Ibid. a
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La vertu, n'est dans la partie affective que lorsque celle-ci obéit à la raison, si donc cette soumission suffit pour réaliser les conditions de la vertu, on doit dire qu'elle plon|?e ses racines les plus profondes dans la raison et que c'est jusque-là qu'il faut remonter pour trouver son foyer et son siège principal. Plus tard nous verrons en effet que la prudence, cette reine des vertus et sans laquelle toute vertu dégénère, est un acte de raison.
La vertu est donc dans les puissances sensibles obéissant à la raison, elle est aussi dans la volonté, mais principalement dans la raison : qui l'y a mise ? Est-elle un fruit naturel et spontané de la nature ou bien est-elle le résultat de nos efforts ?
La réponse de saint Thomas d'Aquin ne laisse aucun doute à cet égard : le germe de la vertu est naturel, mais il ne se développe que grâce à notre activité.
De même, dit-il, que nous connaissons naturellement les premiers principes d'où découlent toute science ultérieure soit spéculative, soit pratique, de même nous recevons de la nature une inclination générale vers le bien. Mais cette tendance, précise s'il s'agit du bien en général, est indéterminée quand vient le moment de choisir les moyens pour atteindre le but. C'est alors que l'activité personnelle entre en exercice et nous guide dans le choix des moyens proportionnés à la fin.
Tout homme a reçu de la Providence ces germes vertueux, mais ils se développent avec plus ou moins de difficulté selon les dispositions individuelles. Les uns rencontrent des obstacles inconnus à d'autres ; ceux-ci suivent presque sans effort l'étroit sentier de la vertu ; ceux-là au contraire sont réduits à une lutte qui ne leur laisse aucun repos, semblables à des rameurs toujours
entraînés par un courant rapide. Mais quelque soit l'obslaolo, il n'est pas insurmontable; ceux qui ont plus à combattre ont de plus grands mérites et une récompense plus belle les attend. Du reste, les dispositions vertueuses de quelques-uns ne les dispensent pas de la loi du travail et des elibrts personnels, car, s'ils éprouvent de l'attrait pour une vertu, ils auront, par le fait même, de la difficulté à pratiquer la vertu contraire. Il faut donc en revenir toujours au principe : la vertu étant une habitude, elle ne s'acquiert que par la répétition des actes. Le développement de nos facultés est entre nos mains, pour ainsi dire ; il dépend de nous de les laisser incultes ou de leur faire produire des fruits abondants. Or en tout ordre de choses, une faculté ne se développe que par l'exercice ; c'est une loi qui ne souffre aucune exception, si donc nous voulons acquérir la vertu^ exerçons-nous à en produire souvent les actes. C'est là la pierre d'achoppement des âmes sans énerpjie. Elles ne demanderaient pas mieux que d'être vertueuses et de mériter ainsi la récompense promise, mais la vertu est le prix des actes, et les actes vertueux nous coûtent beaucoup, car presque toujours ils supposent l'effort et la lutte contre nous-mêmes.
Les vertus acquises au prix de nos efforts ne sont pas les seules parures de notre âme; Dieu nous donne des vertus que nous tenons de sa libéralité gratuite ; nous n'avons rien fait pour les mériter, elles sont une largesse divine.
Dieu a assigné à Thomme une fin surnaturelle qui dépasse les proportions et les exigences de ses facultés naturelles ; cette fin est la vue de Dieu contemplé face à face pendant toute l'éternité bienheureuse. Mais un être n'atteint sa fin que par son activité et qu'en prenant des moyens proportionnés au but. Or, le but étant au-dessus
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de la sphère où se meuvent nos faculK^.s nalurellos, il a fallu que Dieu nous donnât un principe d'opérations plus élevé et en harmonie avec la fln surhumaine vers laquelle Il a daigné nous diriger. La vocation à l'ordre surnature entraîne par conséquent le don gratuit de la grâce d'abord et des vertus surnaturelles ensuite.
La grâce nous communique l'être divin, la foi dévoile à notre intelligence les perspectives sans limites dont notre regard ne peut sonder les abîmes, l'espérance nous fait planer au-dessus des tristesses de la terre pour nous laisser entrevoir à travers les ombres du dernier rivage, les consolantes lueurs de l'éternelle lumière et la charité embrase notre cœur d'un amour dont l'objet est la beauté suprême.
La Foi, l'Espérance et la Charité s'appellent vertus théologiques; les vertus acquises se divisent en vertus intellectuelles et en vertus morales selon qu'elles perfectionnent l'intelligence ou la volonté d'où la classification générale des vertus en vertus théologiques, intellectuelles et morales. Cependant saint Thomas fait remarquer que l'usage veut que l'on donne le nom de vertu aux vertus théologiques et morales et que, ce n'est que par extension qu'on l'applique aussi aux vertus intellectuelles.
Le principe premier de tous les actes humains est la raison, les autres principes secondaires d'activité se rattachent à elle, mais il est des puissances qui sont tantôt rebelles, tantôt soumises au joug de la raison. C'est la vertu morale qui les façonne à la soumission, et les rend dociles aux impulsions de la raison (1). Parmi les vertus morales, quelques-unes occupent une place à part ; nous allons les étudier dans les chapitres suivants.