui furent entendues en Toscane. Interrogeons maintenant celles de Sicile. Voici les termes de l’absolution que les chefs s’arrogeaient le droit d'accorder à la fin des chapitres : « de prie Dieu qu’il vous pardonne vos péchés, comme illes pardonna à Marie Madeleine et au larron qui fut mis en croix. » Qu'on veuille bien remarquer cette assoclation de la Madeleine et du larron qui fut mis en croix; on se convaincra tout à l’heure qu’elle est d’un grand poids dans la question. |

Le témoin qui fait connaître la formule d’absolution que nous venons de rapporter est Galcerand de Teus, entendu à Sainte-Marie en Sicile, au mois d'avril 1310, par les délégués du pape. Raynouard ne voyait qu’extravagances dans sa déposition. La connaissance plus approfondie qu’on posséde aujourd’hui des doctrines hétérodoxes du moyen âge permet au contraire d'en apprécier la portée et la vraisemblance. Pour que rien ne manque à la clarté de sa déposi-

tion, Galcerand de Teus ajoute : « Par le larron dont parle

le chef du chapitre, il faut, selon nos staluts, entendre ce Jésus ou Christ qui fut crucifié par les Juifs, parce qu'il n'était pas Dieu et que cependant il se disait Dieu et roi des Juifs, ce qui était un outrage envers le vrai Dieu qui est dans les cieux. Lorsque Jésus, quelques instants avant sa mort, eut le côté percé d’un coup de lance par Longin, il se repentit de ce qu’il s'était appelé Dieu et rai des Juifs,

et demanda pardon au vrai Dieu : alors le vrai Dieu lui

pardonna. C’est ainsi que nous appliquons au Christ crucifié ces paroles : comme Dieu pardonna au lärron qui fut Mis EN CTOiT. |

«€ Quant à la Madeleine, continue le même témoin, ses péchés lui furent remis par le vrai Dieu qui est aux cieux, parce qu’elle fat son amie et que, pour le servir, elle fré-

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quentait les églises et les monastères, et qu'elle allumait les lampes des églises ‘. »

Dans la pensée intime de l’ordre du Temple, Jésus n’est done rien autre chose qu’un homme, un coupable justement supplicié pour ses crimes. « L’homme Jésus n'est mort que pour ses péchés. » Dieu ne s’est pas incarné; il n’a pas souffert, 11 n’a pas péri sur la croix: « Vous ne devez pas croire que Dieu soit mort, dit un des chefs, parce que cela n’est pas croyable ?. » De là le mépris que l’ordre affichäit pour la croix et les insultes qu'il lui prodiguait; de là cette obligation imposée aux initiés de cracher trois fois sur le crucifix, de le souiller d’une façon plus ordurière encore, et cela le vendredi, et même le vendredi saint *. « Ge n’est rien de plus qu'un morceau de bois, dit Gérard de Passage; notre seigneur est au ciel ‘, » et sommé de conspuer et de fouler aux pieds la croix, il obéit aussitôt. De ià enfin, car tout s’enchaine dans ce système, de là lomission des paroles sacramentelles de la messe : Hoc est corpus meum, fait qui fut avoué par plusieurs prêtres de l’ordre *. Toute secte qui nie la divinité de Jésus nie, par cela même, la transsubstantiation : c’est une conséquence obligée.

! RayNouARD, p. 282. Nous ne donnons ici que les deux dépositions les plus significatives. On en possède une foule d’autres, qui toutes prouvent également le mépris que lordre attachait à la personne du crucifié. Nous rappellerons seulement ici celles de Bertrand de Montigniac, de Foulques de Troyes, de Jean de Chounes, citées plus haut. | à

2 Déposition d’Étienne Trobati, RAYNOUARD, p. 248.

5 Déposition de Nicolas Reginus, quatrième témoin de Florence, dans le document inédit publié en fin de cette étude.

S-Prote ler, D. 914

# Procès, t. If, p. 155 et passim. — Dans l'information qui fut faite en Angleterre, de 1509 à 1311, deux témoins déposèrent de lomission des paroles de la consécration et treize de l’absolution laïque.

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