‹ La doctrine secrète des TempliersChapitre 11 sur 27 · SECTES CONGÉNÈRES ET SOURCES PREMIÈRES · texte numérisé non relu

SECTES CONGÉNÈRES ET SOURCES PREMIÈRES

On voit, dès à présent, se dessiner les grandes lignes de la doctrine secrète du Temple. I reste à v pénétrer, à en saisir le sens intime et les détails, en la conférant avec celle des sectes dont elle se rapproche. Ce qui précède fait déjà pressentir que, selon nous, le templérisme fut simplement une branche de cette grande souche cathare qui a produit des rejetons si divers.

Mais sur quel rameau exactement s'est-il enté ? Ne formet-1l pas une branche à part, une secte sui generis, en laquelle se sont fondus et combinés les principes de plusieurs hérésies congénères, rattachée seulement à la secte mère par la communauté de quelques dogmes fondamentaux, par des liens qui, pour être plus nombreux et plus directs que ceux qui la rapprochent des cultes orientaux, lui laissent néanmoins sa liberté d'expansion, son individualité, sa

physionomie particulière? Cest là ce que nous allons examiner, et, pour le faire, quelques aperçus sur la filiation des diverses sectes cathares et sur les déviations qu’elles ont imprimées à l’idée génératrice du catharisme sont d’abord indispensables. |

Cette hérésie, disons mieux, cette religion cathare, qui eut sa hiérarchie régulière, son église, ses pasteurs, qui, pendant tant d'années, tint en échec toutes les forces de l’église orthodoxe, et contre laquelle Innocent HE dut diriger une croisade dont les terribles souvenirs vivent encore dans tout le midi de la France, cette hérésie ne fût jamais arrivée au prodigieux développement qu’elle acquit du Xe au XVe siècle, si la majorité de ses adhérents eût professé des principes aussi diamétralement opposés à la morale éternelle, à l’honnêteté, à l’ordre social que paraissent lavoir été ceux qu’on reproche à l’ordre du Temple. Le nom même de cathare, qui signifie pur et parfait, proteste contre une telle supposition. Mais, comme toutes les grandes conceptions schismatiques, elle a subi des modifieations qui ont amené sa division en branches séparées. Pour quiconque aura suivi avec attention l'exposé synthétique que nous avons donné de la croyance des Templiers, il doit être évident tout d’abord que ce n’est pas dans le catharisme pur qu'il faut chercher la parenté immédiate de cette doctrine, mais parmi les branches les plusedégénérées, parmi les sectes les plus adonnées au culte d’un grossier sensualisme. |

Nous ne dirons qu'un mot du fond même de la doctrine cathare : ce qui importe surtout, c’est d'en suivre les déviations. Nous arriverons peut-être par là à faire comprendre que les aberrations de l’ordre du Temple ne sont point un phénomène aussi étrange qu’il le semble au premier coup d'œil, qu’elles sont la conséquence d’un système

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us A ee religieux très-dépravé sans doute, mais qui n’en a pas moins son explication historique et philosophique.

Ce qui est imparfait ne peut provenir d’une cause parfaite : la philosophie cathare part de ce principe emprunté à l’antiquité orientale et qui lui est commun avec les Manichéens et les Pauliciens. Il y a antithèse absolue entre un ‘Dieu infini et bon, telque l'intelligence humaine le conçoit, et un monde fini et voué au mal, entre un Dieu qui est la vie infinie et des êtres qui ne naissent que pour mourir. L’être immuable et bon ne peut pas être l’auteur des choses mauvaises et transitoires : il y a donc deux créations et deux dieux. L'un, le Dieu bon, a créé les esprits ; ilest le principe de la lumière; son royaume cest celui de lintelligence; son monde est le monde supérieur, le monde invisible où tout est parfait. Il ne prend aucune part aux choses qui se passent sur la terre; son domaine tout spirituel est

sans rapport avec celui de la matière : ce qu'il a créé n’est

visible qu'aux anges et aux hommes célestes dont le corps aussi bien que l’âme sont immatériels et étrangers aux passions comme aux grossiers appélits des âmes et des corps terrestres. L'autre, le Dieu mauvais, est le créateur de ce bas monde, de tout ce qui est tangible, matériel, transitoire, de tout ce qui palpite et souffre. (est lui qui a fait le ciel visible et tous les astres. De lui procèdent tous les maux apparents; le mal moral aussi bien que le mal physique ; il est le souverain dominateur de la matière, de la nature inanimée comme de la nature organique. C’est lui qui a donné à la terre la vertu de faire germer et fleurir les plantes ‘. Il est la source première de la vie, de la souffrance et du péché ; son nom est Lucifer, et tout le mal qu'il fait, il le fait en haine du Dieu supérieur. On voit que

1 Liber sentent. inquisit. Tolos., 132, 138, 149.

PS: NES le rôle de Lucifer n’est pas médiocre et que les hommes ont bien autrement à compter avec lui qu'avec le Dieu bon, relégué dans les espaces célestes et qui n’exerce sur leur destinée qu’une influence très-indirecte.

Le Dieu mauvais a sa révélation dans l'Ancien Testament : c’est dans le Nouveau au contraire que le Dieu bon s’est manifesté. Voilà pourquoi il est dit du Dieu du Nouveau Testament « qu’il est lumière et qu'iln'y a nulles ténèbres en lui. ‘» Voilà pourqoui le Dieu de la Genèse crée le ciel et la terre; mais « la terre est sans forme et vide, et les ténèbres sont sur la surface de l’abîime ?. » C’est que le ciel et la terre, ainsi que les ténébres, sont l’œuvre de Lucifer. Voilà pourquoi encore, d’après l’Ancien Testament, les fils de Dieu pèchent*, tandis qu'il est dit dans le Nouveau que « celui qui est né de Dieu ne pêche point * Ce n’est pas le Dieu bon qui a parlé à Moïse el qui a guidé le patriarche : Moïse a reçu la loi d’un trompeur; il a été lui-même un sorcier, un larron *. La loi n'ayant pas été donnée par le Dieu bon, n’est pas de la for et n’a aucune autorité.

Les âmes des hommes créées par le Dieu bon ont été séduites et entrainées sur la terre par le dieu mauvais, qui les a enchainées dans des corps où elles subissent tous les

! Première épiître de saint Jean, 4, 5.

ben; ui, 2%

$ Génÿ Vi, 2.

# Première ép. de saint Jean, int, 9. |

5 Scamipr, Hist. des Cathares, t. I, p. 22, et les Actes de l’inquisition de Carcassonne, 1247, au t. XXII, fo 100 des vol. mss. existant à la Bibliothèque imp., et contenant les copies faites en 1669, par ordre de Jean de Doat, sur les registres de l’inquisition et sur des documents relatifs aux suites de la croisade contre les Albigeois, dans les archives d’Alby, Carcassonne, Toulouse, Narbonne, etc.

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maux inhérents à la condition humaine. C’est pour mettre un terme à leur servitude et au triomphe de son adversaire que le Dieu bon a envoyé son fils Jésus sur la terre. Ce fils n’est pas Dieu, mais une créature inférieure au Père. Pour induire en erreur le dieu mauvais, il a pris la forme d’un homme ; mais son corps, formé de la substance éthérée commune à tous les êtres célestes, était affranchi des lois de la matière qui souille tout ce qui la touche. C’est ce corps céleste qui est entré dans Marie et qui en est sorti sans recevoir d'elle aucun principe matériel; c’est lui qui.

a été mis en croix sans éprouver aucune douleur et qui est

enfin remonté au ciel. Toute la vie de ce Christ fantôme n’a été qu'une apparence. Îl n’est point réellement présent dans la sainte Cène : sa croix, ses images ne méritent aucune vénération.

Si l’on joint à ces idées dogmatiques le rejet du baptême d’eau, la condamnation du mariage et de la nourriture animale, la communication du Saint-Esprit.par l'imposition des mains dans une cérémonie appelée le Consolamenturmn, l’usage de remettre au frère consolé un fil de lin ou de laine dont il devait se cemdre le corps, on aura un aperçu très-sommaire, mais assez complet toutefois, du système religieux des premiers Cathares.

Dès les premiers âges de cette doctrine se manifesta une tendance à la modifier par une idée plus philosophique et

en même temps plus élevée : la croyance en un Dieu suprême, créateur du mauvais esprit lui-même. Ce dualisme mitigé donna naissance à plusieurs sectes, reliées seulement

par quelques idées communes empruntées au catharisme primitif, mais séparées par de graves divergences. Les unes révéraient, outre le Dieu suprême, ses deux fils, dont l’un gouverne le royaume céleste et l’autre le monde visible; d’autres ne rendaient un culte qu’au chef du monde supé-

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rieur et à son fils cadet, celui qui possède l'empire du ciel

et des âmes : le fils aîné, maître de la terre et des corps, était pour eux l’auteur du mal. Cependant ils ne le méprisaient point ct se gardaierft de l'irriter, de peur de s’exposer à ses vengeances. Enfin beaucoup de ces sectaires allaient plus loin et n’avaient de culte que pour ce dernier qu'ils appelaient Satanaël, et auquel ils attribuaient le pouiis de les rendre heureux et riches ‘ 7 + De ces trois systèmes LATE le plus répandu fut ci

qui professait le culte du Pèreet du fils qui gouverne le

monde céleste : ce fut celui des Bogomiles; le plus grossier fut celui des Sataniens ou Lucifériens, qui ne vénéraient que le fils aîné, le Dieu du monde et ses démons, et qui maudissaient le fils cadet, lequel, suivant eux, provoque toutes les catastrophes, afin de témoigner sa rancune à son frère. C’est de ces deux doctrines que paraît s'être formée celle des Templiers. Leur culte, comme on l’a vu, s’adressait à la fois au Père céleste et au démon : Jésus en était exclu. Or Jésus, dans les deux théories hérétiques qui viennent d'être exposées, c’est le fils cadet. De là ce mot échappé à l’un des témoins de Pinitiation de Foulques de Troyes : « Ne faites pas grand cas de celui-ci, parce qu’il est. trop Jeune ». Ainsi l’ordre du Temple paraît avoir puisé à la fois dans les croyances des Bogomiles et des Lucifériens : nous devons donc esquisser ici ces deux doctrines, afin qu’on puisse apprécier les éléments que la théologie du Temple leur a empruntés. À Toutes les origines sont obscures : cela est vrai surtout des origines religieuses, et en particulier de celle des Bogo-

miles. Suivant M. Matter, cette origine est inconnue et an-. a”

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+ 1 ! Michaelis PseLL1, De operatione dæmonum dialogus, p.8; SCHMDT,… Hist. et doctrine de la secte des Cathares, 1. FR p.9ett. Il, p. 58.0"

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térieure au catharisme ‘. Le système cathare ne serait qu'une sorte de résumé tronqué, de traduction occidentale des doctrines bogomiles, et ces dernières seraient empruntées au gnosticisme. Suivant Néander, les Bogomiles descendraient des. Pauliciens et n’auraient absolument rien de commun avec les Gnostiques. Enfin, pour M. Schmidt, dont l'autorité est si grande en cette matière, le bogomilisme n’est qu'une modification du dualisme cathare primitif. Les analogies existant entre ce système et celui des gnostiques sont fortuites et ne proviennent, comme les analogies avec le manichéisme et le paulicianisme, que de la communauté du point de départ ?. Cette opinion nous paraît la plus rapprochée de la vérité. Il nous semble incontestable toutefois que quelques éléments gnostiques, pour la plupart étrangers au catharisme occidental, s’allièrent au dualisme bogomile dans les pays orientaux de l’Europe : M. Schmidt le reconnait lui-même dans quelques parties de son consciencieux ouvrage Ÿ. Mais, et c’est là ce qui nous intéresse surtout dans cette question, ces éléments sont secondaires : la célèbre théorie des émanations n’en fait pas partie. Or, cette théorie est le principe fondamental du gnosticisme comme du manichéisme : l’éliminer du système bogomile, c’est séparer nettement ce dernier de ceux de Manès et de la gnose.

Les Bogomiles, dont le nom signifie : amis de Dieu, étaient répandus en Thrace dès le milieu du XIe siècle. Leur chef, Basile, fut brûlé par ordre de l’empereur Alexis Comnène. La fille de ce prince, Anne Comnène, nous a

1 Hist. critique du gnosticisme, 2e édit., t. II, pages 257, 266, 800, 311.

2 ScaminT, note première du t. Il, p. 263.

# Scan, t. I, p. 12, et t. IL, p. 59.

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laissé un traité où elle tente d’expliquer leur origine, mais en se taisant sur leurs doctrines, par respect, dit-elle, pour son sexe. Ces doctrines nous sont connues par divers traités polémiques du théologien byzantin Euthymius Zigabenus, dont le principal est la Panoplie dogmatique.

Le Dieu supérieur, le Père suprême, essence pure et toute spirituelle, a deux fils : l'aîné, Satanaël, et le second, Jésus, qui est aussi appelé Verbe, Christos et Archange Michaël. A l'aîné appartenait le gouvernement du monde céleste. Il siégeait à la droite de Dieu qui lui avait conféré la puissance créatrice. Enivré d’orgueil, 1l se révolta contre son père, entraina plusieurs anges dans sa rébellion et fut chassé du ciel avec eux. Alors, aidé des compagnons de sa faute, il créa, à l'image du monde céleste, une terre visible, ayant, comme l’autre, son soleil et ses étoiles. D’un peu de limon tiré de l'eau, 11fit le premier homme ; mais il ne parvint point à le vivifier, L'esprit dont 1l avait animé Adam ressortit par le pied de ce dernier et passa dans le corps du serpent, lequel devint ainsi un ministre du démon‘. L’impuissant démiurge fut alors contraint de recourir à son père. Il le conjura d'envoyer un souffle sur l’œuvre imparfaite, lui promettant que l’homme ainsi animé leur serait commun. Dieu se laissa toucher à cette prière, car, étant bon et père, il conserve pour son fils déchu un involontaire attachement. On voit combien nous sommes près ici de ce Dieu mauvais des Templiers qui, bien que démon, n’en est pas moins ami du Dieu supérieur et « converse avec lui quand il le veut. »

Êve fut formée comme l'avait été Adam ; Satanaël la séduisit et eut d’elle une fille, Colomena, et un fils nommé Cain. C'était un moyen indirect de manquer à sa récente promesse et d'assurer son empire exclusif sur la race qui devait des-

* ScHMiDT, t. II, p. 60 ; MATTER, t. IL, p. 300.

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cendre de Caïn. Mais d'Adam et d’Éve naquit un autre fils qui, n'ayant point de sang maudit dans les veines, devait être meilleur que son frère : Satanaël comprit qu’une moitié de sa proie lui échappait. Il semble qu’à ce moment un traité intervint entre lui et son pêre: le fils rebelle, renonçant à sa gloire divine et dépouillé de sa faculté créatrice, reçut en échange l’entier gouvernement des créatures qu’il s’engagea toutefois à ne point induire au mal. Mais, infidèle à sa promesse, il s’efforça de séduire et de perdre les hommes, et Dieu fut obligé de venir au secours des âmes qui, on se le rappelle, étaient son propre souffle. C’est dans ce but qu’il fit sortir de son cœur son second fils, son Verbe, lequel entra dans la Vierge par l'oreille, n’eut d’un homme que l'apparence et resta étranger aux besoins comme aux souffrances de l’humanité. Jésus n’éut d'autre mission que de montrer aux hommes le chemin le meilleur pour revenir au ciel ; sa mort fut sans effet pour l'humanité. Il ne la délivra pas même de l’empire du malin ; car, bien qu’à la fin de sa vie 1l soit descendu aux enfers pour y enchaïiner son frère rebelle et arracher de son nom la syllabe finale (el, Dieu), il ne put toutefois ravir à Satan le pouvoir, l'influence mauvaise qu’il exerçait sur les hommes, et c’est pourquoi ces derniers doivent se garder d'irriter ce prince du mal. ?

À l’exemple des dualistes cathares primitifs, les Bogomiles regardaient l’ancien. Testament comme inspiré par Salan, à l’exceplion toutefois des prophètes et des psaumes. Par une interprétation arbitraire, ils pliaient à leur doctrine tous les passages du Nouveau Testament qui n'étaient pas en harmonie avec leurs principes fondamentaux. Ils admet- {aient aussi la vision d’Isaïe, livre apocryphe longtemps cher à diverses sectes gnostiques. L’évangile de saint Jean était particulièrement en honneur chez eux : ils le posaient sur

la tête des néophytes auxquels ils conféraient l’initiation *.

Peut-être est-ce ici le lieu de rappeler qu’au dire de plusieurs historiens, cet évangile était, dans l’ordre du Temple, l’objet d’une foi toute spéciale ?. Celle des sociétés maçonniques qui prétend descendre immédiatement des Templiers possède un évangile grec de saint Jean qu’elle affirme provenir des grands-maîtres du Temple et être copié sur l’original du mont Athos. Münter altachait une grande importance à ce fait : il pensait que ce manuscrit, dans lequel il croyait trouver des vestiges de gnosticisme, remontait au XIIIe siècle. Au contraire, suivant M. Thilo, professeur à Halle, éditeur du code apocryphe du Nouveau Testament, le manuscrit dont s’enorgueillissent les Templiers modernes serait du commencement du dix-huitième siècle et ne présenterait que des textes de saint Jean, sans trace apparente de gnosticisme. Wilcke est plus précis : « Leur évangile de saint Jean, dit-il, venu du mont Athos et souscrit en grec des cinq premiers grands-maitres du Temple, n’est que l’évangile connu de cet apôtre, mais mutilé, tronqué, interpolé, falsifié par un faussaire moderne, de manière à yinsinuer le panthéisme du juif Spinosa, supprimant tout ce qui établit la distinction des personnes divines, la divinité du Christ, ses miracles, la primauté de saint Pierre, pour la transporter à saint Jean par une interpolation frauduleuse, imposture fondée sur une erreur grossière. Les anciens Templiers avaient entre autres pour principal patron saint Jean-Baptiste ; les Templiers modernes, croyant que

* V. SCHMIDT, t. IL, p. 7 et 61; MATTER, t. III, p. 305.

? V. MuNTER, dans GROUVELLE; Henri MARTIN, Hist. de France, t. IV, p. 478; MATTER, t. IT, p. 325. Outre cet évangile, les Templiers modernes possèdent un recueil manuscrit de dogmes et de rites, appelé Lévilicon, et qu'ils attribuent aussi aux anciens Templiers.

A us c'était saint Jean l’Evangéliste, ont attribué à leurs devanciers l’évangile fals'fié de lApôtre ‘. » Nous voilà bien loin, comme on voit, de l’opinion de M. Henri Martin qui, après avoir affirmé, dans son texte, que les Templiers profanaient la croix, mais respectaient l’évangile, spécialement l'évangile le plus spirituel, celui de saint Jean, ajoute en note, à propos du manuscrit conservé par les Templiers modernes : « 1! paraît bien établi que ce manuscrit, d’un âge assez reculé, provient des grands-maitres du Temple*?. »

Entre des sentiments si diamétralement opposés, il n’est pas facile de choisir et de prononcer. Le plus sage est d'attendre que le monde savant ait été mis à même d’examiner et de discuter le document dont il s’agit, ce que rendra facile la publication qu'en fait en ce moment M. Thilo *. Tout ce que nous voulons conclure de ce qui précède, c'est que les Templiers, comme les Bogomiles, ont été accusés de prêter une foi particulière à l’évangile de saint Jean.

Les Bogomiles ne vénéraient pas la croix, parce que, disaient-ils, elle avait servi à la mort du Christ. M. Matter remarque avec raison que ce n’était là qu’un prétexte, puisqu'ils ne croyaient mi à la mort ni aux souffrances du Rédempteur. Ils rejetaient, au dire d'Euthymius, « le sacrifice mystique qui inspire une sainte terreur, ainsi que la participation au corps et au sang du Seigneur , » principes qu'on retrouve chez les Templiers. Comme ils n’admettaient qu'un culte intérieur et tout spirituel, les images et tout

1 WiLCKE, t. IT, p. 466.

? Hist. de France, t. IV, p. 478.

5 Lors de la lecture de la présente étude devant l’Académie des inscriptions (séance du 12 novembre 1869), M. Alexandre a fait connaître en effet que l’évangile dont il s’agit, dit Évangile des Templiers, venait d’être publié par M. Thilo.

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l'appareil extérieur leur étaient antipathiques. Cependant ils se représentaient Dieu, le Père, sous la figure d’un vieillard à longue barbe, le Fils sous celle d’un homme à qui la barbe commence à pousser ; le Saint-Esprit comme un Jeune homme à face lisse‘. Ils honoraient d’ailleurs les démons dont le pouvoir n’avait pu être vaincu par Jésus. Mais, contrairement à ce qui se passait dans l’ordre du Temple, ce culte des puissances inférieures avait moins pour mobile le désir d’en recevoir des bienfaits que la crainte d’en être maltraité.

Il n’y avait qu’un pas de ce respect mêlé de terreur à un culte spécial et exclusif. Ce pas, quelques dualistes le franchirent. Dès le milieu du XIe siècle on rencontre cette doctrine que Satanaël doit seul être adoré, qu'à lui seul on doit adresser des prières pour être heureux 1e1-bas. Cest cette croyance qui fut propre à celle des deux grandes branches du dualisme mitigé dont il nous reste à parler, à ceile des Sataniens ou Lucifériens; c’est elle aussi qui semble avoir versé le plus de flots troubles dans ce mélange impur qui forme la doctrine secrète du Temple. Ce qu’il convient ici de mettre en lumière, c’est moins la pensée inspiratrice que ses conséquences, Ce sont moins les dogmes que les mœurs, les rites et les pratiques étranges qui en découlent, et ce. côté du sujet offre à la fois plus d'intérêt et moins d’aridité.

Que le lecteur veuille donc bien nous suivre au fond de celte ténébreuse sentine d'impuretés où nous ne porterons du reste qu’un flambeau rapide et discret. Il doit comprendre qu'il a dès à présent entre les mains les premiers éléments de solution d’un des plus grands problèmes de l’histoire. Ces rêveries que l’impitoyable logique propre aux

Euthymius Zigabenus, sect. 14. — MATTER, t. II, p. 305.

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Pl: 0e esprits incultes devait traduire en abus révoltants, ont été, dans leur temps, des nouveautés bardies : elles ont soulevé les passions de générations nombreuses ; elles ont fait couler des flots de sang. À ce titre elles mériteraient de sortir du domaine étroit de l’érudition, quand même elles ne devraient pas fournir la lumière qui permet d’élucider le fait le plus mystérieux et le plus considérable du plus grand siècle du moyen âge.

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LES EUCHÈTES ET LES LUCIFÉRIENS.

Michel Psellus, philosophe qui vivait vers le milieu du XIe siècle, et qui jouissait d’un grand crédit près de l’impératrice Théodora, fut chargé d’une enquête sur les opinions de sectaires qu'il qualifie d’exécrables et qu’il appelle Euchètes où Enthousiastes.

Qu’étaient-ce au fond que ces Euchètes? Descendaientils, comme le pense un écrivain allemand, Schnitzer, des Euchètes du IVe siècle qui, après avoir été chassés de l’Asie, se seraient perpétués dans la Thrace jusqu’au XIe ? Ont-ils donné naissance aux Bogomiles, ou bien le système de ces derniers a-t-1l seulement subi quelques modifications pas suite de son contact avec eux ? Rien de plus obscur que ces questions. Ge qui est certain, c’est que Psellus, le seul auteur qui nous fasse connaître les Kuchètes, expose les opinions de trois sectes sorties d'eux, et que, de ces trois sectes, la plus spiritualiste, celle qui honorait à la fois Dieu le père et ses deux fils, ne paraît avoir eu

"Te qu'un développement passager ; la seconde a les plus grandes analogies avec les Bogomiles; la troisième était en communion absolue de principes avec les Sataniens ou Lucifériens.

La seconde en effet (par malheur, Psellus n’en donne pas le nom), honorait à la fois le Dieu suprême et son fils cadet, mais évitait de mécontenter l’ainé, le fils déchu, créateur du monde terrestre‘ : la troisième professait l'opinion que ce dernier a seul droit à la vénération des hommes ?. Ce mauvais génie, Psellus l'appelle Satanaki ; or Satanaki est la forme slave de Satanaël #. Il est donc vraisemblable que cette doctrine grossièrement matérialiste eut sa source dans les tribus slaves longtemps allachées aux fables du paganisme, ct que c’est à ces tribus que les Euchètes l’empruntérent. Il se pourrait toutefois qu’elle eût un berceau oriental et, qu’au lieu de lavoir empruntée aux Slaves, les Euchètes la leur eussent au contraire communiquée : des sectaires euchètes vivaient au XIe siècle en Mésopotamie et justifiaient leurs erreurs par des visions et des extases *. |

Quoi qu'il en soit, cette croyance se répandit rapidement. Comme elle exaltait brutalement les passions, comme elle était en harmonie avec l'esprit inculte des temps

1 La seule nuance qui sépare les Bogomiles de cette branche des Euchètes, c’est que, dans cette dernière, les élus n’étaient pas astreints à se priver d'une nourriture animale, tandis que les Bogomiles suivaient, sous ce rapport, le rigorisme sévère des dualistes cathares. (V. ScumpT, t. II, p. 266.)

? PsELLUS, De operalione dæmonum, t. II, édit. de 1615.

5 M. BolSSONNADE, dans l'édition de Psellus qu’il a publiée à Nuremberg en 1838, donne la préférence à la variante Satunaël ; mais l'édition originale que nous avons sous les yeux porte bien Satanaki.

4 MATTER, Host. critique du Gnosticisme, t. IX, p. 250.

barbares où elle se manifesta, elle acquit un développement prodigieux. Au XII siècle on la trouve florissante dans la Thrace, devenue un foyer d’agitation religieuse et où s'étaient réfugiés les débris des Pauliciens, chassés de Tépriké par l'empereur Basile le Macédonien. A celle époque, et en Grèce, ceux qui admeltaient cette grossière théologie furent appelés Sataniens, nom qui caractérisait et résumait leur système’. Plus tard ils reçurent en Occident celui de Lucifériens. Ils se répandirent surtout dans les provinces autrichiennes, en Styrie, en Tyrol, en Bohème où ils pénétrérent vers 4176 : on en rencontra dans le Brandebourg et jusque sur le Rhin ?.

Dès le commencement du XIII siècle, cette hérésie avait envahi l'Allemagne occidentale. En 1931, le synode de Trèves condamna une femme qui avait plaint le diable d’avoir été injustement expulsé du ciel ÿ, Ce n’est qu'un siècle plus tard que la secte fut découverte en Autriche par le zèle des Dominicains. Ces moines trouvérent beaucoup de Lucifériens parmi les nombreux Cathares du diocèse de Passau, à Vienne et dans la Styrie. En 1515, plusieurs de ces sectaires furent brülés à Krems, à Saint-Hippolvte, en Bohême. A Vienne, plus de cent périrent avec un grand courage au milieu des flammes : un de leurs chefs, nommé Neumeister, assura, en montant sur Île bücher, qu’ils étaient plus de 80,000 dans les pays autrichiens et ailleurs. M. Schmidt suppose que cette évaluation était éxagérée, mais il remarque toutefois qu’en 1338, et malgré

! Sataniani, quia Satanam fortem existimantes, eum venerabantur, ne mala in eis, ut dicebant, operaretur. — NicETAS CHONIATES. Thesaurus orthod. fidei, 572.

? SCHMIDT, t. [, p. 139.

5 Gesta archiepiscopum Trevirensium, dans l’Amplissima collectio de dom MARTÈNE et dom DuraNp, t. IV, col. 244.

Por. "| Dee de nouveaux supplices, ces hérétiques étaient assez puissants pour opposer à l’inquisilion une résistance redoutable et pour persécuter à leur tour les prêtres et les moines ‘.

Ainsi c’est en 1315, moins de quatre ans après la destruction de l’ordre du Temple, que cette hérésie arrive à son plus haut développement, et, en dépit des persécutions et des supplices, elle est assez forte pour tenir tête à l’inquisition. Elle a alors des réprésentants en Mésopotamie, dans toute l’Asie-Mineure, dans la Thrace, la Grèce et dans plusieurs contrées occidentales de l’Europe. On voit que si l’hérésie du Temple participe de celle-là, 1l est assez inuüle de chercher en quelle contrée les Templiers puisèrent leurs erreurs. Ils les trouvèrent à la fois dans presque tous les pays où ils avaient des résidences : l'Asie aussi bien que l’Europe en étaient infectées. On jugera des points de contact des deux doctrines par le peu que nous allons dire de celle des Lucifériens : nous l’empruntons aux sources les moins suspectes, aux annales de Neuss et à la chronique de Vitoduranus ?.

Cest injustement que Lucifer a été chassé du ciel : il y remontera un Jour avec lous les siens, tandis que Michaël (on se rappelle que dans le système bogomile c’est là un des surnoms de Jésus), tandis que Michaël et ses anges seront livrés à d’éternels supplices : 1l en sera de même des hommes qui refusent d’adorer Lucifer. Tel était un des ar-

! SCHMIDT, t. E, p. 141, d’après Viropuranus et le Catalogus abbatum Glunicensium, au t. Il, p. 330 des Scriplores rerum Aulriacarum.

? Les annales de Neuss ou de Nuys (Annales Novesienses) ont été publiées au t. IV de l’Amplissima collectio de MaRTÈNE et DurANo. La chronique de VITODURANUS se trouve dans le Thesaurus historiæ Helvelicæ.

"90 ticles fondamentaux de la foi des Lucifériens ; c’est pourquoi ces sectaires, en se rencontrant, se saluaient par ces mots: « Lucifer, qui a subi l’injure, te salue. »

Un second point de foi était exprimé par l’espèce de dilemme suivant : « Si Marie est restée vierge après la conception, c’est un ange et non un homme qu’elle à enfanté ; si elle a mis au monde un homme, elle n’est pas restée vierge. »

La messe n’est que vanité ; elle n’est ni utile ni respectable. C'était là encore un des articles de la croyance des Sataniens.

D'accord en cela avec les Bogomiles et les Cathares primitifs, ces hérétiques niaient la présence réelle : ils appelaient lhostie un Dieu simulé (Deum ficlitium). Is se moquaient du baptême et de l’extrême-onction, méprisaient le mariage qu'ils appelaient juratum meretricium, el, quant au sacrement de pénitence, 1ls le dénaturaient étrangement, se confessant non à des prêtres mais à des laïques et accusant tous leurs péchés en bloc et non un à un ‘. C'est à peu près ce que faisaient les Templiers auxquels il était donné une absolution commune : ils allaient même plus loin que les Lucifériens, car, d’après les articles 107 et 108 de l’acte d'accusation, confirmés par les dépositions de Florence, le grand-maitre, quoiqu'il ne fut pas prêtre, entendait les chevaliers en confession, et s’arrogeait le droit de les absoudre même des fautes non révélées. Enfin les Lucifériens plaisantaient du jeûne, mangeaient de la viande en tout temps et travaillaient même dans le temps pascal. Pour eux l’Église romaine était l’église des infidèles : ils rejetaient ses usages et ses traditions.

1 Confitentes non sacerdotibus, sed laicis in genere, peccala sua in specie exprimentes. (Annales Novesienses, col. 582.)

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Leur morale était d'accord avec leurs idées religieuses. Non seulement Dieu ne punit point le mal qui se commet sur la lerre, mais même il lignore. « C’est pourquoi, disent les révélateurs de ces abjectes théories, ils tenaient leurs réunions dans des lieux souterrains qu'ils appelaient, par antiphrase, des caveaux de pénitence, et là se livraient aux actes de la plus honteuse promiscuité, paler cum filia, fraler cum sorore. » Peut-être croyaient-ils qu'il n'est pas au pouvoir du corps de souiller l’âme et que, quoi qu'il puisse faire, une fois arrivé à la liberté spirituelle, on ne pêche plus. Ainsi s’expliquerait cette étrange opinion que leur prêtent les annales de Neuss, que la virginié ne peut se perdre sur la terre. C'est l’idée qu’exprimait à sa manière une femme de leur secte qu’on condamnuait au bûcher, et qui répondait à ses juges : « Au-dessus de la terre je suis vierge encore, mais ici-bas je le suis trèspeu. » Ajoutons, pour compléter ce tableau de la morale des Lucifériens, qu’ils n'avaient d'autre souci que les biens matériels, qu’ils ne songeaient qu’à s'enrichir et adressaient à cet eflet leurs prières à Lucifer ?.

Ainsi, tandis que les Cathares primitifs plaçaient au sommet de leur système religieux un Dieu bon, objet exclusif de leur culte, tandis que les Bogomiles partageaient leurs prières entre ce Dieu et son fils céleste, tout en évitant de mécontenter le fils déchu, créateur de la matière, les Lucifériens n’adressaient leurs hommages qu’à ce dernier. Au heu que les Cathares, voyant dans la matière l’œuvre du Dieu mauvais, évitalent tout contact avec elle, les Lucifériens re-

l Virgines sub terra non posse deflorari, etiam. si a mille viris cognoscerentur.

? Jpsum pro divitiis rogant. Fragment à la suite de Pilhichdorf sur les Vaudois, dans la Bibliotheca Patrum de Cologne, 1618, t. XIII, p. 341, cité par M. ScHmiDT.

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cherchaient ce contact pour plaire à leur divinité. Les premiers se distinguaient par la pureté de leurs mœurs, leur désintéressement, leur détachement des choses d’ici-bas : les Lucifériens, au contraire, s’attachaient aux choses de la terre et faisaient des satisfactions de la chair une sorte d’offrande agréable au démon créateur. Ces deux courants en sens contraire, prenant leur source dans une même doctrine, ne sont pas un phénomène particulier au seul catharisme : tous les systèmes dualistes l'ont présenté, et nous le retrouverons tout à l'heure en Asie, chez les Ismaëliens. Les uns ont prétendu dompter la chair par la mortification, le jeûne, le célibat ; ils ont condamné le mariage et essayé de dérober au Dieu mauvais tout ce que la continence peut lui ravir. Les autres ont voulu dompter la chair d’une façon tout opposée, en l’assouvissant : autre façon de marquer du mépris pour elle. Ils l'ont considérée comme chose absolument distincte de l'esprit, sans relation avec lui, incapable par conséquent de lui communiquer aucune souillure. Au Dieu bon l'esprit, au mauvais la matière et la chair, Placés sur cette pente glissante, ceux-là. en sont venus à subordonner l’esprit à la matière, et persuadés que le Dieu bon était étranger au monde, ne voyant partout que la main du créateur malfaisant, ils ont cru l’honorer comme il voulait l'être, par un culte conforme à sa natüre.

C’est à cette branche du dualisme cathare mitigé, c’est à cette sœur germaine du bogomilisme que convient, selon toute vraisemblance, ce principe étrange qu’un moine de Vaulx-Cernay qui fit partie de la croisade contre les Albigeois prête à certains hérétiques de son temps : Nul ne peut pécher à partir de la ceinture : Nullus potest peccare ab umbilico et inferius *.

1 Dans DUCHESNE, Scrip. hist. Franc., t. V, p. 557. Ce point de

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C'est aussi aux seuls Lucifériens, et non à l’ensemble de la grande famille cathare, qu’il faut attribuer cette opinion sur la nature de Jésus dont parle Pierre de Vaulx-Cernay : « Même disaient-ils entre eux que ce Christ qui est né dans la Béthléem terrestre et visible et qui a été crucifié à Jérusalem était un malfaiteur (fuit malus) ; que Marie Madeleine fut sa concubine et qu’elle est la femme surprise en adultère dont il est parlé dans l'Evangile. » Qu'on rapproche de ce texte la formule d’absolution des Templiers : « Je prie Dieu qu’il vous pardonne vos péchés, comme 1l les pardonna à Marie Madeleine et au Jarron qui fut mis en croix. » Est-il possible, nous le demandons, de trouver, sur un point particulier, une conformité de doctrine plus claire et plus significative ? Les sectaires dont parle Pierre de Vaulx-Cernay ne voulaient reconnaître d’autre Christ qu'un Christ idéal dont la vie et la passion auraient eu pour théâtre non la terre d’ici-bas, mais le monde invisible, la Béthléem et la Jérusalem célestes. Ge Christ n’aurait été dans ce monde que d’une façon toute spirituelle, dans la personne de son principal disciple saint Paul. Cest ici le dernier degré et comme l'extrême ramification du docétisme. Le Christ n’a plus même une vie simplement fantastique ; il ne s’est pas même incarné en apparence, comme le pensaient les Cathares et les Bogomiles ; celui qui a porté ce nom n’est plus qu’un homme ordinaire, un imposteur par conséquent et, qui pis est, un larron et un débauché. Le Christ idéal ne s’est manifesté que par l'inspiration qu’il a communiquée à l’un de ses disciples.

dogme est confirmé par Reinerius SACCHONI en ces termes : Quod a cingulo deorsum non committatur mortale peccatum. V. SaccHoNi, dans GRETSER, Opera, t. XII, part. n, p. 30.

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