‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 149 sur 297 · In Gènes, xxn · texte numérisé non relu

In Gènes, xxn

naît rinlelligence et la science d'un élève, l'interroge, lui pose des questions ardues, le tente pour faire briller ses heureuses dispositions et son amour de l'étude, de même Dieu tente parfois un homme, afin de donner à d'autres le spectacle d'une âme ferme dans le bien et d'une volonlé plus forte que l'épreuve. Le démon, au contraire, nous tente pour nous faire tomber ; la corruption de la nature et les séductions du monde, sont des causes de tentation avec des alternatives de victoires ou de défaites.

11 est rare que le démon nous attaque directement ; il se sert presque toujours de l'intermédiaire de ces deux complices : l'attrait du monde et la corruption de la nature.

Pour nous rendre compte de l'habileté du démon à dresser des pièges et pour surprendre, comme sur le fait, les ruses et les détours qu'il emploie, étudions la tentation typique pour ainsi dire, celle qui a laissé dans le monde de si lamentales traces. Nous retrouverons à peu près les mêmes phases dans toutes les tentations auxquelles nous sommes exposés.

Le démon, dit saint Thomas (1), s'adressa à la femme parce qu'elle était plus faible, moins prudente et moins ferme que l'homme.

De même le démon nous attaque par nos côtés faibles. Il ne tentera pas de gourmandise, par exemple, un homme naturellement sobre, mais il lui offrira une tentation de vanité ou de colère, il choisira le moment où notre prudence est en défaut et où notre volonté n'offre pas une grande résistance. Le démon procéda ensuite par une interrogation générale : Pourquoi Dieu ne vous a-t-il pas

1 In cap. III Gènes.

permis de manger de tous les fruits du jardin ? S'il eut parlé tout de suite de l'arbre de la science du bien et du mal, il eût éveillé l'attention de la femme et l'eût par cela même mise en garde contre la tentation. Mais non, la question qu'il adresse est, en apparence, inoffensive. Si un honune veut prudemment s'enquérir du lieu où s'est caché son ennemi, il prend des détours et il demande d'abord : Est-il dans tel pays ? Ce n'est que peu à peu et en resserrant toujours le cercle de ses recherches qu'il arrive à ses fins.

Le démon ne nous offrira pas brutalement et de primeabord le but de la tentation, il prépare les voies de loin et il ne frappera son dernier coup que lorsque le terrain sera suffisamment préparé. Il commence par des insinuations sans importance, et nous marchons vers l'abime avant même de nous douter que nous avons fait le premier pas.

Eve tomba dans le piège en faisant d'elle-même mention de la défense et de la menace divines. Le serpent atténue les craintes de la femme et il allume en elle le feu d'une C'jriosité presque irrésistible et d'un orgueil insensé : Non, dit-il, vous ne mourrez pas, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux.

Les ruses du démon n'ont pas changé. La peur de la mort éternelle nous arrête un moment sur le chemin du péché, mais notre esprit se détourne de cette pensée importune ou bien nous nous répétons à nous-mêmes la parole du serpent : non, je ne mourrai pas. Une déplorable curiosité s'empare ensuite de nous si le péché est nouveau ou, s'il a été déjà commis, nous espérons des émotions nouvelles. Enfin, la soif d'indépendance, le désir de pouvoir, comme Dieu, disposer de notre destinée et de n'avoir

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aucun maître, pr(;parent notre chuta prochaine. Mais ce ne sont là que les préliminaires, achevons la lecture du drame. La femme regarda le fruit, elle vit qu'il était bon, beau et d'un agréable aspect, elle le prit et le mangea.

Telles sont les trois étapes de la tentation. Quand notre pensée s'arrête sur l'objet de la tentation, nous sommes à moitié vaincus, il nous séduit par ses dehors trompeurs, nous le saisissons et la ruine est consommée.

Il y a donc trois moments : la pensée, le consentement et l'acte.

Saint Thomas nous enseigne, en'commentant ce passage de la sainte Écriture, qu'il faut apporter la plus grande vigilance summe cavendum aux pensées qui ouvrent le cœur à la tentation, et comme la pensée entre en nous par les sens, c'est sur les sens que noas devons veiller avec la plus grande attention. Eve regarda le fruit et elle vit qu'il était bon. Un objet qui nous parait mauvais ne peut pas nous solliciter; le bien seul, réel ou apparent, est capable d'attirer notre cœur. Aussi le démon ne nous présente jamais l'objet de la tentation que sous cet aspect, et, comme si cela ne suffisait pas, il ajoute à la bonté apparente la beauté séductrice. Notre regard est alors fasciné, nous cueillons le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal et nous le mangeons, c'est-à-dire que nous donnons à la tentation un consentement complet; et aussitôt la voix de Dieu se fait entendre dans les solitudes de la conscience.

Le plus sûr moyen de résister à une tentation, c'est donc d'en chasser même la pensée, et, si elle s'obstine, d'éviter de la regarder en face. Essayons de diriger notre esprit ailleurs, de le distraire et de l'occuper à d'autres objets.

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Mais, si au lieu de fuir la tentation, nous cherchons l'occasion de la rencontrer, notre chute sera à peu près certaine. Nous sommes doublement responsables lorsque nous succombons à une tentation dont nous n'avons pas évité Toccasion.

Nous devons, en outre, nous tenir dans les sentiments d'une humilité profonde et être bien convamcus que, sans le secours de la grâce divine, nous ne résisterons pas à l'attrait du péché. Cette humilité nous donnera une grande défiance de nous-mêmes, et, par conséquent, nous ne nous exposerons pas au danger: De son côté, Dieu se laissera toucher et il ne nous abandonnera pas au moment de la lutte.

Les âmes se laissent troubler bien souvent par les tentations qui viennent les assaillir, et leur conscience s'alarme parce qu'elles craignent d'avoir succombé. Nous répétons que la tentation n'est pas en elle-même un péché, elle est au contraire une occasion de mérite quand on en a triomphé. Il est bon de leur apprendre l'étendue et les limites du pouvoir du démon, afin de les aider à discerner la part de responsabilité qui leur incombe.

Le démon a un grand pouvoir sur nos sens et sur nos facultés sensibles, telles que l'imagination et la mémoire. Il peut soulever des tempêtes dans les régions inférieures de notre âme, mais son action directe s'arrête sur le seuil de l'intelligence et du libre arbitre. Il dépend de nous de lui fermer la porte de ce sanctuaire où réside la responsabilité. Tous ces efforts seront impuissants si notre volonté, soutenue par la grâce, lui oppose une résistance énergique. Que les âmes fidèles ne se troublent donc pas des orages parfois terribles qui éclatent dans la région des sens et des puissances inférieures ; (jue le démon les bouleverse à son

^ré, qu'il monte à l'assaut (Je la liberté pour la faire capituler, tant qu'elle n'a pas accepté le joug, la tentation, malgré toute sa violence, augmente nos mérites et trempe notre fidélité au creuset de l'épreuve. Les nuages qui assombrissent la vallée n'empêchent pas le soleil de dorer les sommets.

Qui donc me séparera de l'amour du Christ ? dit saint Paul (1). Les tribulations ? l'angoisse ? la faim ? la nudité ? le danger ? la persécution ? le glaive ? Je triompherai de tous ces obstacles, à cause de Celui qui m'a aimé.

Quand la tentation nous fait éprouver les angoisses dont parle l'Apôtre, ne nous désolons pas si l'amour de Dieu reste malgré tout « au fond de l'esprit » , comme dit saint S'j'ançois de Sales.

Un jour, sainte Catherine de Sienne fut assaillie d'une tentation effroyable ; il lui semblait qu'une nuit profonde était descendue sur son àme, car elle ne voyait plus dans son cœur l'image adorée de Notre-Seigneur. Cette tentation dura longtemps. Notre-Seigneur lui apparut enfin, et la Sainte lui dit : Où étiez-vous donc. Seigneur ? — Et Jésus lui répondit : J'étais avec toi, c'est ma présence qui te donnait la force de résister et qui te rendait si araères les suggestions de l'ennemi.

La grâce de Notre-Seigneur peut donc demeurer avec une àme sujette aux plus violentes tentations, et la douleur qu'elles nous font éprouver est une preuve que Dieu ne nous abandonne pas.

Il ne faut pas les désirer, car nous ne savons pas quelle sera l'issue de la lutte ; nous pouvons, au contraire, à Texemple de saint Paul, demander d'en être délivré ; mais,

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