‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 162 sur 297 · Ibid. a · texte numérisé non relu

Ibid. a

l'exemple choisi par saini Thomas, ils sont vrais aussi pour toute cotte classe d'hommes rusés, fourbes, habiles selon le monde et qui souvent ne sont pas plus estimables que les voleurs.

La prudence vraie, mais incomplète, est la qualité de ceux qui, éclairés par l'expérience, ne négligent aucun des moyens propres à leur faire atteindre une fin bonne, mais secondaire. Avant de partir pour un long voyage, un marin s'assure que le navire peut résister aux tempêtes et remplit tontes les conditions voulues pour la traversée. Cette prudence est vraie, mais incomplète, parce que la fin qu'elle se propose est secondaire. Sans doute, il importe beaucoup au navire de revenir au port sain et sauf, mais il lui importe bien plus encore d'entrer au port vers lequel la providence pousse toutes les voiles et où, après les agitations du temps, elles se reposeront à jamais dans les eaux tranquilles de l'éternité. Cette prudence est donc incomplète puisqu'elle perd de vue le but le plus important de la vie.

La prudence vraie et parfaite est celle qui ordonne tous nos actes vers la fin suprême. Nous sommes faits pour ie ciel, c'est là notre destinée, c'est vers ce but que doivent tendre tous nos efforts. Si cette grande idée plane sur notre vie, si elle est la lumière et l'àme de nos actions, nous serons des hommes prudents dans la plus haute acception du mot, car nous n'aurons jamais négligé l'atlaire la plus grave et, au fond la seule, qui soit digne de nos constantes préoccupations. Quelle imprudence ne commettent-ils pas, les hommes dont l'attention est absorbé par les affaires de la terre et qui ne songent jamais ou presque jamais au ciel. Ils réussiront peut-être dans toutes leurs combinaisons, ils seront les grands, les riches, les puissants^ les heureux du monde ; on s'incli-

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nera devant eux; leur nom retentira comme le coup de clairon de la gloire humaine et, du fond de leur* palais, ils entendront, ravis, son enivrant murmure; et voilà qu'un jour, la mort viendra les saisir et leur fera entendre un tout autre langage: Allons, l'heure a sonné, il faut partir. -- Imprudents! Ils avaient songé à tout, excepté à la seule et grande affaire.

Ah 1 ne soyons pas des prudents et des sages selon le monde, soyons prudents comme des chrétiens, c'est-à-dire, comme des hommes qui se souviennent de leurs destinées. La négligence dans une question si grave est une légèreté impardonnable qui peut aller jusqu'au péché mortel.

La négligence, dit saint Thomas, (1) est le fait d'une volonté sans ressort et d'une raison sans énergie pour commander les actes qu'il faudrait accomplir. EU^ constitue un péché mortel quand la volonté recule devant des actes nécessaires au salut; elle est un péché véniel quand l'omission n'a pas cette importance capitale.

Lorsque la prudence n'a pas pour objet les choses éternelles et qu'elle s'exerce sur les biens de ce monde, le juste milieu de la vertu est assez difficile à observer. Gomme toujours, il y a deux excès à éviter : trop d'attachement ou une négligence coupable. Gardons-nous de croire que le soin légitime de nos intérêts terrestres soit en contradiction avec les conseils de la prudence chréiienne. L'histoire de sainte Jeanne de Chantai nous offre un bel exemple et nous montre comment les saints savent allier deux choses opposées en apparence : « Jusqu'à la majorité « de ses enfants, elle se lit rendre un compte exact des ft rentes et des dettes, et du fond de son monastère, elle

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