‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 119 sur 297 · Tobie, xn · texte numérisé non relu

Tobie, xn

DE SAINT THOMAS d'AQUIN. 191

de la foi, les espèces Eucharistiques sont les vêtements d'Ésaû, mais le bien-aimé trahit sa présence par la douceur du son de sa voix. L^Eucharistie est le Sacrement de l'amour, seuls les amis du Sauveur sont appelés au banquet divin ; or, quand on aime, on se préoccupe peu de savoir, quels sont les chemins par lesquels l'objet aimé a passé pour venir à nous et quand même les ombres de la nuit nous empêchent de le voir, qu'importe? pourvu qu'on le sente présent, que son cœur batte auprès du nôtre et que ses paroles nous témoignent son amour. Oui, le Sauveur parle aux âmes fldèles et sa voix sort du tabernacle pour leur dire que ses délices sont d'être avec les enfants des hommes (1). C'est pour nous engager à aller à Lui avec un saint abandon et une confiance absolue que Notre-Seigneur a voilé Téclat de sa gloire sous les espèces Eucharistiques. Quand Moïse descendit du Sinaï, il portait sur son front un reflet divin si éblouissant que les fils d'Israël n'osaient pas le regarder et qu'il fut obligé d'en tempérer les feux (2). Gomment oserions-nous nous approcher de Jésus-Christ, si, comme Moïse, il n'eût caché sous les espèces Eucharistiques la lumière infinie qui l'environne? Car ne l'oublions pas, le corps du Christ dans TEucharistie est à l'état glorieux ; les ombres des espèces sacramentelles étaient donc nécessaires pour que nous puissions approcher de Lui sans terreur et le contempler sans en être éblouis.

Notre-Seigneur a choisi, pour l'institution de ce sacrement, les espèces du pain pour nous enseigner que son corps est la nourriture de nos âmes comme le pain est 'aliment de notre corps. Mais si on essaie d'étudier de

i. Prov. VIII, 3, ic I. £xode xxxiv, â8«

192 h\ DOCTRINE SPIRITUKLLE

plus près les intentions du Christ, on d(!C0uvre de nouvelles et adnnirables harmonies.

Le pain, dit saint Thomas (1), est composé d'une multitude de grains, unis par l'eau qui les détrempe et solidifiés par le feu. 11 y a là une touchante image de l'Eglise catholique, corps mystique de Notre-Seigneur. Elle renferme la multitude des fidèles réunis en un seul tout par l'eau du Saint-Baptême et fortifiés par le feu de la charité.

La vie de Noire-Seigneur est une série continuelle d'abaissements inouïs, mais nulle part il ne semble anéanti comme dans le sacrement de l'autel. Là, en effet, il n'est plus même le crucifié, il ne se présente à nous que sous les apparences d'un peu de pain. Pouvait-ii descendre plus bas et s'anéantir davantage? Cependant, ne nous y trompons pas, l'Eucharistie est le chef-d'œuvre de la puissance et de la sagesse de Dieu (2).

Quand on médite attentivement les œuvres de Dieu, on est frappé des merveilles qui nous ravissent et des prodiges qui nous confondent. Parmi ces merveilles, une des plus étonnantes est la création de l'homme. Cette créature si privilégiée déjà. Dieu l'a élevée encore plus haut ; il lui a assigné un rang divin en l'appelant à l'ordre surnaturel. A l'homme ainsi transfiguré, il fallait une nourriture pour alimenter la vie divine que Dieu lui avait communiquée. Où donc Dieu prendra-t il un aliment qui ne peut être que Lui-même? Ah ! c'est ici qu'apparaît dans toute sa beauté le chef-d'œuvre de la puissance divine.

Le laboureur disperse son grain dans les sillons. Dieu fait descendre la rosée des nuits, le grain élève au-dessus du sol une tige frêle qui se courbe au moindre souffle, le

Page 1