‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 125 sur 297 · Luc. xviii · texte numérisé non relu

Luc. xviii

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faits et la bonté de Dieu. Mais non, nous avons été ingrats . Que de fautes 1 Que de souillures t Peut-être même que de mépris ! Et Dieu nous a tout pardonné. Il ne faut pas que ces souvenirs amers nous troublent au moment de la Sainte Communion, et, s'ils se présentent, ils ne doivent que nous exciter aux sentiments de la plus profonde humilité. Il y a, disions-nous tout à l'heure, un abîme entre Dieu et l'homme : cet abîme a été comblé par l'amour. C'est aussi l'amour qui enflammera notre cœur lorsque nous nous préparons à recevoir le corps de Notre- Seigneur. Si nous ne considérions que notre indignité et que la grandeur de Dieu, jamais nous n'oserions nous asseoir à la table sainte. Mais nous en avons besoin ; sans cet aliment céleste, notre àme va mourir et cette pensée attriste le cœur de Jésus qui est mort pour la sauver. Son plus vif désir est de se donner à nous, son cœur n'aura pas de repos qu'il n'ait mangé cette Pàque avec ses disciples, répondons à ses pressantes invitations. C'est l'amour qui nous appelle, courons à la salle du festin et comme autrefois Marie-Madeleine, répandons aux pieds de Jésus les parfums d'une tendresse dont notre àme tout entière sera embaumée.

Telles sont les dispositions de l'àme intérieure quand elle se prépare à recevoir son Dieu.

Faut-il communier souvent ou inême tous les jours?

C'est une des questions les plus graves de la vie spirituelle. On peut l'envisager au point de vue spéculatif ou au point de vue pratique ; au point de vue spéculatif, il n'y a aucune difficulté. L'Eucharistie étant la nourriture de notre àme, nous devons la recevoir souvent et même tous les jours. Nous ne saurions trop, en etfet, nous prémunir contre les dangers auxquels nous sommes exposés ;

la déperdition des forces de notre âme est quotidienne, la nourriture qui les répare doit donc être quotidienne. C'est la parole de Notre-Sei^neur dans l'Oraison dominicale et c'est aussi pour cette raison qu'il s'est servi du pain pour instituer ce Sacrement.

Au point de vue pratique la question est complexe et plus délicate; la pratique de l'Église a varié selon les temps. Au premier siècle, la communion quotidienne était d'un usage général. La foi ardente et la dévotion tendre des fidèles les pressaient de s'asseoir tous les jours au banquet sacré. Mais cette période dura peu puisqu'au xiii® siècle Saint Thomas a pu dire : Autrefois on célébrait plus rarement le saint sacrifice. Or, au moyen-àge, les prêtres ne célébraient pas tous les jours; la célébration des siints mystères était donc plus rare encore aux époques antérieures. Les prêtres et les fidèles étaient toujours convaincus de la nécessité de participer aux divins mystères, mais cette considération était balancée par un respect profond à l'égard de la Sainte Eucharistie. Ce respect ne peut être jamais trop grand, cependant le jansénisme l'exagéra, et il éloigna les fidèles de la sainte table. Aujourd'hui on est revenu de ces exagérations Jansénistes, mais n'est-on pas tombé dans l'excès apposé? On le voit, la question est fort délicate et nous essaierons de la traiter avec une extrême prudence.

La communion fréquente consiste à s'approcher de la sainte table deux ou trois fois par semaine. Faut-il la conseiller ou la blâmer? Ici, on ne peut pas préciser, car la réponse affirmative ou négative dépend des dispositions personnelles de chacun, La communion fréquente doit être conseillée aux uns et on peut en dissuader d'autres, moins bien préparés.

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Quelles sont donc les dispositions exigées pour la communion fréquente? D'abord, il est sûr que la communion quotidienne doit être, en général, rarement permise. Si une àme est bien disposée tous les jours, qu'elle communie tous les jours, nous disons seulement que cette disposition est rare. « Pour la communion journalière, dit « Bossuet, il est vrai que c'est l'objet des vœux de l'Église « dans le concile de Trente, et un des fruits de la défi mande que nous taisons dans l'Oraison dominicale en « demandant notre pain de tous les jours ; mais en même « temps, il est certain que ce n'est pas une grâce qu'il « faille rendre commune dans l'état où sont les choses, « même dans les communautés les plus réglées; et il faut « n'en venir là qu'après de longues précautions et prépa- « rations et lorsqu'on voit que la chose tourne si mani- « festement à l'édification commune, qu'il y a sujet de « croire que Dieu en sera loué (1). »

Bossuet ne condamne pas la communion quotidienne, puisqu'il dit au contraire qu'elle est le vœu de l'Église ; il demande seulement qu'on ne l'accorde qu'après de longues précautions et préparations. Il est incontestable que les âmes ainsi préparées sont rares.

Qu'on ne récuse pas l'auiorité de Bossuet en disant que le Jansénisme a influencé sa décision. Voici le témoignage d'un docteur qui n'a jamais passé pour trop sévère et qui est un des maîtres les plus compétents dans les questions qui touchent la vie intérieure, Saint François de Sales (2). Il traite de la communion fréquente qui est, pour lui la communion hebdomadaire, et il dit à Philo-

1. Lettres à des relifiieuses de différents monastères, 59° lettre.

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