‹ La Doctrine Sociale de Duguit: Ses Idées sur le Syndicalisme et la Représentation ProfessionnelleChapitre 20 sur 50 · ANS · texte numérisé non relu

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visibles de l’ensemble de sa doctrine sociale. Constituant pour une large part son Etat syndical futur sur les conséquences pratiques de ses idées sociales-guides, Duguit leur confère une valeur réeile en tant qu’elles forment les étages supérieurs de son palais social de l'avenir. Conscient de leur importance, : Duguit est malgré cela très bref dans ses explications, Positiviste, il est loin d’être un prophète, parce que le positivisme et les prédications ne vont pas de pair.

Comme nous avons vu plus haut, Duguit affirme que la Hiberté de l’homme est d’autant plus grande, que ce dernier appartient à un nombre plus élevé de groupes sociaux. En conséquence, la vie sociale sera seulement « intensifiée » par et dans ces groupes. D'où les hommes désirant intensifier la vie se groupent, et c’est pourquoi les syndicats naissent et les associations se constituent. Donc la première conséquence de ses idées est que la vie s’intensifie grâce aux groupes et que les hommes s’associent en se syndicalisant pour permettre à cette intensification de se produire. :

C’est par le syndicalisme, par les corporations professionnelles, que Duguit voudrait encadrer les hommes dans une nouvelle « hiérarchie sociale ». Comment va-t-elle être, comment est-elle, Duguit n’en dit rien. Peut-être, il s’agit de la hiérarchie entre les professions différentes que la division du travail détermine, ou, au contraire, il veut, en prévoyant cette hiérarchie, élever des professions au-dessus des autres assoc1ations. Nous n’en savons rien, Duguit s’est abstenu de tout commentaire. Mais ce qui nous semble bien possible, c’est que par la « hiérarchie sociale », Duguit a sous-entendu une situation sociale objectivement considérée, un « état social » « où tous les individus qui accomplissent une même besogne où des besognes similaires seront unis entre eux » (1): donc une société où tout sera bien réglé et: où l’ordre et l’entente règneront souverainement.

Hiérarchisés socialement et unis entre eux par suite de « la communauté d'intérêts professionnels et de besogne sociale »,

(1) Duguit : Traité, p. 69.

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grâce à la constitution « des groupes forts et cohérents à structure juridique définie » (1), les hommes par là organisent la société d’après Duguit. Donc, cette société sera une communauté où toutes les elasses auront une structure juridique définie.

Comment ça va se faire, quels seront les détails de cette organisation, le doyen de Bordeaux garde le silence, ne précise pas son point de vue. Il souligne seulement les avantages d’une

telle organisation. Les luttes des classes seront moins vives. « Je crois, écrit Duguit, pouvoir affirmer qu’une société est d'autant. plus fortement intégrée et jouit d’une paix sociale d'autant mieux assurée que les classes qui la composent, sont juridiquement plus définies, plus nettement différenciées et surtout plus étroitement coordonnées et même plus rigoureusement hiérarchisées, » (2). Ainsi, grâce à la différenciation et à la délimitation juridique des classes, s’établira dans la société une coilaboration de ces diverses classes qui réduira toutes les luttes et protégera.en même temps fortement l'individu « contre les revendications des autres classes et contre l’arbitraire du pouvoir central »

:Quatrièmement, comme A5< groupes sociaux sont (3) « en train d'acquérir » une situation juridique privilégiée dans les sociétés -nationales, et en France surtout, par suite de la force croissante du mouvement syndical, Duguit espère, par ces asssociations, enfin « organiser une forte et pacifique résistance à l’application des lois oppressives » (4). Par là, il va pratiquement résoudre le problème brülant de sa doctrine juridique générale : que faire quand une loi en vigueur est contraire à la norme juridique, comment l’abolir et par quel moyen la rendre inapplicable. Voyant au juste la nécessité de tourner ces difficultés, Duguit a lié sa doctrine sur la règle du droit avec ses théories surles groupements syndicaux en résolvant ainsi la question de la résistance aux lois oppressives.

La Représentation syndicale au. Parlement, p. 33. (2) Duguit : La Représentation syndicale au Parlement, p. 31. (3) Duguit : Traité, t. I, p. 664.

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2 Duguit également s'est occupé du mouvement syndical actuel. Par ses chservations brèves, il s’est efforcé de démonrer sa force, d'indiquer ses caractères, c'est- à-dire ses avaniages et ses défauis.ll a même en même temps exposé ses remar-

ques sur les tendances du mouvement syndical de nos jours en esquissant la façon suivant laquelle ce mouvement devrait en réalité se présenter par rapport à ses théories syndicales. Ainsi il l'étudie tel qu'il est pour pouvoir le qualifier ensuite comme un mouvement qui provient de sa doctrine théorique du syndicalisme et cadre bien avec elle.

Voyani en syndicalisme moderne « l’organisation juridique des classes sociales », Duguit conçoit le mouvement existant comme « un fait social d’une importance primordiale » (1), comme une « force sociale considérable qui est en train de prenére conscience d'elle-même » (2). Conscient de sa force réelle, Duguit n'en connaît pas moins ses tendances, surtout l'orientation politique et sociale aussi bien que la tactique du syndicalisme rouge, Mais malgré cela, et à l’encontre de son credo positiviste, Duguit qualifie le syndicalisme d’aujourd’hui, de mouvement corporatif, qui est un effort d'organisation des différents éléments sociaux, des classes sociales en vue de leur coordigatior et de leur collaboration (3).

Secondo, Duguit conidère le syndicalisme comme un mouvement qui tend et qui veut par lui-même réaliser la représentation professionnelle. Il affirme notamment que le « grand mouvement syndicaliste >» « prépare pour un avenir prochain, qu on le veuille ou non, la représentation professionnelle qui sera essentiellement une représentation syndicale » (4 Cela cadre bien premièrement avec sa pensée fondamentale que la division du travail conditionne les groupements des hommes en associations qui deviennent des syndicats et qui, à leur tour, ont pour but d'assurer leur représentation politique au moyen d'une représentation syndicale. De l’autre côté, c’est

(4) Duguit : Traité, t. I, p. 666.

(2) Duguit : Traité, t. Il, p. 755.

(3) Duguit : Traité, t& I, p. 666.

(4) Duguit : Traité, t. II, p. 755.

sa théorie sur les rapports de l’économie et de la politique qui l’a déterminé à présenter le mouvement syndical comme une force sociale qui demande sa participation active dans la force gouvernante. Duguit, justement, considère qu’il « n’y a pas », qu'il ne peut y avoir de « l’opposition entre les forces économiques et la force politique » (1). La raison qu’il donre pour expliquer cette affirmation, Duguit la trouve dans le fait que toute force économique est constitutive de la force politique. « La puissance économique n’est pas le seul élément de la puissance politique, mais elle est un des principaux. » (2). D'où, d’après le doyen de Bordeaux, l’organisation politique doit nécessairement correspondre aux forces économiques. Si, au contraire, le système plitique n’englobe pas les puissances économiques, il serait « précaire » et « cadic » parce que toute l'opposition entre l’économie et la politique est « anormale et transitoire ».

Comme nous lavons déjà dit, c’est en application de cette théorie que Duguit imposera au mouvement syndicaliste la tendance et l'ambition de s’ériger en une représentation politique. Comme le syndicalisme est une force économique, peu importe s’il est patronal ou ouvrier, il tend, d’après Duguit, en tant que puissance économique, à devenir force politique, donc à former la représentation syndicale au Parlement. L'observation du syndicalime moderne montre au doyen Duguit que les syndicats ont dépassé le stade où une force politique devient une puissance politique (3) et que, par conséquent, ils sont aujourd’hui en train de devenir incontestablement des forces gouvernantes. Importants qu'ils sont, étant mûrs pour assurer la conduite des affaires publiques, les syndicats doivent le plus tôt possible être introduits à participer à la direction de la puissance publique, sinon ils seront amenés à la conquérir par la force.

Traçant ainsi le chemin que le mouvement syndicaliste doit

(1) Duguit : Traité, t. I, p. 663.

(2) Duguit : Traité, t. I, p. 665.

(3) Duguit : Traité, t. II, p. 758.

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