Introduction à la Vie dévote, {^ partie, ch, xxii
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 227
difficile au théologien ou au confesseur de prononcer si, tel cas étant donné, il y a péché mortel ou faute vénielle, mais en soi la distance est infinie, dit saint Thomas.
Cette question comprend les trois propositions suivantes :
l** Le même péché peut-il être véniel d'abord et mortel ensuite?
2° Un péché qui, de son espèce, est véniel peut-il, dans certains cas, devenir mortel?
3" Plusieurs péchés véniels sont-ils l'équivalent d'un péché mortel?
1° Dans le premier cas le péché véniel ne peut jamais devenir mortel. Nous parlons ici, en effet, du péché en tant qu'il est un seul et même acte moral, or, c'est l'intention de la volonté qui fait l'unité de l'acte. Si je n'ai l'intention que d'émettre un acte constituant un péché véniel, cet acte restera ce qu'il est et ne changera pas de nature. Mais si, dans un seul et même acte, il y a deux intentions successives, l'une peut être vénielle et l'autre mortelle. Si, par exemple, je vais à l'Église poussé par un mouv(îment de vanité ou de pure curiosité, je commets un péché véniel; s'il survient une seconde intention, celle, par exemple, d ; ailler les cérémonies de l'Église, ce second mouvement est un péché mortel. L'acte est matériellement le même, mais les deux intentions étant distinctes, l'une est un péché véniel et la seconde une faute mortelle, il y a donc formellement deux actes. Ce n'est pas le premier qui, en se transformant, est devenu mortel, il est resté c<i qu'il était ; seulement un second acte s'est ajouté au pjsemier.
2° Un péché véniel de sa nature peut devenir mortel ? Cela dépend de l'intention de l'agent et de la fin qu'il se puipose. Une purolo parfaitement inutile est une faute vé-
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nielle, mais si on la prononce dans l'intention de provoquer le prochain à un péché pjrave, cette faute vénielle, en soi, devient mortelle.
3° Les péchés véniels quelque nombreux qu'ils soient n'équivalent jamais à un péché mortel.
Pour que plusieurs quantités réunies fassent une unité déterminée, il faut évidemment que ces quantités soient de même nature que l'unité en question. Plusieurs petites lignes ajoutées les unes aux autres formeront une grande ligne, mais des nombres n'entreront jamais dans la composition d'une ligne : De même pour le péché véniel comparé au péché mortel. Ils ne sont pas de même nature, par conséquent tous les péchés véniels possibles ne feront jamais un péché mortel. Hàtons-nous d'ajouter , avec saint Thomas, que plusieurs fautes vénielles disposent au péché mortel en habituant la volonté à la jouissance des choses sensibles et en excitant ses désirs.
Les péchés véniels n'ont pas tous une égale gravité, il y a même entre eux une difiTérence assez notable. Les uns en effet sont la conséquence inévitable delà faiblesse de notre nature ; on pourrait les appeler imperfections plutôt que péchés. Les autres au contraire sont parfaitement réfléchis et pleinement délibérés ; saint Thomas les appelle péchés véniels de la raison supérieure.
Entrons dans la belle analyse qu'en fait le saint Docteur.
La raison, dit-il (1), peut commettre le péché de deux manières : dans son acte propre, lorsque par exemple, abandonnant la vérité, elle adhère à une proposition fausse; ou bien dans l'acte des facultés sensibles, lorsque après délibération, elle les entraîne vers un désordre quel-