Colosse, III
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 215
filtre jusque danslame des personnes adonnées à la piété. On s'aime passionnément soi-même, on se fait une idole de ses jugements, de ses appréciations, qu'on n'abandonnerait pour rien au monde, on se complait dans la pensée d'une perfection imaginaire et Ton se dresse des autels, où Ton fait brûler l'encens d'une adoration intime dont les épais nuages obscurcissent les rayons du soleil de la grâce. Que d'àmes qui se croient pieuses et qui manquent au premier devoir à l'égard de Dieu ! Leur idolâtrie n'est pas sans doute ce péché monstrueux dont parle ici saint Thomas, mais leurs vaines complaisances pour leurs vertus factices, et souvent pour leurs défauts réels, est une maladie de l'àme qu'il ne faut pas laisser s'aggraver et qui ne se guérit que par l'humilité.
Le blasphème est une insulte directe faite à Dieu. Le blasphémateur est celui qui nie un des attributs de Dieu, ou qui affirme une chose qui répugne à sa sainteté (1). Le blasphème est complet, dit saint Thomas, lorsqu'il renferme une erreur intellectuelle et une dépravation morale. Ainsi, par exemple, si un homme croit réellement que Dieu est injuste ou cruel et s'il le déteste en conséquence, il commet un blasphème dans toute la rigueur des termes. Il est bon d'observer ici que les vrais blasphémateurs sont rares, nous l'espérons du moins, mais il faut ajouter aussi que les chrétiens peu fervents ne sont pas, à ce point de vue, à l'abri de tout reproche. Leur ignorance des choses divines leur fait commettre souvent des blasphèmes matériels. Quand ils s'entretiennent des mystères de notre foi, quand ils songent par exemple, à la transmission du péché originel, aux épreuves des justes, à l'éternité des