Saiut Thomas. Pi'oluyus in BojUudl
incertaine, car la Foi peut engendrer une certitude complète.
Le chrétien se repose dans sa foi comme le philosophe sur les principes les plus indiscutables de la raison, et s'il y a inégalité dans ces deux certitudes, la comparaison est toute à l'avantage de la Foi. « La certitude de la foi, dit Tha ilère, nous fait croire des choses entièrement inconnues à nos sens, et cette vertu surnaturelle rend tous les gens de bien certains et convaincus de la vérité par la force de cette même vérité qu'elle embrasse (1). » C'est donc la vérité que nous embrassons par la Foi qui cause en nous cette certitude inébranlable ; or cette vérité est la vérité éternelle, infinie, la vérité même de Dieu ; donc, la force de conviction qu'elle porte dans l'àme doit être proportionnée à la puissance irrésistible de la vérité incréée. Oui, c'est Dieu lui-même qui fait entendre sa voix dans les solitudes de l'àme et qui fait naître dans le cœur du chrétien ces convictions ardentes et saintement passionnées qui planent au-dessus de toutes les tempêtes, survivent à toutes les ruines, défient toutes les attaques et se rient de tous les sophismes. Oui, nous sommes certains de notre foi, car nous savons que c'est Dieu qui ajoute sa lumière aux vacillantes lueurs de notre raison, et qui soutient de sa grâce toute puissante les défaillances de notre volonté. Qu'on ne s^étonne donc plus de rencontrer chez les vrais chrétiens cette fermeté de convictions devant laquelle on devrait s'incliner, car il y a là plus que la force de l'homme, il y a la force de Dieu.
Cependant la question est très grave, et il peut paraître téméraire d'aiïirmer que la certitude de la foi l'emporte
{. lûSt., Ch. XXXIX.
DE SAFNT TrT()Af\"=; d'aQUIN, 29
sur la certitude rationnelle, aussi nous allons exposer sur ce point délicat, la belle doctrine de saint Thomas d'Aquin.
il commence par rappeler (1) qu'on peut diviser les vertus intellectuelles en deux grandes classes; les unes qui ont pour objet les choses contingentes, et celles qui ne s'occupent que des choses éternelles et nécessaires. Quant aux premières, il n'y a pas de sérieuses difficultés, car Tobjet de la foi étant l'être nécessaire, cette vertu doit engendrer une certitude plus absolue que les vertus intellectuelles qui ne s'occupent que du contingent. Le seul point discutable est celui qui traite des vertus ayant pour objet le nécessaire et l'immuable, comme par exemple, la science proprement dite et la compréhension des premiers principes. Est-il possible, en effet, d'admettre que cette vérité : Dieu est un en substance et trine en personnes, soit plus certaine qu'une conclusion géométrique ou qu'un premier principe de raison.
L'examen superficiel de ces propositions conduit aussitôt à cette conclusion : jamais on ne prouvera qu'une vérité de foi soit, non pas plus certaine, mais simplement aussi certaine qu'une vérité scientifiquement démontrée. Nous espérons cependant établir solidement notre thèse.
La certitude, ajoute saint Thomas, peut s'envisager à un double point de vue : ou bien dans sa cause, ou bien dans l'effet qu'elle produit sur l'intelligence. Si on l'envisage dans sa cause, on doit reconnaître que la Foi est plus certaine que les conclusions scientifiques, car elle s'appuie sur la vérité divine elle-même, tandis que les conclusions