‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 138 sur 297 · i° 2. q. LXXYvii, a · texte numérisé non relu

i° 2. q. LXXYvii, a

22'lt LA DOCTRINE SPIRITUELLE

grands ravages et les âmes qui veulent avancer dans la vie intérieure doivent l'éviter autant que possible.

Précisons d'abord, avec saint Thomas, les limites qui séparent le péché véniel du péché mortel (1).

Le péché mortel nous prive de la grâce ; elle demeure avec le péché véniel : or, la privation ou la conservation de la grâce peut s'envisager soit dans le pécheur, soit dans l'acte qu'il émet. Dans le pécheur; la puissance d'où procède l'acte ordonne le sujet vers sa fin dernière, ou bien elle n'est pas assez haute pour l'orienter vers ce but élevé. Dans le premier cas, un acte qui, en lui-même, ne serait pas de nature à nous détourner de notre fin, peut prendre cependant les proportions d'un péché grave si la perversion de la volonté lui communique ce caractère : par exemple, une parole qui contient un mépris de Dieu. En elle-même elle n'est pas un péché grave, mais elle le devient en vertu de l'intention de l'agent. Si, au contraire, la puissance d'où procède l'acte ne nous ordonne pas vers notre fin dernière, elle ne peut par conséquent nous en détourner et les actes qui en découlent ne sont que des péchés véniels : un acte de sensualité, par exemple, lorsque la raison n'en accepte pas la responsabilité.

Si nous étudions la question au point de vue des actes, nous les divisons en deux classes. Les uns sont en euxmêmes opposés à la charité et l'excluent absolument : le blasphème, l'idolâtrie, la désobéissance formelle aux prescriptions de l'Éghse, le vol, la calomnie grave, l'homicide, etc. Ces actes sont en eux-mêmes des péchés mortels. D'autres actes tels qu'un mensonge joyeux, un léger excès dans le boire ou dans le manger, une pensée de vaine

Page 1