‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 115 sur 297 · Saint Thomas, opusc. LXIV édition de Venise · texte numérisé non relu

Saint Thomas, opusc. LXIV édition de Venise

est bien juste, qu'après la révolte, nous acceptions la salutaire humiliation de Taveu. Nous le faisons au prêtre qui a sondé plus que personne l'abime des misères humaines et qui a devant les yeux les leçons et les exemples du Sauveur toujours plein de tendresse et de m ansuétude pour les pécheurs auxquels il se contentait de dire : Vos péchés vous sont pardonnes ; allez en paix et ne péchez plus.

L'aveu doit être vrai. N'afiirmons pas comme certain ce qui est douteux; n'exprimons aucun doute sur les péchés dont nous avons une complète certitude. Évitons les inutilités : dimittant superfiua, dit Saint Thomas. Il s'agit de nos péchés et non des fautes du prochain. Que de paroles oiseuses au confessional 1 S'il s'agit de direction, exposons notre état tel que nous le comprenons, demandons les avis nécessaires à la conduite de notre âme, mais ne nous perdons pas dans des digressions inutiles.

L'aveu doit être complet. Nous devons nous accuser de tous les péchés dont nous nous souvenons (au moins des péchés mortels) et dire aussi les fautes que nous pouvons avoir oubliées dans les confessions précédentes. Il faut avouer le nombre et spécifier, autant que possible, la nature des fautes. Quant au nombre, si la mémoire fait défaut, ce qui arrive souvent, on doit le déterminer à peu près': Quant à la nature, on doit dire les circonstances principales du péché, car il est des circonstances qui en modifient l'espèce.

Si on cache un seul péché grave, les autres péchés avoués ne nous sont pas pardonnes, et si plusieurs confessions suivent une confession sacrilège, il est de toute nécessité de faire une revue générale de tous ses péchés, à partir du jour où on a eu le malheur de faire une mauvaise confession.

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Telles sont les qualités de Vaveu. Pour qu'il les réunisse toutes, on doit sérieusement examiner sa conscience et n'apporter dans cet examen préparatoire ni scrupule ni légèreté. Il est des âmes pour lesquelles la confession est une torture. Il leur semble qu'elles ne connaissent jamais assez leurs fautes et elles craignent toujours de faire des confessions sacrilèges. Elles sont disposées à faire à tout moment des confessions générales. Ces scrupules sont souvent un piège du démon qui voudrait les éloigner du Sacrement de Pénitence en leur rendant sa pratique intolérable. Gardons-nous des scrupules : examinons notre conscience simplement et en toute sincérité. Comme l'enfant prodigue, contentons-nous de descendre en nousmême et disons ensuite : je me lèverai et j'irai vers mon Père.

Le souvenir et l'aveu de nos péchés nous conduisent naturellement au regret de les avoir commis : ce sentiment est la contrition.

Ce serait une présomption étrange que d'espérer obtenir le pardon sans éprouver aucune douleur d'avoir offensé Dieu.

Il n'est nullement nécessaire que la douleur soit sensible, il suffit qu'elle soit sincère. Elle doit s'étendre à tous les péchés, et être guidée par des motifs surnaturels. Si le pénitent se repend de tous ses péchés, un seul excepté, il n'a pas la contrition ; s'il les regrette tous, mais si ses regrets lui sont inspirés par d'autres motifs que la bonté du Dieu offensé, ou le danger de perdre son âme, sa contrition n'est pas surnaturelle.

La pensée de la bonté infinie de Dieu est le motif le plus pur de la contrition ; cependant il ne nous est pas défendu de faire un retour sur nous-méme et de considé-

rer les malheurs auxquels le péché nous avait exposés.

Le bon propos est la conséquence logique de la contrition. Quand on regrette sincèrement d'avoir commis une faute, on a, par le fait même, l'intention de n'y plus retomber. Mais il ne faut pas confondre le bon propos avec l'impeccabilité future. Il ne consiste pas en effet à ne plus pécher, il consiste dans la résolution sincère que Ton a, lorsqu'on se présente au saint tribunal, de ne plus tomber dans les fautes que l'on va avouer. Plus tard, nous en commettrons d^autres peut-être, mais ne concluons pas que nous n'avons pas eu le bon propos et que notre confession a été mauvaise. Humilions-nous sans trouble, déplorons amèrement les défaillances d'une volonté chancelante et recourons de nouveau au sacrement de Pénitence.

Lorsque le fidèle est dans les dispositions que nous venons de décrire et que le prêtre prononce sur lui les paroles de l'absolution, toutes ses fautes sont effacées et il recouvre l'amitié de Dieu. Le prêtre impose comme satisfaction une prière ou une pratique de piété : on doit l'accomplir sans retard et n'y manquer jamais. Après la confession, il ne faut pas se tourmenter au souvenir de ses péchés passés, ni s^interroger curieusement sur les dispositions précédentes, il vaut bien mieux s'arrêter à la consolante pensée de la miséricorde divine et se pénétrer des sentiments de reconnaissance et d'amour.

Les inquiétudes continuelles de certaines âmes au sujet des confessions sont presque une injure à la bonté de Dieu et à l'efTicacité du sacrement. Il est des personnes pieuses qui sont toujours prêtes à faire des confessions générales. Les confessions générales sont bonnes et même nécessaires dans certains cas, c'est au confesseur à en

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juger, mais souvent aussi, elles sont inspirées par des scrupules importuns. Voici ce qu'écrivait Bossuet à une àme timorée : « Je vous défends d'avoir de l'inquiétude « de vos confessions passées ni à la vie, ni à la mort, ni « de les recommencer en tout ou en partie à qui que ce « soit, fussiez-vous à l'agonie: ce ne serait qu'un embar- « ras d'esprit, qui ne ferait qu'apporter du trouble et de tt l'obstacle à des actes plus importants et plus essentiels, « qui sont l'abandon, l'amour de Dieu, et la confiance en « sa miséricorde. C'est une erreur trop grande à la créa- « ture de s'imaginer pouvoir se calmer à force de se tour- « menter de ses péchés. On ne trouve ce calme que dans « l'abandon à l'immense bonté de Dieu, en lui remettant « sa volonté propre, son salut, son éternité, et le priant « seulement par Jésus-Christ de ne nous pas souffrir dans « le rang de ceux qu'il hait, et qui le haïssent; mais au « rang de ceux qu'il aime et qui lui rendent éternelle- « ment, amour pour amour (1). »

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