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scientifiques sont basées sur la raison humaine. Or, lu vérité divine et la raison de l'homme ne peuvent évidemment entrer en comparaison. La raison divine étant nécessairement infaillible est donc, en elle-même, plus capable que la raison humaine d'engendrer la certitude.
Si, au contraire, on étudie la certitude au point de vue de reflet qu'elle produit dans l'intelligence, le degré de certitude se mesure d'après l'adhésion plus ou moins complète à la vérité proposée. Sous ce rapport, la certitude scientifique est plus parfaite que la certitude surnaturelle, car les conclusions ou les premiers principes des sciences étant du même ordre que notre intelligence, nous les acceptons sans effort, et nous adhérons complètement à une vérité dont l'évidence nous a été démontrée. Les données de la Foi, au contraire, étant au-dessus de notre intelligence n'entraînent pas fatalement l'assentiment de la raison, car jamais on ne pourra en prouver Févidence intrinsèque.
Ici la thèse de saint Thomas semble faiblir, mais la suite de son raisonnement montre victorieusement la vérité de la proposition qu^il a avancée.
Pour juger en dernier ressort une question spéculative, il faut, dit-il, la considérer au point de vue absolu qui est la cause; la disposition particulière de tel ou tel sujet n^est que le point de vue relatif. Or, il est incontestable que, absolument parlant, la Foi est plus certaine que les conclusions scientifiques.
Il y a en effet, dans une vérité révélée, une plus grande cause de certitude que dans une vérité rationnelle.
Une proposition de Foi contient une vérité divine, tandis qu'une proposition scientifique ne contient qu'une vérité humaine : or, la vérité divine étant, en soi, évidem-
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 31
jnent supérieuro à la vérité humaine, elle doit engendrer, au point de vue absolu, une certitude plus parfaite.
Un exemple fera saisir notre pensée.
La Foi nous enseigne qu'il y a une substance divine en trois personnes ; la science nous dit que les trois angles d'un triangle sont égaux h deux droits : de ces deux propositions, quelle est la plus certaine? Absolument parlant, la première ; relativement à nous, la seconde.
Absolument parlant, c'est-à-dire pour Dieu qui est la règle suprême, le mystère de la Trinité contient une plus grande somme de vérité puisqu'il est la vérité même dans sa plus haute actualité, tandis que les données scientifiques ne sont qu'une goutte d'eau de cet Océan de vérité que la Trinité contient dans ses abîmes. Or, plus il y a de vérité, plus aussi il y a cause de certitude : si notre intelligence ne peut soutenir la vue d'une vérité trop étincelante, il ne faut pas s'en prendre à la lumière qui nous éblouit, mais avouer humblement que notre raison est trop faible pour soutenir le poids de la vérité divine.
Donc, au point de vue absolu et objectif, la Foi est plus certaine que la science ; je crois qu'on peut atïïrmer aussi que, sous le rapport subjectif, elle est au moins aussi certaine.
Nous acceptons les conclusions scientitiques sur l'autorité de notre raison, et nous croyons les vérités de la Foi sur l'autorité de la parole de Dieu; or^ lorsque Dieu fait à une àme le don inappréciable d'une Foi vive, elle croit aussi fermement un dogme révélé que la vérité rationnelle la mieux démontrée. C'est Dieu alors qui met sa lumière dans l'intelligence du chrétien ; il lui donne la certitude qu'il ne le trornpe pas, et, sur cette assurance^ qui retentit au plus profond de son àme, le chrétien marche à la lu-
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mière de la Foi, sans que jamais aucun doute vienne troubler le calme divin de sa croyance. Il a reçu l'esfirit des enfants d'adoption ; cet esprit de Dieu rend témoi^'nage à son àme et lui dit qu'il est le fils de Dieu (1;. Mais pour cela, il faut cette Foi dont Jésus-Glirist disait : « Je vous rends grâces, mon Père, d'avoir caché ces choses aux sages et aux prudents de ce monde, et de les avoir révélées aux petits. » G^est cette Foi qui est digne que Dieu se dévoile d'une façon surprenante et en son essence admirable (2).
La Foi du chrétien doit donc avoir un double caractère : la soumission absolue et la certitude complète au milieu des obscurités. Mais ces obscurités mêmes sont une lumière, car nous savons qu'elles sont nécessaires et la conséquence inévitable de la faiblesse de notre raison et de l'immensité de Dieu. « Il est constant, dit saint Jean de la Croix, que la Foi est une obscure nuit au regard de l'àme, et que c'est par cette obscurité que la Foi l'éclairé ; que plus elle l'obscurcit, plus elle lui communique ses lumières et ses connaissances ; car la Foi l'éclairé en l'aveuglant, puisqu'elle ne l'élève à l'intelligence surnaturelle des choses divines que par la créance que 1 ame y donne aveuglément (3). » Ces paroles remarquables expriment admirablement les harmonies qui existent entre les obscurités de la Foi et les lumières qui en jaillissent. Quand nous croyons aveuglément toutes les propositions révélées, nous puisons dans cette humble soumission à la parole de Dieu une lumière éclatante et une certitude inébranlable. Les mystères sont impénétrables, mais Dieu