‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 168 sur 297 · Matth. V · texte numérisé non relu

Matth. V

que le jugement soit permis, c'est qu'on l'entoure de toutes les précautions dictées par la prudence. Si cette condition était toujours remplie, les jugements faux ou téméraires seraient moins nombreux. Mais non, sur un simple soupçon, on prononce une sentence dont on sera responsable au tribunal de Dieu.

Le soupçon, dit saint Thomas (1), est une opinion qui nous fait voir le mal là où il n'y en a que les légers indices.

Le soupçon, continue le saint Docteur, vient ordinairement de deux causes. Un homme foncièrement méchant sera toujours disposé à soupçonner ses frères de crimes ou de fautes dont il se sent lui-même capable. Cette remarque de saint Thomas dénote une profonde connaissance du cœur humain. Quand, en effet, on est saturé de méchanceté et d'instincts mauvais, on éprouve la plus grande difficulté à supposer les autres bons, ou plutôt on ne le fait jamais. Toujours, au contraire, on soupçonne chez les autres des intentions perverses et on leur prête ses propres inclinations ; on s'iriiagine que tout le monde fait mal parce que soi-même on se sent incapable d'un acte bon. On croit parfois donner une haute idée de sa finesse et de sa perspicacité en voyant le mal partout et toujours et on ne se doute pas qu'on dévoile ainsi une méchanceté profonde et presque incurable. Les âmes droites, sincères et honnêtes sont bien éloignées de cette malheureuse disposition. Elles voient, ou du moins elles s'efforcent de voir tout en bien, elles interprètent tout le plus charitablement possible, elles font une large part aux circonstances, au caractère, à l'éducation, au tempérament; en un mot,

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