‹ La doctrine secrète des TempliersChapitre 16 sur 27 · ES NES · texte numérisé non relu

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dire de M. de Hammer. l'orientalisteillustre dont nous aurons à discuter les opinions relatives à l’hérésie du Temple, le cuile du veau est cominun aux Pruses, aux Nosaïris et aux Yezidis. Gela semblerait indiquer que ce culte a une origine beaucoup plus ancienne que le calife Makem et qu'il faut chercher sa source chez les Mardes ou Mardaïtes, peuple belliqueux qui habitait primitivement les pays au nord de la mer Caspienne. Selon M. de Hammer, ce peuple, souche commune des Druses, des Nosaïris, des Yezidis, et des Schemsis, fut transplanté par les empereurs grecs dans les montagnes de Syrie et de Mésopotamie. Ils avaient occupé le Liban en l’année 677 et Constantin IV transporta, quelques années après, 12,000 d’entre eux. Les Yezidis, sur lesquels nous reviendrons, occupent encore les montagnes voisines de Singar, dans la Mésopotamie ‘. Ils parlent le kourde, et leur religion, qui est franchement dualiste, semble participer à la fois de celle des Mages, des Sabéens et des Manichéens. Mais ils reconnaissent la supériorité du mauvais principe et c’est le seul qu’ils ménagent ; aussi sont-ils accusés de se livrer, dans leurs réunions secrêles, aux actions les plus offensantes pour la morale et la dignité humaine. De l’ancienne religion chaldéenne, ils ont retenu Île culte du feu et des astres. Ils adorent le soleil à son lever : leur culte s’adresse encore aux parties sexuelles de la femme, symbolisme dont le sens se laisse aisément pénétrer.

Au dire de Volney, cité par M. de Saey, les Nosairis dont nous avons indiqué la proche parenté avec les Baténiens, imposent, au moins à leurs initiés des premiers degrés, un culte à peu près identique. Ils sont, dit le premier de ces écrivains, divisés en plusieurs sectes : on y distingue les

‘ De Hammer, Histoire de l'empire ottoman, t. VIN, p. 167, 406, et Journal asiatique, t. V, p. 129 et t. IX, p. 306. |

mr re schamsié, ou adorateurs du soleil, les kelbié ou adorateurs du chien, et les quadmousié qu’on assure rendre un culte particulier à l'organe qui, dans les femmes, correspond à Priape. On assure aussi, ajoute-t-il en note, qu'ils ont des assemblées nocturnes, qu'après quelques lectures, ils éteignent la lumière et se mêlent comme les anciens gnostiques !. »

Häâtons-nous de dire que M. de Sacy n’admet point la parenté des Nosairis ni des Assassins avec les Schemsis et les Yezidis, et ne croit pas que les premiers descendent des Kourdes ?. Suivant M. Guillaume Rey, auteur d’un curieux travail (Reconnaissance de la montagne des Ansariés) inséré dans le Bulletin de la Socièlé de géographie en juin 1866, les Ansariés actuels, qui ne sont autres que les Nosairis, sont divisés religieusement en quatre rites : les Kham-si (les Schamsié de Volney), les Xleisi, les Camarti et les Chemal, adorant le. soleil et la lune et donnant à chacun de ces astres le nom d'Emir-cl-Nahal (prince des abeilles), c’est à-dire des, étoiles qui gravitent autour de ces astres, comme les abeilles voltigeant autour d’une ruche. L’empyrée est leur paradis et chaque étoile est pour eux l’âme d’un élu.

Nous n’avons rien rencontré de précis sur les formes particulières du culte des Baténiens ou Assassins de Syrie. Ni Falconet, dans ses deux dissertations sur cette secte, ni M. Sylvestre de Sacy dans son mémoire sur la dynastie des Assassins, n1 enfin M. Defrémery dans ses Nouvelles recherches sur les Ismaëliens ou Baléniens de Syrie, plus connus

‘ VoLNEY, Voyages en Syrie et en Égypte, t. W, p. 5. — De Ssacx, Exposé de la religion des Druses, t. 1, p. 5114, note.

? Mémoire sur la dynastie des Assassins, au L IV des Mémoires de l’Académie des inscriptions, 1818, vote de la page 8.

5 Dissertation sur les Assassins, au t. XVIT des Mém. de l'ancienne Académie des inscriptions, 1751.

EN 7 sous le nom d'Assassins ‘, ne jettent sur ce point de lumières suffisantes. M. Defrémery constate que les renseignements que nous donnent à ce sujet divers voyageurs modernes sont contradictoires et insuffisants : il se propose de faire, des dogmes religieux des Baténiens, l’objet d’un travail détaillé. |

Ce qui semble acquis dès aujourd’hui, c’est que les Assassins de Syrie professaient et professent encore, près de la petite ville de Kadmous, où leurs débris subsistent de nos jours ?, les doctrines fondamentales indiquées plus baut comme propres aux [smaëliens : ils ne sont autre chose que les Ismaëliens de Syrie. Comme ceux d'Egypte et de Perse, ils reconnaissent les droits d’Ali et de ses enfants après lui à l’imamat, c'est à dire à la souveraine puissance spirituelle et temporelle ; ils n’admettent pas, comme beaucoup d’autres sectes des partisans d’Ali, une suite de douze imams. Ils n’en reconnaissent que sept dont le dernier est Ismaël. Tous les Ismaéliens dont il s’agit professent encore que les prophètes chargés d’abroger les religions qui les ont précédés sont au nombre de sept comme les imams : le cinquième est Jésus, le sixième Mabomet ; le dernier est Mohammed, fils d’Ismaël qui a institué la science du sens intérieur et mystique des choses. Si l’on joint à ces données fondamentales quelques principes religieux successivement révélés

! Journal asiatique, année 1854.

2 D’après l’archevèque Guillaume de Tyr, qui a écrit l’histoire des événements survenus dans la Terre-Sainte depuis la première croisade, en 1095, jusqu'en 1184, le nombre des Assassins occupant alors la portion de la Syrie, située aux environs de l’évêché d’Antaradus, s'élevait à soivante mille. Ce chiffre, dit M. Defrémery, est à présent bien réduit; car, d’après un voyageur très-récent, il ne dépasserait pas six mille cinq cents individus.

5 M. de Sacy, Mém. sur la dynastie des Assassins, p. à.

LA SES aux adeptes, selon le degré d'initiation auquel ils s'élèvent, la transmigralion des âmes, le dualisme, et enfin, dans le dernier degré, la substitution de la philosophie à la religion, la liberté absolue de penser et le droitreconnu aux seclaires de se décider pour le système religieux ou philosophique qui ‘eur semble le plus en rapport avec la vérité, on aura une idée assez juste, quoique incomplète, de l’ensemble de principes qui forme la doctrine des Ismaëéliens, aussi bien des Molheds de Persée que des Assassins de Syrie.

Les rapports de la milice du Temple avec ces derniers ne sont pas douteux; mais 1l importe de les préciser.

RAPPORTS ET DIVERGENCES DE LA DOCTRINE DU TEMPLE AVEC CELLE DES SECTES ASIATIQUES.

Les Assassins s'étaient établis à Alep vers les dernières années du XIe siècle de notre ère : celte ville était alors la capitale du petit état de Ridhouan, prince Seldjoukide. Grâce à la protection de ce prince et à l’effroi qu’ils inspiraient, les Assassins propagèrent vite leur doctrine. Quiconque voulait mettre sa vie en sûrelé ou se préserver de l'oppression avait recours à leur appui. Tous les crimes leur sembiaient permis : ils enlevaient au milieu des rues des femmes, des enfants, et les conduisaient où ils voulaient, sans qu’on essayât de les tirer de leurs mains‘. Ce fut vers le milieu du XIIe siêcle que leur puissance en Syrie acquit son plus grand développement. Possesseurs des deux

‘Al. Defrémery, article sur les Assassins, déjà cité, pages 4, 47, 49.

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fortes places de Kadmoùûs et de Massiath, ils étaient ainsi devenus les voisins des comtes de Tripoli, .et la guerre n’avail pas tardé à s’allumer entre eux et les princes francs. Dans l’année 1159, suivant l'Art de vérifier les dates, ils assassinèrent le comte de Tripoli, Raymond Ier. Ce fut alors que les Templiers, pour venger ce meurtre, entrérent sur le territoire des Ismaéliens, et les forcérent de consentir un traité par lequel ces sectaires s’obligeaient à payer annuellement une somme de douze mille pièces d'or.

Quelques années après, vers 1168, le Vieux de la Monlagne, nom générique du chef des Assassins, envoya près d’Amauri, roi de Jérusalem, un ambassadeur chargé de lui dire secrètement que siles Templiers qui occupaient les forteresses voisines de ses États voulaient le libérer du tribut dont 1l vient d’être question, il se convertirait, lui et les siens, à la foi chrétienne. Cette conversion devait peu coùter à des hommes qui au fond du cœur, mettaient toutes les religions sur la même ligne et se faisaient gloire de n'obéir à aucune. Amauri accepta la proposition avec plaisir et offrit même aux Templiers de payer à lavenir sur son trésor le tribut qu’ils recevaient auparavant du chef des Assassins. Il congédia l’envoyé avec une escorte, € mais, dit M. Defrémery, dont nous empruntons 1c1 la version, lorsque ce personnage eut dépassé Tripoli, et au moment où il allait rentrer dans son pays, des Templiers se précipitèrent sur lui à limproviste et le tuèrent. Amauri se montra trés-irrité en apprenant ce meurtre, et en demanda réparation au grand-maître du Temple, qui rejeta le crime sur un nommé Gauthier de Maisnil, homme méchant et borgne. Le roi s’excusa auprès du prince des Assassins el lui promit de venger le trépas de son ambassadeur ; il en fut empêché par la maladie qui vint le surprendre pen-

rt. en

dant qu’il faisait le siége de Panéas, et qui mit fin à ses

jours (1174). » j

Il ne semble pas que ces événements aient rompu le traité existant entre les Templiers et les Assassins. Lorsqu'en mai 12950, Louis IX, après être sorti de captivité, vint débarquer à Saint-Jean-d’Acre, il reçut dans cette ville des messagers que le Vieux de la Montagne lui envoyait. Ces ambassadeurs offrirent au roi cette alternative, ou d’envoyer au chef des Assassins des présents semblables à ceux que, disaient-ils, divers princes, parmi lesquels étaient l’empereur d'Allemagne et le roi de Hongrie, lui offraient tous les ans, ou de le dispenser du tribut que ce chef devait au Temple et à l'Hôpital. On voit par là que les Hospitaliers avaient profité de l'exemple donné par les Templiers et avaient, eux aussi, rançonné les brigands Ismaéliens.

Voici de quelle fière façon les grands-maitres du Temple et de l'Hôpital répondirent le lendemain aux envoyés du Vieux de la Montagne : « Nous vous commandons que vous retourniez vers votre seigneur et reveniez dans la quinzaine, ct apportiez au roi, de la part de votre seigneur, telles lettres et tels joyaux qu’il se lienne pour apaisé et vous en sache bon gré. » Et les envoyés revinrent en cffet dans la quinzaine apportant les présents demandés, un jeu d’échecs, un éléphant de cristal, et « une beste que l’on appelle orafle (girafe) » aussi en cristal. À cet acte de défé-

rence, le samt roi répliqua par un procédé analogue.

renvoya les ambassadeurs avec des présents magnifiques et leur adjoignit frère Îves le Breton, de l'ordre des frères prêcheurs, qui savait l'arabe. Au dire: de Joinville, frère Yves entra en communication avec le Vieux de la Montagne et s’aperçut qu’il ne croyait pas en Mahomet, mais en la loi d’Ali, observation juste quoique superficielle, comme on peut s’en assurer par ce qui précède.

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Tels sont les seuls faits bien notoires qui établissent les relations des Templiers avec les [smaéliens de Svrie. Ces relations ne furent nullement amicales et sont loin de plaider en faveur de la thèse qui voit dans les chevaliers du Temple, des adeptes de la doctrine secrète de ces sectaires. En 1972, moins de quinze ans avant la prise de Jérusalem par Saladin, les Templiers étaient encore en hostilité avec les Assassins, et guerroyaient contre eux en compagnie du fils aîné du roi d'Angleterre Henri HE, le prince Édouard, qu’un sicaire ismaélien, à l'instigation du sultan mamelouk Bibars, faillit assassiner *.

À défaut des faits, les analogies existant entre les doctrines prouvent-elles clairement que les Templiers se soient laissé séduire aux principes religieux des Ismaéliens? Ces analogies ne sont pas contestahles : 11 s’agit seulement d'en mesurer la portée. |

Remarquons d’abord qu’au point culminant et sous les derniers voiles de leur enseignement progressif, les [smaéliens cachent la liberté indéfinie de penser, le sceplticisme le plus absolu. C’est là le mystère suprême qui n’est révélé qu'aux adeptes du dernier degré. On les laisse libres de choisir celui des systèmes philosophiques ou religieux qui leur convient le mieux; mais, en somme, c’est l’éternité de la matiére, ou, comme dit Nowairi, l'éternité des principes élémentaires, des substances, c’est le pur matérialisme en un mot qu’on leur enseigne. Toutes les religions, toutes les hérésies, toutes les philosophies s’accommodent avec la doctrine du sens intérieur ; son extrême souplesse se prête à toutes les interprétations : elle ne répudie pas plus Manès que Bardesane, Valentin ou Platon. Si l'unité divine est attaquée, si le dualisme est professé,

M. Defrémery, Nouvelles recherches, ete, p. 411.

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