‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 105 sur 297 · Luc. IX · texte numérisé non relu

Luc. IX

D^ SAINT THOMAS d'aQUIN. 171

grand, nimia caritas (1). Sans doute la Sagesse, la justice et les autres attributs divins n'abdiquent pas leurs droits dans le mystère de la Passion, mais la note dominante est cet amour qui a poussé le Sauveur aux excès (|ue nous allons méditer (2).

Le premier excès du Christ dans sa Passion a été l'immense tristesse qui le saisit au jardin des Oliviers.

« Mon àme est triste jusqu'à la mort : demeurez-là, « dit-il, à Pierre et aux deux fils de Zébédée, et veillez « avec moi. Et s'étant avancé de quelques pas, il tomba « la face contre terre, priant et disant : Mon Père, s'il est « possible, que ce calice s'éloigne de moi, cependant que « votre volonté soit faite et non la mienne (3). »

La première cause de l'horrible angoisse du Christ au jardin de Gethsémani fut l'appréhension des tortures qu'il allait endurer et du supplice qu'il allait subir. Qu'on ne pense pas que Jésus-Christ a moins souffert parce que la nature humaine était unie en Lui à une personne divine. L'norreur de la mort étant, en raison directe de l'intensité do la vie; ce sentiment a dû atteindre dans l'àme du Christ des proportions formidables, car, en vertu d'un prodige inouï, un Dieu allait mourir I Le genre de supplice réservé à Notre- Seigneur était aussi de nature à aiguiser le glaive. On allait le crucifier, c'est-à-dire le faire mourir de la mort des esclaves, et ajouter ainsi l'infamie à la douleur. Et cependant, ses préoccupations personnelles eussent été, pour ainsi dire, supportables si d'autres pensées ne fussent venues accroître sa tristesse et la rendre accablante. Mais Jésus songeait à la douleur de sa

1 Eph. 11,4.

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