‹ La Doctrine Sociale de Duguit: Ses Idées sur le Syndicalisme et la Représentation ProfessionnelleChapitre 36 sur 50 · ARR · texte numérisé non relu

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l'instruction (1). Ajoutons enfin que le syndicalisme jaune croit aussi qu’il porte en soi le progrès, qu’il le réalise, non par la révolution, mais par « une action méthodique et bien équilibrée » (2).

2. Après la guerre, le syndicalisme antirévolutionnaire est apparu groupé en Confédération nationale du travail et en Union générale des syndicats réformistes (3). La C.N.T. se forme par les éléments ouvriers nationaux qui, par leur groupement, réagissent contre la tyrannie de la C.G.T. et sa politique internationale. Hostile à toute liaison avec l’étranger, le syndicalisme national s’oppose à toute affiliation des ouvriers nationaux à une organisation internationale. Son désir est que les questions intéressant le capital et le travail soient résolues exclusivement dans les cadres nationaux. S’organisant pour sauvegarder l’indépendance ouvrière.la Confédération nationale du travail se déclare adversaire résolu des grèves du syndicalisme révolutionnaire. Ayant pour principe-la collaboration des classes, le :C.N.T. admet en dernier recours:la grève après les opérations de conciliation et d'arbitrage. Réformiste, le syndicalisme national prévoit encore par sa doctrine la réglementation du minimum des salaires, des délais-congés, des vacances payées, de l’apprentissage, des assurances. National, il lutte enfin pour la proxection et la priorité de la main-d'œuvre nationale. L'Union générale des syndicats réformistes qui a groupé 45.000 adhérents a également inscrit dans son programme le principe de la collaboration des classes. Son point de départ idééologique est l’affirmation que « la preuve est faite que les travailleurs peuvent obtenir leur complète émancipation par les voies légales » (4). La doctrine se résume dans la croyance en la nécessité de l’entente entre les classes par la participation des ouvriers aux bénéfices et par l’accession des ouvriers -à la propriété industrielle et commerciale. En outre,

(1) Pawlowski : op. cit. p. 32.

(2) Pawlowski : op. cit, p. 5.

(3) :Cazals : Les positions sociales du syndicalisme ouvrier, p. 178 et s. Picard : op. cit. p. 261-2.

(4) Picard, op. cit., p. 261.

il lutte dans son action pour l'arbitrage obligatoire, pour les sursalaires familiaux et l’extension de la capacité syndicale.

D'une ampleur importante, surtout après les échecs des grèves de la C.G.T. en 1920, le syndicalisme réformiste a sévi depuis. La Confédération nationale a cessé depuis 1923 de tenir ses congrès, tandis que depuis 1925,, on n’entend plus parler de l’Union réformiste. ,

3) En France, le syndicalisme modéré trouve dans une large mesure l'expression de sa force dans les syndicats chrétiens. Trouvant que le syndicalisme révolutionnaire et la C.G.T. exercent ure véritable oppression sur les forces syndicales par leur doctrine de lutte et par leurs moyens d’action destructifs, les chrétiens s’organisent dans leurs syndicats confessionnels en groupements parallèles. Surtout depuis l’encyclique du Pape sur les conditions des ouvriers. En 1919, les syndicats chrétiens forment la Confédération nationale des travailleurs chrétiens qui groupe les fédérations nationales de métiers ou d’industries et les unions interprofessionnelles (1). Au Congrès de l’Internationale Syndicale chrétienne de Munich en 1928, la C.F.T. a groupé 100.000 membres (2). Très répandu parmi les employés, les syndicats chrétiens ont formé la Fédération française des employés catholiques qui est dans son genre l’organisation la plus importante. Le syndicalisme chrétien englohe dans son sein un grand nombre de syndicats féminins, groupés en unions centrales des syndicats professionnels féminins de l'Abbaye, en fédération française des unions de syndicats professionnels et en groupe des syndicats féminins libres de Plsère (3).

Inspirée de l’Encyclique Rerum novarum, la doctrine du syn-

(1) Turmann : op. cit., p. 66 et suiv.

dicalisme chrétien (1) ayant pour base la devise « en avant et toujours mieux » envisage d’abord « le but et la cause de la

production » D’où pour elle, le but est l’organisation professionnelle dans le syndicat libre et la paix sociale qui se réalise

par les deux moyens d’action du syndicalisme chrétien : l’éducation et la collaboration. Son action doit « assurer le dévelop-

pement normal de la personnalité humaïne par la juste satis-

faction de ses besoins matériels, intellectuels et moraux dans

Pordre individuel, familial et social » (2). Comme ce développement fondé sur les principes chrétiens de la justice et de la charité pour être réalisé, implique l’organisation des meilleures conditions du travail, le syndicalisme chrétien s’en occupe en s'imposant la syndicalisation de toutes les forces respectives, qui à leur tour vont être reliées par des organismes

mixtes. La doctrine syndicale espère, voit dars les commis-

sions mixtes non seulement des moyens de résoudre les conflits pésents, mais encore une institution de la société où la

collaboration et l’entente seront les seules règles. Comme l’entente et la collaboration sont les premiers moyens d’action, l'instruction doit les doubler en assurant l’éducation corporative et la formation des élites professionnelles et sociales. T6 syndicalisme chrétien enfin demande, à l'instar du comte de

Mun, la représentation des intérêts professionnels et économiques, sans vouloir qu’elle assume en même temps des res-

ponsabilités d'ordre politique.

Descendant sur le terrain des faits, le syndicalisme chrétien demande dans son programme (3), la réalisation et l’organisation des services de placement, des caisses de chômage, des grèves et de résistances, des caisses dotales et de retraites, des aides aux sans-travail et s’occupe de leur réalisation pratique. Il asssure également les services d’escompte, établit les coopératives d’achat, la mutualité et les assurances sociales, le crédit ouvrier, les coopératives de production et les caisses

(4) Turmann : pp. 65 et 66; Cazalis : op. cit, p. 179; Picard : p. 260; la Charte du syndicalisme chrétien.

(2) Turmann : Statuts de la Confédération, p. 65.

(3) Turmann : pp. 96-117; Cazalis : p. 174.

de prêts gratuits. Ses autres revendications sont la lutte pour la journée de huit heures, les conventions collectives du travail, la restriction de l’impôt sur les salaires, la conciliation et l'arbitrage, la participation aux bénétces.

Ainsi, étant une doctrine et un mouvement, fort sur le plan doctrinal et important dans ses réalisations, le syndicalisme chrétien est incontestablement une force réelle du syndicalisme français qui, combattant la lutte et l’antagonisme, croit que la « condition fondamentale de l’existence et de la vie sociale est l’entente, la concorde et la fraternité » (1).

8 2. — LE SYNDICALISME PATRONAL

- Institué pour se défendre contre la concurrence étrangère et les menées révolutionnaires, le syndicalisme patronal français, dès son premier jour, a acquis le caractère défensif. Admettant les choses telles qu’elles sont, dans la sociétéé présente ,le patronat en s’organisant, ne s’est pas donné pour objectif la transformation sociale de haut en bas, mais la défense de ses intérêts professionnels et de ses positions sociales. Par la concentration et la coordination des forces, par la mise en commun des activités de tous, le patronat espère en se groupant, mieux se défendre. Notre temps se caractérise par les besoins modernes de l’union. C’est surtout après la loi de 1884 que la syndicalisation des employeurs se produisit. Les chambres syndicales et les fédérations se forment en donnant naissance aux organisations interprofessionnelles. L’alliance syndicale du commerce et de l’industrie, fondée en 1896 ,la Fédération des Industriels et des Commerçants français, qui date de 1903, le Comité central des chambres syndicales, le Syndicat général du commerce et de l’industrie, sont ces institutions interprofessionnelles. Au-dessus de toutes ces organisations syndicales, la Confédération générale de la Production française a réalisé enfin la concentration du syndicalisme français patronal, pour être le pendant de la force réunie du syndicalisme ouvrier (2).

() Tissier : La charte du syndicalisme chrétien, p. 62. (2) Villey : L'organisation professionnelle des employeurs, :pp. 53-7.

Organisé pour protéger sa situation sociale présente, le syndicalisme des patrons, par l’art. 4 des statuts de sa Confédération, ne s’est pas moins donné pour but la contribution au développement de la richesse nationale et de la puissance de production et d'exportation de la France (1). Pratiquement : pour réaliser ses objectifs, le patronat a organisé des services de documentation et des études professionnelles, aussi bien qu'il s’est préoccupé du régine douanier, de l’organisation générale de la production par l’institution des comptoirs, par l’amélioration des techniques de la production, par des réalisations collectives des questions fiscales et par l’expansion commerciale. Le syndicalisme patronal n’a pas non plus négligé les questions ouvrières. Pour lutter contre les grèves, il a organisé les caïisses d'assurances, contre les conséquences de grèves. Il a poursuivi sa politique des salaires, a pris part à la discussion des charges du patronat ainsi qu’à l’élaboration de la législation ouvrière à savoir de la conciliation et de l’arbitrage. Le patronat s’est intéressé à l’orientation professionnelle, par l’organisation du pré-apprentissage, de l’apprentissage et du fonctionnement technique, ainsi qu’il a institué des œuvres de patronages en matière de logement, d'alimentation, d'hygiène, de distraction et de prévoyance (les charges de famille et les primes de la vie chère) (2).

Désirant être indépendant, le syndicalisme patronal s’oppose à la forme mixte. En 1892, il y avait en France 147 syndicats mixtes avec 38.005 adhérents. Les conventions collectives du travail qui sont un moyen excellent de collaboration entre les patrons et les ouvriers, ne sont pas bien vues par les patrons français, Sous la pression directe du Gouvernement pendant la guerre, le nombre des conventions collectives du travail est assez élevé. En 1919, il y en avait 557. Depuis, le nombre est en régression. Seulement 38 conventions étaient conclues en 1922. L’hostilité patronale à leur égard est incontestable. Le syndicalisme patronal veut tout primer, tout dominer. M. Vil-

(1) Villey : La er professionnelle des employeurs, p. 69. (2) Villey : op. cit, pp. 30, 121 et s. 147 et s. 173, 124, 235, 244, 260, 270, 278; Martin Saint-Léon, D. 19 et s.

-ley est dans le vrai quand il dit que les « organisations patronales, après un essai très réel et très sincère sont revenues à la répugnance pour le système de collaboration avec les organisations ouvrières» (1), bien que M. Peyermhoff croie en la nécessité de l’entente et prévoit qu’elle est possible, quant aux problèmes généraux de la production et aux grandes orientations de la politique sociale (2). Le fait est certain : le syndicalisme patronal désire être indépendant et tout soumettre à lui. D’où son intervention dans la vie économique et sociale du pays. Mais y a-t-il des limites ? Le patronat ne veut-il pas ériger ses organisations en rouages constitutionnels de la vie natio- -nale? On dirait que non. M. Peyermhoff plaide contre la direction de l’Etat par l’économique. « À chacun son métier », c’est sa devise. Mais il admet que « les gens de l’économie, qu’ils soient patrons, qu'ils soient ouvriers, pourront éclairer le personnel de la politique, le prémunir contre ses défauts en quelque sorte professionnels » (3). M. Villey aussi s’oppose à toute tentative du patronat d'obtenir une « compétence exclusive », en limitant son ambition à sa participation sous certaines conditions à la direction des affaires économiques et sociales.

Ainsi par son caractère individualiste, le patronat est devenu syndicaliste, par suite des besoins impératifs de notre temps. Conservateur, il ne demande qu’à garder l’état de choses actuél. Sa doctrine est le recueil des principes de l’auto-défense qui considère encore que son intérêt principal est son indépendance et sa force. S’accommodent-du présent système politique, le syndicalisme patronal opte pour des réformes limitées en vue de la « conservation des valeurs et des compétences », au moyen d’une timide participation à la vie juridique nationale, par des conseils.

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() Villers : op. cit., p. 331.

EE is : Les formules modernes de l’organisation économique, D. ù

(3) Peyermhoff : op. cit., p. 466.

ht ee $ 3 — LE SYNDICALISME AGRICOLE

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Enfin, la troisième sorte du syndicalisme français, 1 “syndicälisme agricole (1), se distingue nettement des syndicalismes ouvrier et patronai, L'esprit et les mobiles, la doctrine et les méthodes sont tout à fait autres. L'agriculture ne connaît ni la vie collectivement condensée dans un quartier, ni la concentration des masses, ni la soumission de toute activité à la machine. D'où son syndicalisme est nettement corporatif et n’a qu'un seul but : la prospérité professionnelle. Les circonstances matérielles de sa vie et le milieu ne l’ont pas jeté dans la voie révolutionnaire, ni ne l’ont déterminé à transformer du haut en bas la société présente. Hostile à toute tentative de s’ériger en Etat dans l'Etat, le syndicalisme agricole poursuit sa tâche économique et sociale. Sa doctrine (2) prévoit en premier lieu la rationalisation de la culture par l’emploi d’instruments perfectionnés qui faciliteront le travail en augmentant la production par la diminution du prix de revient et du coût de la vie dans les campagnes. Le syndicalisme agricole s'occupe de l’enseignement agricole et de l’acquisition par ses adhérents des instruments agricoles et des engrais nécessaires pour augmenter la production. L'organisation de la vente des produits agricoles, des offices de renseignements et de placement de l’assistance, de la prévoyance et de la coopération ainsi qu des concours agricoles, fait partie également de son programme, Ce dernier se réalise par la mise en œuvre des coopératives d’achat, d'outillage de production et de ventes, du crédit agricole et des assurances agricoles contre l'incendie, la mortalité du bétail, la grêle, les accidents, ainsi qu’il assure et organise le placement et les retraites agricoles (3).

(1) Prévu par la loi de 1884, le syndicalisme agricole s’est développé surtout après l’entrée en vigueur de cette loi. En 1890, il avait 648 syndicats et 234.234 syndiqués. En 1918, 1.667 syndicats et 1.029.727 syndiqués. — Martin Saint-Léon : Syndicalisme ouvrier et syndicalisme agricole, p

(2) fEne ‘est éontenre en statuts modèles de l’union du Sud-Est agricole. — Voir Martin Saint-Léon, op. cité, pp

(3) Martin Saint-Léon : op. cit., pp 120, 136, 191, 105.

Le syndicalisme agricole au point de vue social réclame l'amélioration du sort des travailleurs agricoles par leur accession à la petite propriété. La lutte de ces syndicats en faveur des habitations à bon marché les montre en action pour l’application de leur doctrine. Ils ont également combattu pour la représentation professionnelle de l’agriculture. L'institution des chambres d’agriculture obligatoirement consultées dans certains cas, a dans une certaine mesure, satisfait leur demande d'organisation et de représentation de l’agriculture.

Ainsi nettement corporatif et antirévolutionnaire (1), le syndicalisme agricole portant en soit tous les caractères du milieu qu’il représente est une des forces importantes du syndicalisme modéré et de la France d’aujourd’hui.

(1) Il y a un nombre très restreint de syndicats agricoles rou i

2 < È ges qui propagent la lutte des classes ét sont hostiles aux oéuvres de mutuali

et de prévoyance. Rene

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