Ibid. q. cxxiv, a. 3, :2, 2 ., 2^ q. cxxix
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suUantes ne les atteignent pas lorsque la fragilité des choses humaines change les cris de triomphe en malédictions.
Le vice opposé à la force est la peur. Son degré de culpabilité se miesure d'après l'importance du devoir auquel elle nous fait manquer. Il arrive parfois qu elle paralyse nos facultés au point de diminuer beaucoup la responsabilité ; mais nous parlons ici de la peur qui, en nous laissant maître de nous-mème, nous entraîne à une lâcheté. C'est un vice absolument odieux, le front d'un lâche est marqué d'un signe indélébile. Autant il est beau d'accomplir son devoir malgré les menaces et au prix de tous les dangers, autant il est honteux de vendre son àme et d'abdiquer les droits de sa conscience devant le sentiment inavouable de la peur.
Il est une lâcheté trop commune, hélas t parmi les chrétiens et la plus inexcusable peut-être, c'est le respect humain. C'est une faiblesse impardonnable, car le danger est illusoire et le devoir qu'on refuse d'accomplir est sacré. La cause, dont on rougit, est la plus belle qui puisse faire battre un cœur généreux et le drapeau qu'on renie est le plus glorieux qui ait jamais été arboré dans le monde. Que craint-on, en effet? Un sourire, une parole sans importance tombant de la bouche d'un homme qui ne partage pas nos convictions ou qui lui-même n'a pas le courage de les professer ? Et c'est devant ce danger que la peur nous saisit ; et nous n'osons pas suivre les inspirations de notre conscience ! On affiche hautement ses opinions quand il s'agit de prendre un parti dans les choses humaines, et si l'occasion se présente d'affirmer des convictions religieuses, on fuit? Notre lâcheté ne va pas, je
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 29J
le suis, jusqu'à l'apostasie positive, mais sans aller si loin; de combien de faiblesses ne se rend-on pas coupable ? « Je rougirai, dit Notre-Seigneur, de celui qui aura rougi de moi (1). Rougir de Noire-Seigneur et de la fidélité à ses lois 1 Mais Jésus-Christ n'est-il pas la personnalité la plus pure et la plus sublime qui ait jamais occupé la scène du monde, et TÉvangile est-il donc si médiocre que nous n'osions pas marcher le front haut dans le sillon lumineux qu'il a tracé ? Encore une fois, c'est une lâcheté impardonnable. Nous avons été marqués du signe de la croix ; ah ! ne l'effaçons pas, Jésus-Christ ne nous reconnaîtrait plus. Sachons-le, du reste : nous forcerons l'estime de ceux dont nous craignons les sarcasmes, si simplement et sans affectation, nous sommes toujours fidèles aux inspirations de la conscience ; mais si nous désertons notre devoir, ils nous mépriseront, et ce sera justice.
La séduction qu'exercent les choses créées et les troubles que soulèvent les convoitises malsaines sont les conséquences naturelles et désastreuses du péché. Elles nous envahissent de toute part, elles nous fascinent et nous attirent comme l'abime en nous promettant des joies qui vont jusqu'au délire et des ivresses dont la source semble intarissable. Notre àme se livre éperdue aux émotions puissantes qui nous font franchir les limites de la raison, et, dans le tourbillon des jouissances sensibles, elle laisse tomber sa couronne, elle oubhe sadignité et ses espérances éternelles. C'est là le théâtre du combat le plus sanglant de la vie, car pour triompher dans la lutte, il faut arracher les plantes vivaces dont les racines ont pénétré au plus pro-