‹ La Doctrine Sociale de Duguit: Ses Idées sur le Syndicalisme et la Représentation ProfessionnelleChapitre 45 sur 50 · IX. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

IX. — CONCLUSION

Il est certain que l’homme est tout dans la vie. Sa vie, telle qu’elle se présente, sans lui, n’existerait pas. L’individu est partout. Non seulement abstraitement en tant qu’unité prise en soi et possédant en elle tous les éléments constitutifs de son existence, il centre toutes les attentions, mais aussi en tant que cellule centrale de toute la société, il s’affirme et s’impose. L’homme est dans le groupe, dans la société, Base et but de tout gouvernement, l’homme se rencontre dans toutes sortes de collectivités, Au fond de chaque association, qu'est-ce que l’on trouve ? — L’individu, Qui vit dans la société ? — L’homme. Qu'est-ce que l’on trouve dans cette société ? — Les individus et les groupes. Mais dans ces groupes, en dernière ligne, ce que l’on voit, c’est toujours l’homme. Donc, l’homme et uniquement l’homme, Ensuite, toute l’activité qui se produit dans la société et dans les associations se fait par et pour l’homme. Pour agir, il faut pouvoir. Et qui seul peut pouvoir ? — L'homme. Les initiatives sont individuelles et les facultés individuelles sont seules créatrices de l’activité, donc de la vie. D'où la vie se fait et ses actions s’opèrent par l’homme, mais en même temps dans le but de servir à cet homme et d’avoir pour seul objectif : lui, l’homme. L'activité collective, les associations et la société toute entière n’ont, en conséquence, qu’une seule raison d’être : servir l’homme et lui être utile. L’individu est tout et partout. S’il n’est pas seul en dernier ressort, c’est toujours lui, l’individu. Donc, il est partout, Tout se fait dans la société par et pour les individus L’homme n’est pas fait pour la société, mais tout ce qu’il y a dans cette société a été

créé par lui. L’habit se fait pour l’homme et non l’homme pour l’habit. Donc, il est tout. Seule force et seul objectif et des vies individuelles et des vies collectives, l’individu s’impose, sa philosophie prime toutes les autres, son apologie se présente comme le seul motif et l’unique fondement de toutes les activités théoriques et pratiques,

Mais cela ne veut pas dire que l’individualisme, et son attribut, la liberté doivent être sans limites, excessifs, Le fétichisme d’une liberté toute négative, parce qu'il s’agit de l’homme et de sa liberté, nous semble profondément inconciliable avec les données de la raison et de l’expérience. L'organisation de cette liberté, c’est-à-dire de l’individualité humaïne, qui est tout et partout, s’impose justement aussi bien par suite de sa force qu’en raison du besoin impératif de limiter la liberté (le libertarisme) poussée à outrance, qui, en elle-même, porte le plus grand préjudice inçontestablement à l’homme, à la société et à la vraie liberté, attribut nécessaire et utile de l’individualité humaine. at roro oi bits à ;

2) L'organisation de l’individualité humaine, de sa liberté et des rapports entre les hommes, c’est-à-dire de la vie sociale, ainsi se présente comme une nécessité vitale sans laquelle ni les individus, ni la collectivité n’existeraient. Faute de cette organisation, ni les vies individuelles, ni les vies collectives ne seraient plus. La liberté complète excluant tout lien et tout rapport entre les hommes est concevable, mais inadmissible et impossible. L’histoire montre bien que depuis que ses ligues s'inscrivent, l’organisation des rapports entre les hommes a eu lieu, De tout temps, l’homme a organisé son individualité par ses décisions individuelles, II a, dans chaque circonstance, dans une plus ou moins large mesure, également contribué à l’organisation politique de la société. D’où cette organisation sociale qui, quelquefois, devient un système (1), se présente et s’affirme comme la condition de toute vie sociale et par là, des vies individuelles. Elle régularise la vie en la dirigeant et en la canalisant. C’est son objet. Maïs, en même temps, elle subit

(1) C’est par suite de sa valeur propre et grâce à l’approbation de ceux qui le subissent qu’une organisation devient un système, c.-à-d. un degré supérieur de cette organisation.

l'influence de cette vie et porte son empreinte, Par là, la vie est son sujet, son Trager, sa raison d’être, Un système n’est possible que s’il correspond à la vie et que s’il et utile à la collectivité et aux associations, voire aux hommes qui les constituent, qui sont certainement tout et que l’on rencontre partout. En tout cas, 1l doit assurer leurs besoins et réaliser le respect et la protection des intérêts individuels.

Importants parce que condition indispensable de la vie en société, toute organisation politique et chaque système offrent ainsi un double aspect. Ils sont la partis constitutive de la vie aussi bien que son reflet et sa conséquence, Une institution politique doit être en rapport direct avec la vie, sinon il n’y aurait aucune organisation politique.

D'où la valeur propre et sociale des systèmes. Importants, ils sont l’objet d’une science, que certains qualifient d'art gt qui s'appelle la politique. Les systèmes, l’organisation de la vie, sont des objets de politique. Ainsi, la vie c’est la politique. Matière et objet de la politique, la vie est aussi sa base et sa méthode. La politique s’occupe et elle est même la vie de la société elle-même. Science de la vie des hommes dans la société et de la vie de la société elle-même, d’un côté la politique est de l’autre un art, parce qu’elle applique cette science à la collectivité et aux individus. Unité de fait et de doctrine, la politique est ainsi et la science et l’art. La politique est la science de la vie des hommes et de la vie des collectivités, parce qu’elle s’efforce d’extraire et de formuler les règles et les méthodes qui leur conviennent le mieux. Elle est en même temps un art, parce qu’elle dirige et conduit les vies individuelles et collectives en leur appliquant ses propres données scientifiques, Une organisation politique ou un système sont de telle sorte les produits de la science et les instruments de son application.

C’est donc parce que la politique est en même temps la science et l’art, l’unité de fait et de doctrine, qu’elle va s’occuper de tout ce qui touche l’homme et caractérise ses rapports avec ses semblables. L’économique, le religieux, le moral, le philosophique, le scientifique, les questions purement politiques seront les objets et la matière de la politique. Et cette

dernière extérieurement observée ne serait ainsi en somme, qu’un recueil des affirmations morales, politiques, économiques. Extérieurement oui, mais réellement non, car ces affirmations sont en même temps les conséquences de la vie et sa partie constructive,

Ainsi l’objet de la politique et la nécessité vitale, le système s'affirme comme condition de la vie sociale et de l’existence humaine, Façonnés par les intelligences humaines, pour la première fois postulés et ensuite déterminés par rapport au premier système (1), les systèmes ne sont ni éternels, ni exclusifs, Un système ne peut demeurer en tant que système déterminé avec un certain contenu comme unique forme de l’organisation politique. Il change en s’accoutumant à la vie et en subissant son influence. D’où le droit constitutionnel dont le rôle principal est de s'occuper au point de vue juridique et technique des systèmes de l’organisation politique, n’est pas non plus une chose « immuable ». Il se modifie d’après les idées et les phénomènes politiques de la vie (2).

3) Nombreux sont les systèmes des organisations humaines que l’histoire a connus, D’abord le gouvernement d’un seul ; c’est la monarchie, Ensuite, c’est le règne d’un groupe ou d’un seul parti, l’oligarchie, IT y a aussi le gouvernement exercé par un ordre privilégié, à raison de ses services rendus ou de sa position sociale acquise, c’est l’aristocratie. Enfin, vient le gouvernement du peuple par lui-même, ce qui est la démocratie.

4) Seule expression de la vie et de la raison, la démocratie est le système d’organisation politique qui réussit le mieux à correspondre à la vie et à résülter d’elle, aussi bien qu’à canaliser et à diriger celle-ci en se profilant sur elle et en lui faisant subir son empreinte. Gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la démocratie est une telle organisation politique où le peuple voulant est souverainement le peuple régnant. Tous les pouvoirs dérivent de lui et servent à Jui

(4) Ts sont soit les néo-systèmes, soit les systèmes contraires. Dans leur détermination, le milieu, les règles de la solidarité sociale et les données du passé jouent un rôle important.

(2) M. Guetzevitch : Les Constitutions de l’Europe Nouvelle, p. 17.

en s'appliquant à lui, Directe aux premiers temps de son apparition, la démocratie est par la suite de changements des circonstances matérielles (1) devenue représentative, Un système d'organisation politique démocratique à notre époque n’est et ne peut être autre chose qu’un système représentatif, s’incarnant dans un organe de représentation qu’est le Parlement. En conséquence, le Parlementarisme s’identifie à la démocratie, et est sa base et son miroir. Le parlement étant la résultante des suffrages de tous les membres de la collectivité, le vote se présente comme le fondement, l’instrument d’action et l’organisation du parlementarisme et de la démocratie. Impliquant la reconnaissance de l’égalité des droits entre les hommes, étant un des moyens pratiques d’assurer leur liberté la plus complète autant que c’est possible, le vote s’affirme ainsi comme élément constitutif et partie intégrante du parlementarisme et de la démocratie. Une démocratie sans égalité de droit, sans liberté de vote, sans lutte des partis n’est pas une démocratie.

5. — Synthèse de la vie et de la raison, parce qu’elle seule correspond aux besoins des hommes et les satisfait le mieux, apologie de l’homme et par là, image de la vie, étant donné que les hommes dans celle-ci sont tout et partout, la démocratie présente, en tant que système d’organisation politique, une valeur incontestablement supérieure à tous les autres modes d’organisation de la puissance publique. Ses qualités propres sont innombrables. Elle seule assure nettement la pleine expression de la loi vitale de toute société qu’est la loi de réaction. Egalement grâce à elle, le tout dans l’homme, tous les éléments constitutifs de sa personnalité sont représentés. C’est par elle que tous les hommes sont invités à participer à la direction de la puissance politique, donc des vies collectives et individuelles. L'intérêt général d’une collectivité, la solidarité sociale et la loi de la division du travail, trouvent ensuite leur complète représentation dans la démocratie. Celleci prévoit et conditionne la norme sociale et l’existence du droit

(4) Les colectivités s'étendent : de la cité on arrive à la natior. La population devient plus dense, les communications sont mieux organisées.

et correspond seule à elles. Enfin, la démocratie et le parlementarisme résolvent très régulièrement les questions des partis politiques et des associations, voire de tous les groupements intermédiaires entre l'Etat et les individus. ;

a) L'homme ne doit pas être prisonnier d’un système. Âu contraire. Tous les systèmes, comme nous l’avons vu précédemment, sont faits pour satisfaire les besoins de l’homme et doivent uniquement servir à lui. L'homme, c’est la vie.

Chaque système, s’il veut être tel, est nécessairement obligé de corresponüre à cette vie, parce que l’homme est tout et partout. Etant donné pour cela qu’un système est fait pour l’homme et pas du tout l’homme pour un système, ce dernier doit et peut subsister seulement autant qu'il conviendra à cêt homme. L’homme, créateur du système ét objet de son application, va être le seul juge de son opportunité et de son utilité à son égard. Il est juste aussi bien que logique que celui qui subit le poids d’un système soit l’arbitre souverain de sa valeur. Sans cela, l’homme sera enchaîné, opprimé, terrorisé, ce qui est tout à fait contraire à sa quaité d'homme, à son rôle social primordial, donc à toute la vie sociale. D’où la nécessité impérieuse s'impose à ce que la possibilité d'adoption ou d’approbation d’un système ou de son rejet, soit à tout prix assuré. Tout système tend et en principe doit être la conséquence et le régulateur de la vie, donc son but. Mais tous les systèmes en réalité ne le sont pas toujours. La vie change, les besoins des hommes aussi, et si le système ne s’adapte à ceux-ci, il sera caduc et contraire à son but et à ses objectifs. D’où tous les systèmes ne sont pas les mêmes et en vérité, ne peuvent pas l’être. Ainsi le choix de l’homme, la détermination pour lui d’un mode d’organisation de la puissance publique qu’il veut qu’il le régissé, s’impose et s'affirme comme nécessité sociale incontestable. Le premier jour, quand les hommes ont déterminé le système de leur organisation politique, celui-ci a été postulé. Ensuite, les systèmes se sont inscrits, à la suite de leur aîné, et se sont manifestés par rapport à lui, soit comme sa négation, soit comme son affirmation, façonnée d’une autre manière, soit même comme des systèmes intermédiaires où l’on ne voit ni la négation ni l’Approbation complète. Donc, toujours, les nouveaux systèmes représenteront une réaction par

rapport aux systèmes précédents. Si cette réaction contre le système antérieur, si ce choix du nouveau système qui va présider aux destinées des hommes, jusqu’à une nouvelle réaction et un nouveau choix ne sont pas assurés, ni les possibilités des manifestations de cette réaction, voire du choix, ne sont pas garanties, la vie colective sera mise en grand désordre, pour ne pas dire détruite complètement, les individus tyranñisés, les libertés publiques abolies et les vrais besoins dé l’homme nullement satisfaits.

D'où la possibilité de réaction est la condition sine qua non de toutes les vies collectives et individuelles et la loi de réaction est ia loi vitale des individus et des collectivités.

Matériellement, cette réaction revêt deux aspects différents : ou elle se manifeste avec le sang, où sans le sang. Mettre un pays à feu et à sang, admettre l’anéantissement de l’homme par l’homme, c’est sûrement indigne de l’homme, être réfléchi et conscient seul sur la terre. Ce dernier grâce à son intelli: gence doit assurer et perpétuer un tel système d’organisation politique, où la réaction se produira légalement sans que le sang soit versé. Autrement, aucune différence n’existera entre lui et l’animal. Et la révolution, malgré cela pourtant, quelquefois se justifie et est même nécessaire. La révolution à sa raison d’être quand elle tend à établir en renversant ‘un système d’oppression où la réaction légale n’est pas possible, un nôuveau système où celle-ci normalément pourra se produire. Une fois un pareil système asSuré, la réaction par le sang et par le feu n’est ni utile ni justifiable. Mais il se peut que ce système soit détruit et l'oppression donc l’impossibilité d’une réaction légale, de nouveau inaugurée. Là et dans ce cas seulement de nouveau, une révolution peut se justifier, car elle échafaudera une telle organisation ou ni la possibilité de la réaction légale dans les cadres de ce système, ni les vies collectives et les vies individuelles ne seront en aucun cas des mots sans fond et vides de signification.

Ainsi, la réaction, loi sociale primordiale étant indispensable aux hommes, la question se pose : quel est le mode d'organisation politique que l’histoire a connu, qui admet et implique cette loi de réaction, c’est-à-dire la possibilité de chan-

gements de systèmes d’organisations politiques. Est-ce la monarchie, l’oligarchie, l’aristocratie, les dictatures de gauche ou de droite l’admettent ? Evidemment non. Leur but, leur credo est : régner éternellement et faire peser sur la collectivité et ses membres le plus longtemps le poids de leur force. Seule, la démocratie, système d'organisation politique où le peuple est l’unique souverain, ne nie et ne s’oppose à la loi de réaction. C’est elle qui même l’applique. Le vote, la face de la démocratie et son revers le permet, l’admet, l’organise. En votant, les membres d’une collectivité se prononcent pour un système d’organisation ou un autre, pour son maintien ou son changement, pour sa défense ou pour-la lutte contre lui, en précisant en même temps les grandes lignes du règne qui va venir. D'où le vote est l’instrument de cette loi de réaction, et la seule possibilité légale de sa manifestation aussi bien que la démocratie l’unique système d’organisation de la puissance publique qui l’admet.

Par là, partie constitutive de la vie et condition incontes-table de son existence, la démocratie se présente comme le seul système politique compatible avec la vie, qu’elle doit rester dans tous les temps et chez tous les hommes.

Mais n’y a-t-il pas un vice majeur dans notre raisonnement. : La démocratie, système qui admet la réaction légale, doit-elle admettre qu’une réaction légale se produise contre elle, tendant à la remplacer et à introduire à sa place un système d’oppression. Logiquement il semble qu’il faille admettre que cette. réaction se produise. Quand elle considère comme sa règle suprême que la réaction en faveur d’un mode d'organisation politique ou contre lui est le seul critérium de sa valeur et la seule base de sa légitimité et de son utilité, n’est-il pas illogique de ne pas admettre que cette réaction ait lieu même contre la démocratie en tant que système. Apparemment oui, mais au fond, non. Toute réaction légale est possible, sauf une seule: la réaction qui veut consciemment ou non, peu importe, supprimer la possibilité d’une nouvelle réaction donc ignorer et pratiquement détruire la loi vitale de la société qu’est la loi de réaction, en justifiant et en codifiant ainsi la révolution, le feu et le sang, ce qui évidemment, ne doit nullement cadrer avec l’homme et son

ambition d’être autre chose qu’un animal ordinaire, sans esprit et conscience. Un système, une organisation politique est uniquement possible, s’il admet comme le système précédent, qu’il va remplacer, la possibilité et la certitude qu’une nouvelle réaction puisse avoir lieu. Sans cela, sans cette garantie de réciprocité, la démocratie ne peut en aucun cas consentir à être remplacée en tant que système d’organisation de la vie collective. Et tout système aui prévoit et donne la garantie et la possibilité d’une réaction légale (1) est au fond un système démocratique. D’où la démocratie est, sera et restera le seul régime compatible avec la vie et les besoins des hommes. C’est elle qui permettra la formation de la meilleure organisation politique, laquelle peut se déterminer comme Taine (2) l’a prévu par le caractère d’un peuple et par son passé, mais non parce que tout système politique dépend du passé et du crractère d’un peuple, mais parce que le système façonné par lui correspond le mieux à ses désirs, à ses tendances, à ses besoins. Une applications et une expérimentation d’un système que la mystique politico-sociale prévoit et propose, seront seulement possibles si la majorité, à défaut de l’unanimité des hommes qui doivent le subir, l’adopte en assurant la liberté complète aux autres de faire tout leur possible à le changer. Seulement ainsi, le vrai progrès social, reflet et conséquence de la démocratie et de sa supériorité en tant que système, se produira dans le monde.

b) Etre social, l’homme est tenu de construire et de réaliser un système social en déterminant sa position en tant qu’'individualité envers la collectivité et les rapports de cette collectivité envers lui, lindividu, aussi bien que d’organiser les vies coilectives et individuelles, en fixant le contenu et le sens de la souveraineté nationale. Obligé, il le fait et ne se refuse pas à son devoir. Par le vote, il organise la société et détermine les rapports nécessaires. En portant son suffrage sur un programme ou une personne, l’homme pratiquement organise la société. Par là, il détermine

(1) Jusq’à nos jours, les hommes n’ont trouvé, du bulletin de vote, un meilleur mode de la réaction légale.

(2) Cité par Dendias, op. cit.

lequel des éléments constitutifs des vies individuelles et des vies collectives aura la priorité. Donc, en exprimant son suffrage, il opère la hiérarchie entre l’intérêt économique et les considérations d’ordre moral, religieux, culturel, scientifique, artistique, ou purement politique, aussi bien qu’il fixe leurs rapports respectifs. Permettant ainsi à tous ces éléments la possibilité d’être représentés, le vote et la démocratie qui le supposent, se présentent comme le moyen et le système uniques qui assurent la représentation du tout dans l’homme. Ainsi seulement tout dans l’homme peut et est représenté, et les vies collectives et individuelles déterminées. Et cela surtout et uniquement d’après la seule volonté de l’homme qui subit le joug de la vie et pourtant la régit. D’où la démocratie est le seul système qui représente tout dans l’homme. La représentation professionnelle qui n’y arrive pas, est pour cela profondément dans son principe antidémocratique, parce que la représentation exclusive de l’économique, c’est le favoritisme, le reflet et la traduction de tout ce qui est le plus bas dans l’homme : à savoir de l’égoïsme. L’organisation politique qui, normalement et légalement réalise la représentation du tout dans l’homme, de tous ses éléments constitutifs, la démocratie par suite de cela, apparaît comme l'unique système où l’homme concret, que les adversaires de la démocratie traitent d’abstrait, est en réalité représenté (1).

c) Mais il ne suffit pas que tout dans l’homme soit représenté. Il faut aussi que tous les hommes le soient. Cela non seulement, parce que c’est juste et moral, maïs également parce que c’est nécessaire et indispensable. Sans la représentation de tous les hommes, la vie collective, régulière et normale re sera pas. Un système d’organisation politique vaut autant que l’approbation de ceux qui le subissent ne lui manque pas. Tous les hommes d’une collectivité donnée qui subissent nécessairement le poids du système qui les régit, doivent en conséquence l’organiser et prendre part ainsi à la détermination de l’étendue des pouvoirs des gouvernants qui s’appliqueront à eux et à la collectivité. Sans cela, la vie normale des individus et des collectivités sera compromise, son bon fonc-

à Lune SR (4) Voir notre page.

tionnement infirmé, voire même toutes les activités : sociale et individuelle, arrêtées. Etant tout dans la vie, se trouvant partout, l’homme se présente Comme la base de la vie et son idéal à atteindre. Tout doit lui servir les systèmes surtout. Lui n'est guère possible que par la représentation de tous les hommes et par leur participation à la direction des affaires publiques.

Nécessaire et indispensable, cette participation et cette représentation sont-elles assurées par tous les systèmes d’organisation politique ? Sûrement non. Ni la monarchie qui concentre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul, ni l’oligarchie et lParistocratie qui les renferment dans un groupe ou dans un ordre privilégié, ni les dictatures de gauche ou de droite ou un seul parti politique les possède et les conserve, ne connaissent ni ne permettent cette représentation de tous les hommes. Seule, la démocratie, en tant que système d’organisation politique, par son suffrage universel, assure la participation de tous à la direction de la vie sociale, c’est-à-dire permet à tous la possibilité de rejeter ou d’adopter un système d’organisation politique.

Mais tout cela est-il exact ? N’est-ce pas en réalité la majorité des hommes qui, dans une démocratie, pratiquement dirige et détermine les affaires publiques, donc la vie de la société ? Certainement oui, mais pas obligatoirement toujours. L'homme n’est pas tout seul, d’où les opinions des hommes ne sont pas nécessairement identiques. Leur unanimité n’est nullement une règle. Là où celle-ci régnerait, ce serait un régime politique idéal. C’est pourquoi tous les efforts des démocraties se résument dans un seul désir : atteindre et réaliser si c’est possible, l’unanimité, Mais si cette dernière n’est pas possible, le système ne peut pas ne pas subsister pour cela. Le moins mauvais de tous les systèmes, la démocratie faute de l’unanimité, a cherché et a adopté une autre solution : la loi de la majorité. N’admettant en principe que la majorité puisse souffrir de la minorité, la démocratie a proclamé et a consacré le principe de la majorité et l’a bien souvent identifié avec elle. Nécessaire et pratique, juste au fond, la loi de la majorité n’est en aucun cas, la

démocratie elle-même. L’unanimité est son but et son désir secret (1).

L’unique possibilité de la participation de tous à la direction des affaires publiques, la démocratie, se présente à notre époque où le phénomène de la concentration des forces est de règle comme l’unique espoir de ceux qui, dispersés et éloignés les uns des autres, réclament leur part dans l’organisation de la vie collective. Sa tactique militaire est introduite dans la politique et son importance nettement précisée par tous les antidémocrates (2). Ils prétendent ouvertement que le nombre leur est indifférent. Les seules forces coalisées et concentrées sont les objets de leur attention. Pour eux, la conquête des pouvoirs se présente comme une vaste opération militaire. Les démocraties peuvent-elles admettre cela ? Désarmés et dispersés, les campagnards doivent-ils subir l’oppression des villes où le fait de concentration s’est produit et trouve sa pleine réalisation ? Evidemment, ce n’est pas possible. La science dans une de ses parties, ne peut pas servir à un groupe d'hommes et se tourner contre des autres, surtout quand ils sont la plus grande majorité d’une population. La démocratie doit, par toutes ses forces, combattre les opérations militaires dirigées contre elle et ordinairement contre la majorité des individus. Au credo de l’emploi de la force et à son apologie, la démocratie doit opposer la force de la raison et préconiser des moyens de défense. L’exécution d’un plan d’ensemble qui empêchera les coups de force exécutés ordinairement dans les villes et par elles s’impose à toute démocratie. Les bonnes communications, entr’autres moyens, doivent exister dans toute démocratie. Elles sont la meiïlleure garantie de son existence et le meil-

(1) Si les circonstances imposent le principe de majorité, la démocratie en tant que système ne peut rien faire contre cela. Ce sont des faits. Eïle peut et doit s’efforcer de les diriger, maïs cela ne veut pas dire qu’elle doive s'incliner et capituler devant l'impossibilité de réaliser son idéal suprême. Tout ce qu’elle est obligée de faire, c’est incontestablement de ne pas permettre que la minorité terrorise la majorité et de donner une consécration législative à cette solution provisoire en attendant un jour où tous les hommes s'accôrderont et proclameront une opinion unanime.

(2) Lénine, par exemple, a sonsacré des miois et des mois à l'étude des traités militaires et de }a tactique de guerre. — Cf. Rollin Henri : Le parti bolcheviste.

leur moyen de défense. D’où les moyens de communication sont la nécessité et la substance de tout régime démocratique donc la garantie dans une certaine mesure de la participation de tous à l’orientation des affaires collectives parce que par la démocratie, système juste, humain et rationnel d’organisation politique, tous les hommes seront maîtres de leur sort et de celui de la collectivité toute entière.

d) Il est certain que l’homme est tout et partout. Mais il n’en est pas moins vrai qu'il est dans la société avec les autres

et qu'il ne peut pas vivre hors d'elle. Il n’est pas seul. Un homme isolé ne peut pas vivre. « L’homme ne peut se soustraire matériellement ou moralement à l’association humaine ». « C’est là un fait d’ordre naturel, antérieur à son consentement, supérieur à sa volonté » (1). D’où l’homme vit en société,

est à côté des autres hommes. La dépendance de l’un envers

l’autre s’affirme, la solidarité s’esquisse. Il y a entre chacun des individus et tous les autres un lien de solidarité, parce qu’il y a et qu'il y aura toujours des rapports des hommes entre eux et des rapports de l’homme avec la collectivité dont il fait partie.

La solidarité étant en somme une des manifestations de rapports respectifs entre les hommes est donc un fait, avec lequel il faut compter. Peu importe l’origine (2( ou la base (3) du solidarisme. Le fait de la solidarité s'impose. Un fait d’une « importance capitale » une « loi naturelle qui peut nous paraître juste ou injuste suivant les cas peut-être même plus

(1) Léon Bourgeois. Solidarité, p. 137.

(2) M. Bougle constate que le naturalisme comme le socialisme, le criticisme comme le positivisme, ont contribué pour leur part à l’élaboration de la doctrine socialiste. Il observe également que l’économie politique et la biologie insistent sur la nécessité de la solidarité et qu’en réalité, bien que « née de la sociologie », cette doctrine ait été « généralisée par la sociologie ». Cf. Bouglé : Le Solidarisme : p: 10, 42, 115; Gide, p. 386-387. GAS

(3) MM. Bourgeois et Bouglé trouvent la base, l'explication et la raison d’être de la solidarité sociale dans le quasi-contrat et dans la reconnaissance d’une dette sociale. Duguit attache sa salidarité à la division du travail. Enfin, M. Bourgeois voit en cette solidarité une condition du progrès et une loi d'organisation de la vie sociale. Les activités individuelles croissent lentement ; opposées, elles s'entredétruisent ; juxtaposées, elles s'’additionnent ; seules, les activités associées croissent rapidement, durent et se multiplient. Bourgeois, p. 57.

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