q. XLVII
DIS SAINT THOMAS d'aQUïN. 265
le but lointain de la vie, elle nous guide dans chacune de nos actions et elle les fait converger vers une fin ultérieure. Pour ne pas se perdre dans ce dédale d'actes si multipliés et si divers, la prudence a recours aux lumières de l'expérience, afin de mettre toutes les chances de son côté, en étudiant ce qui arrive dans la plupart des cas. Malgré ces précautions, la prudence n'est pas infaillible, mais au moins, elle ne néglige rien pour assurer la réussite des affaires.
Ce qui assigne à la prudence le premier rang parmi les vertus humaines et son incontestable supériorité, c'est son rôle de modérateur indiquant à chaque vertu le juste milieu où elle doit se tenir. (1) La vertu est toujours placée entre deux extrêmes; elle a deux excès à éviter, l'un en plus, l'autre en moins, et si elle tombe dans l'un ou dans Tautre, elle perd son caractère. La force, par exemple, devient téméraire ou pusillanime si elle ne garde pas la juste mesure entre l'audace qui, sans raison, brave les dangers et la crainte qui paralyse le courage. Il en est de même pour toutes les vertus ; or, le rôle de la prudence est précisément de maintenir chaque vertu dans le milieu également éloigné des deux extrêmes. La vertu, en effet, n'est au fond, que la conformité des actes avec la droite raison ; d'où il suit que la vertu qui détermine cette conformité est par cela môme leur reine et leur guide contre les écueils où elles peuvent sombrer. C'est ce qui assure à la prudence le premier rang entre les vertus cardinales ; son intluence s'étend encore plus loin, car c'est elle qui tient le spectre du commandement. (2)
Les actes de la vie pratique se divisent en trois mou-