‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 159 sur 297 · LA PRUDENCE · texte numérisé non relu

LA PRUDENCE

Qu'on ne s'étonne pas de nous voir traiter dès vertus naturelles dans un livre où nous n'étudions les questions qu'au point de vue surnaturel. Les vertus humaines nift sont pas à négliger, même ou plutôt surtout, par les âmes qui aspirent à la perfeclion des vertus divines. On se tromperait grandement si l'on croyait pouvoir mettre de côté les vertus qui sont l'honneur et la gloire de la nature, sous prétexte d'élever ses regards plus haut. L'édifice des vertus divines est bien fragile, s'il ne repose pas sur la large base des vertus humaines. Sans doute, avons-nous besoin de le dire ? les deux ordres sont parfaitement distincts; mais, est-il possible de supposer une piété vraie, là, où les vertus naturelles font défaut?

Nous disions, à la fm du chapitre précédent, que certaines vertus occupent une place à part : on les appelle les vertus cardinales. Elles sont, tout le monde le sait^ au nombre de quatre : la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Ce nombre n'est pas arbitraire, ainsi que le prouve fort bien saint Thomas. « Le principe essentiel

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de la vertu dont il s'agit maintenant, ditle saint Docteur (1) c'est [le bien de la raison. » Il peut être consid(5ré à nn double point de vue, en lui-même, ou dans les opérations où Ton doit retrouver un ordre rationnel. En lui-même, il s'appelle la Prudence ; dans ses opérations, il est la Justice. Mais au-dessous des opérations qui émanent de la vertu de justice, il y a les passions. Les unes poussent à des actes contraires à la raison, elles doivent être réprimées par la Tempérance ; les autres, telle que la crainte du danger ou des labeurs, nous arrêtent dans la voie tracée par la raison. Nous devons donc être atîermis et ne pas nous laisser intimider ; c'est le rôle de la Force.

Notre vie morale tout entière est renfermée entre ces quatre points cardinaux, autour desquels viennent se grouper les vertus secondaires. Elles se rattachent, en effet, à l'une ou à l'autre de ces vertus capitales : à la Prudence, les vertus qui appliquent à la conduite de la vie les données de la raison ; à la Justice, celles qui concernent les droits et les devoirs ; à la Tempérance, les efforts pour réprimer les passions ; à la Force, tout mouvement ayant pour but d'affermir notre courage contre les dangers et les vaines terreurs.

Entrons maintenant dans l'analyse de chaque vertu cardinale, et commençons par la plus importante : la prudence (2).

Saint Thomas d'Aquin définit la prudence : recta ratio agibilium, c'est-à-dire, la droite raison appliquée aux actes de la vie. Elle est la sagesse dans les affaires humaines, soit particulières, soit générales. C'est une vertu essentiellement pratique, car elle ne se contente pas de prévoir

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