‹ La doctrine secrète des TempliersChapitre 17 sur 27 · LORS · texte numérisé non relu

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c’est seulement pour les prosélytes non encore parvenus au summum de la science; encore a-t-on bien soin, afin de salsfaire les monothéistes, de placer au-dessus de lêtre préexistant, père de celui qui a fait le monde, un autre être sans nom dont le préexistant a lui-même reçu l'existence, conception qui rappelle la religion de Zoroastre, d’après laquelle le bon et le mauvais principe, Ormuzd et Ahriman, sont tous deux sortis d’un principe supérieur, de l'infini.

Le dualisme professé par les Templiers semble moins raffiné et plus grossier. Ils ne mettent point le bon et le mauvais principe sur la même ligne ; ils subordonnent le second au premier : au-dessus du Dieu bon, du préexistant des Ismaéliens, ils ne reconnaissent point un être supérieur et innommé. C’est par une conséquence de leur éclectisme religieux, de leur indifférence absolue en ma- Hière de foi, que les Ismaéliens furent conduits à la licence effrénée ‘qui caractérise la plupart de leurs sectes. Si les Templiers arrivèrent aux mêmes résultats immoraux, ce fut uniquement par suite de la prédominance qu'ils accordaient au principe du mal; mais loin de laisser, à l'imitation des Ismaéliens, leurs initiés libres de choisir entre tous les systèmes religieux et philosophiques, il paraît bien, au contraire, qu’ils n’eurent qu'une doctrine et qu’ils s’accordérent pour l’imposer. S'ils admirent divers degrés d'initiation, point qui n’est pas suflisamment éclairci, ce fut sans doute dans le but unique de ne pas lever d’un seul coup tous les voiles qui couvraient leurs mystères et de ménager ainsi les consciences timorées ; mais rien n’atteste que le dernier degré de leur enseignement fut d'apprendre au prosélyte que tout ce qu’on lui avait révélé jusque-là était nul et vain, une simple préparation à l’indifférence absolue et au matérialisme. En un mot, les Templiers

MO sont des sectaires dualistes; ce ne sont ni des athées, ni des libres penseurs.

Si des dogmes généraux on passe à Ja christolosie, il faut reconnaitre que celle des Ismaéliens diffère profondément de l'opinion grossière que les Templiers paraissent avoir professée touchant la personne du Christ, Jésus, fils de Marie, est un prophète pour'les fsmaéliens, pour ceux des premiers degrés, bien entendu. Ïl vient après Adam, Noé, Abraham et Moïse, et il précède immédiatement Mahomet, qui lui-même précède le fils d’'Ismaël, Jésus est un des sept Natiks ou prophètes parleurs, car il a enseigné une loi par laquelle il a abrogé les lois de tous ceux qui l'avaient précédé, comme Mahomet a abrogé la sienne ; et celle abrogalion successive des lois anciennes est le propre des prophètes parleurs. Les deux historiens déjà cités, Makrizi et Nowairi, sont d'accord sur cette définition du rôle de Jésus dans la doctrine ismaélienne et, en général, sur celui des sept prophètes parleurs dont chacun est suivi de x RADARS silencieux qui enseignent sa religion, jusqu'à ce qu un nouveau parleur vienne l’abropere 1

Rien de pareil chez les Templiers : Jésus, à leurs yeux, n’est nullement un prophète n1 un envoyé de Dieu. C’est un homme comme tous les autres, un malfaiteur justement condamné à périr pour racheter ses crimes et non ceux du genre humain. Ce désaccord radical sur un point si important suffirait à lui seul pour établir que les nes point, autant que l'ont dit certains historiens récents * subi l'influence des doctrines ismaëliennes. Quant à nous,

après cet examen dont nous ne donnons ici que les princi-

1 De SacY, Introduction, p. CVIL, 2 Voyez M. Henri MARTIN, Hist. de France, t. IV, p. 18.

paux résultats, nous tenons pour constant qu'entre les deux systèmes religieux, 1l n’v a d’autres points généraux de ressemblance que ceux qu'offrent nécessairement tous Îles . cultes dualistes : ce n’est pas là qu'il faut chercher la source et l'inspiration décisive de l’hérésie du Temple.

Sans doute l’idole adorée par les Templiers paraît, comme celle des Druses et des Nosaïris, être emblème du mauvais principe ; mais elle en diffère profondément quant à la forme, puisque c’est une tête humaine ayant un ou deux visages, tandis que, chez les Druses au moins, l’idole offre la figure d’un veau, symbole des cultes ennemis de la religion unitaire.

Enfin, rien absolument ne donne lieu de supposer que les Templiers aient fait aucun emprunt au sabéisme, ni qu'ils aient, comme paraissent le faire encore les Nosairis, rendu un culte à la lune et au soleil.

Nous terminerons ce chapitre par la discussion d'un fait dans lequel on a eru voir l'origine asiatique de lhérésie du Temple. Il a été question plus haut des Yezidis, importante tribu kourde qui occupe les montagnes voisines de la ville de Singar, dans la Mésopotamie, et dont la religion parait participer à la fois de celle des Mages, des Sabéens et des Manichéens. Les Yezidis adorent le soleil à son lever et reconnaissent un bonet un mauvais principe, mais donnent la supériorité à celui du mal que seul ils ménagent, ce qui offre un point de ressemblance frappant avec l’un des points fondamentaux de la doctrine secrète des Templiers.

Or Saladin, l'ennemi et le vainqueur des Templiers, appartenait par son aïeul à une tribu kourde, celle des Ravadiens, qui croyaient à la métempsychose ‘. De plus, une

1 Dissertaiion sur les Assassins, par FALCONET, au tome XVII, p. 147 des Mém. de l'ancienne Acad. des inscriptions.

si. DR tradition réelle ou supposée veut qu’un grand-maître de l'Ordre, prisonnier du soudan, ait racheté sa liberté en reniant le Christ et en s’obligeant à le faire renier à ses frères. Ce fait, dont l’authenticité est plus que douteuse, fut raconté par un chevalier qui le tenait d’un de ses amis, auquel 1l avait été révélé lors de sa réception en Angleterre, Le chancelier Guillaume de Nogaret y fit une vague allusion lors de l'enquête de 1310 : « Dans les chroniques de Saint- Denis, dit-il, on trouve qu’au temps du sultan Saladin, le grand-maître et les autres chefs de l'Ordre lui prêtérent bommage. « Mais le grand-maître protesta aussitôt que c'élait là une calomnie *.

L'his'oire mème de Saladin proteste non moins énergiquement contre la supposition que ce sultan ait pu songer à imposer aux Templiers la croyance de la tribu dont 1l était originaire. [1 paraît probable qu'il était né Schyite, mais qu'il avait abandonné la secte d'Al, et ce fut là justement le motif de lanimosité que lui montrèrent les Assassins. Is le traitaient de renégat ? et lui reprochaient de s'être fait Sonnite, c’est-à-dire orthodoxe. Aussitôt que le sort des armes eut mis l'Égypte et la Syrie sous sa dépendance, il s’eforça de ramener tous ses sujets à l’unité de religion, en déracinant des esprits les principes de la secte d’Ali et en établissant des colléges où d’habiles docteurs prêchérent les dogmes orthodoxes. Il n’est donc pas vraisemblable qu’il ait tenté de plier les Templiers à une foi qu'il combattait, [l serait plus naturel de supposer quAl ait cherché à les convertir à la véritable religion musulmane ; mais la doctrine secrète du‘ Temple montre que, dans tous les cas, il n'y réussit point.

{ RAYNOUARD, Monuments, etc., p. 67. - ? FALCONET, loco citato.

On le voit par tout ce qui précède, l'opinion qui attribue aux doctrines ismaéliennes une influence décisive sur l’hérésie du Temple ne résiste pas à l'examen. Il n°v a pas là cette analogie profonde, ces resseinblances générales et de détail qu’on rencontre entre cette hérésie et celle des Euchètes et des Lucifériens. Cette grande théorie du bon et du mauvais principe, l’une des plus anciennes qui aient paru sur la terre, a sans doute son premier berceau en Asie ; mais, transportée successivement sur bien des points de l’ancien monde, elle a subi de nombreuses transformalions, elle s’est adaptée à bien des religions, elle à été modifiée de bien des manières différentes. Les Templiers, pendant la couïte existence de leur ordre, s’en trouvèrent comme enveloppés : ils la rencontrèrent à la fois dans tous les pays où ils avaient pris pied. Mais ce n’est pas chez les Ismaëliens ni chez les tribus kourdes, c’est chez des seclaires armés d’une propagande plus active, plus immédiatement mêlés aux querelles religiéuses où les Templiers durent s'intéresser, plus rapprochés d'eux par le langage et par un fond primiuf de croyance commune, qu’il faut chercher les aieux immédiats de leur hérésie.

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