Conteimon, L, XI, par. ii. Disser. III, c. i
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 193
soleil répand sa lumière et sa chaleur, la tige monte d'abord pour s'incliner ensuite sous le poids d'un épi mûr. Le sillon a été le théâtre du grand mystère de la vie germant au sein de la mort. Mais, attendez encore. Le soir, tandis que mille murmures confus s'élevant du fond des vallées portent jusqu'à Dieu l'hymne de la nature reconnaissante et que la voix des pâtres réveille les échos endormis, le laboureur regagne lentement sa chaumière et il porte dans ses bras la gerbe si longtemps attendue. Lui aussi, il bénit le Dieu qui a fait mûrir ses moissons et il prépare le grain qui doit lui donner la force et la vie. Sous le regard de Dieu, de grands prodiges viennent de s'accomplir, mais ils ne sont que le prélude du miracle dans lequel Dieu déploie sa toute puissance. Il prendra le pain que le laboureur a recueilli, il le bénira et il le lui donnera en disant: Prends et mange, ceci est mon corps. Que sont les merveilleuses transformations du grain de blé dans le sein delà terre auprès de la transsubstantiation par laquelle Jésus-Christ fait du touchant symbole de la vie naturelle, l'aliment divin de la vie surnaturelle? N^y a-t-il pas là les traces irrécusables d'une puissance infinie ?
Le pieux etéloquent commentateur de saint Thomas, Gontenson, présente ces considérations sous une forme encore plussaisissante. «Qu'on nous permette une hypothèse, dit-il, hypothèse qui ne se réalisera jamais, mais que Ton j)eut faire sans sortir des lois sévères de l'orthodoxie. Supposons donc que la Première Personne de la Trinité, le Père, s'est incarnée et qu'elle vient s'asseoir à la table de la sainte famille Jésus, Marie, Joseph. Quel mets sera digne d'être offert à un Dieu ? Ne cherchez pas sur la terre ; levez les yeux vers les trésors inépuisables de la toute puissance divine. Jésus prendra donc du pain et en prononçant les paroles sacra-
menielles : ceci, c'est mon corps, il l'offrira à Dieu son Père. Jésus, tout Dieu qu'il est, ne pourra faire rien de plus grand puisqu'il se donne Lui-même et cette parole et ce miracle auront atteint la limite extrême de sa puissance infinie. Il aura offert à un Dieu un mets digne de la Divinité. Cette nourriture, il nous la donne et, ingrats que nous sommes, elle ne nous rassasie pas. Nous avons faim et soif des joies et des plaisirs du monde, nous cherchons d'autres ivresses et nous ne goûtons pas la saveur du pain des Anges (1). Humilions-nous au moins de nos goûts dépravés et reconnaissons combien nous sommes peu dignes de nous asseoir à cette table sainte.
Le sacrement de l'autel est aussi un éclatant témoignage de la sagesse de Dieu.
Gomme les deux mères qui se disputaient un enfant devant le tribunal de Salomon, le ciel et la terre réclamaient Notre-Seigneur. Le Ciel avait des droits sur Lui, car sa place était auprès du Père et les Anges ouvraient déjà les portes éternelles pour laisser entrer le Roi de gloire ; d'un autre côté, la terre privée de la présence de son Sauveur et de son Dieu ne se fût pas consolée. Jésus- Christ, par l'institution de TEucharisLie, a résolu un problème insoluble sans sa sagesse infinie : Il est allé occuper la place qui l'attendait dans le ciel et il n'a pas laissé orphelins ceux qui étaient dans le monde. Les réclamations du ciel et de la terre ont été satisfaites et un jugement plus admirable que celui de Salomon a rendu au ciel le Dieu qui y était attendu, sans cependant priver la terre du bienfait de sa présence. .
On le voit, Jésus-Christ a mis au service de son amour