‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 116 sur 297 · DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE

L'union à Noire-Seigneur Jésus-Christ, tel est le but constant de l'àme intérieure ; or, l'union la plus complète s'opère par le Sacrement de la Sainte Eucharistie.

Le Sacrement de l'Eucharistie contient réellement, substantiellement et en vérité, le corps, le sang, l'àme, la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il l'institua la veille de sa mort, lorsque prenant du pain, il le bénit, le rompit et le donna aux Apôtres en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Aucune interprétation des chrétiens dissidents n'a pu obscurcir la lumineuse clarté des paroles du Christ. Il s'en explique de la manière la plus formelle et il a choisi des termes si précis qu'ils ne laissent aucun doute. Nous lisons, en effet, au sixième chapitre de l'Évangile de saint Jean: Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis : Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain céleste. Le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. Ils répondirent : Seigneur donnez-nous toujours de ce pain. Jésus leur dit: Je suis le pain de

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vie... Les Juifs murmuraient parce qu'il avait dit: Je suis le pain de vie, descendu ciel. Jésus répondit : En vérité, en vérité je vous le dis : Celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie... Quiconque mangera de ce pain vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair qui sera immolée pour le salut du monde. Les murmures des Juifs redoublent, ils disaient: Gomment cet homme peuî-il nous donner sa chair à manger? Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. — Voyant qu'il persistait dans ces étonnantes affirmations, de nombreux disciples Tabandonnent. Les Apôtres eux-mêmes étaient ébranlés et Jésus leur dit : Vous aussi, êtes-vous scandalisés et voulez-vous me quitter? Pierre répondit: Seigneur à qui irions-nous? vous seul avez les paroles de la vie éternelle, et nous croyons que vous êtes le Christ, Fils de Dieu.

On ne peut donc pas se tromper sur les intentions du Christ, il a réellement voulu nous donner sa chair à manger et son sang à boire. C'est ainsi que le comprirent les disciples qui l'abandonnèrent et les Apôtres restés fidèles. Aussi lorsque, la veille de sa mort, il prit du pain en disant : Ceci est mon corps, les Apôtres crurent qu'il changeait le pain en sa chair et le vin en son sang et l'Église catholique a accepté la foi des Apôtres.

La parole du Christ est étonnante, il est vrai ; elle suppose une puissance divine, comme cette autre parole du commencement : que la lumière soit. Il suffit donc d'ac-

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cepter la Divinité du Giirist pour croire au mystère de l'Eucharistie.

Aucune autre explication que Tinterpréiation catholique ne peut rendre compte des paroles de Notre-Seigneur. Sans entrer dans des développements qui sont du domaine de l'apologétique, contentons-nous de dire avec Bossuet que si les interprétations des églises reformées sont vraies : La sagesse éternelle aura parlé en Vair (1).

Ce n'est pas sans de profondes raisons que Notre-Seigneur choisit la veille de sa mort pour instituer le Sacrement de TEucharistie (2).

Il ne peut y avoir de salut que dans la foi en Jésus- Christ mort pour nous. Nous devons donc avoir toujours présent le souvenir du sacrifice qui a sauvé le monde, et Jésus-Christ a voulu que ce souvenir ne s'effaçât jamais. L'Eucharistie est l'éternel mémorial de la Passion de Notre-Seigneur, puisqu'elle a été instituée peu d'heures avant la Passion elle-même. L'Eucharistie et le souvenir de la Passion sont indissolublement liés et lorsque nous ployons les genoux devant l'autel, notre pensée, par une association naturelle des idées, gravit les pentes du Calvaire où la chair du Christ fut immolée pour le salut du monde.

Pourquoi Notre-Seigneur n'a-t-il pas institué l'Eucharistie immédiatement après les promesses formelles que nous venons de lire dans l'Évangile de saint Jean ? Les Apôtres, après un moment d'hésitation, avaient acquiescé aux paroles du Maître, il semble donc que l'heure eût été bien choisie pour prononcer les paroles sacramentelles: ceci est mon corps.

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