‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 166 sur 297 · Ibid. a · texte numérisé non relu

Ibid. a

tlt LA DOCTRINE SPIRITUELLE

dont elle conserve les droits avec un soin jaloux. Dans une société dont la justice tient les rênes, aucun devoir n'est méconnu, aucun droit n'est foulé aux pieds, et des plus bas degrés de l'échelle sociale jusqu^aux plus hautes situations, il y a partout un admirable équilibre entre les devoirs et les droits. Ces deux notions sont réciproques : là où se présente un droit, un devoir s'impose et le devoir d'un homme suppose le droit d'un autre. Le droit et le devoir sont les deux plateaux de la balance et la justice n'est satisfaite que lorsque l'équilibre est établi.

L'acte propre de la justice est le jugement, c'est-à-dire, la détermination du droit, mais, par extension, on appelle jugement toute appréciation, soit dans les questions spéculatives, soit dans les affaires pratiques.

Est-il permis de juger le prochain ? Oui, répond saint Thomas (1), mais pour que le jugement soit licite, il doit avoir trois conditions. Le jugement doit, d'abord, être juste ; il faut en second lieu que celui qui le prononce ait mission pour cela ; et enfin, il doit être entouré de toutes les précautions dictées par la prudence. Si l'une de ces trois conditions fait défaut, il ne nous est pas permis de juger le prochain.

Nous ne voulons pas supposer qu'un chrétien ait l'intention de prononcer volontairement un jugement injuste sur le compte du prochain, mais combien est fréquente la violation de la seconde règle enseignée par saint Thomas ! on juge le prochain et on émet des appréciations sévères sans avoir la moindre mission pour cela, on juge ses égaux et ses supérieurs, on dicte des sentences qui constituent une véritable usurpation. De quel droit, nous établissons-

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