‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 185 sur 297 · Luc. IX · texte numérisé non relu

Luc. IX

.fond de nos entrailles. La vertu qui nous arme dans cette ' guerre douloureuse est la Tempérance.

La tempérance met un frein aux passions qui nous emportent d'une manière immodérée ou illicite vers les jouissances sensibles.

Pour nous expliquer la violence de ces passions, saint Thomas d'Aquin pose ce principe : plus un acte dit-il (1), est conforme à l'impulsion de la nature, plus aussi est grande la joie qui en résulte. Il suit de là que la jouissance est toujours en proportion avec l'intensité de la vie déployée dans un acte. Or, les opérations de l'àme ont une énergie vitale bien supérieure à toutes les autres, car l'àme vit par elle-même, tandis que le corps ne vit, pour ainsi dire, que par participation. Les actes de l'intelligence et de la volonté sont donc, en soi, la source des jouissances les plus profondes que nous puissions savourer. Et, en effet, la contemplation de la vérité et la passion du devoir nous procurent des joies devant lesquelles disparaissent et sWacent les ivresses des jouissances sensibles. Mais cette belle harmonie a été détruite par le péché ; les sens ont usurpé l'empire et notre front courbé est obligé à de continuels efforts pour secouer le joug et pour se tourner vers les régions sereines de la lumière et de la vertu. Les joies de l'intelligence et les chastes ivresses du devoir nous paraissent mornes, froides et décolorées, tandis que les jouissances sensibles s'offrent avec des séductions d'autant plus fortes qu'elles répondent aux entraînements de la nature corrompue.

C'est sur cette pente fatale que nous arrête la tempérance en revendiquant les droits et la suprématie de la

Page 1