‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 191 sur 297 · Opusc. VIII, a. 1. édit. de Parme · texte numérisé non relu

Opusc. VIII, a. 1. édit. de Parme

DE SAINT THOMAS D AQUIN. .JUl

vouloir croire, des choses divines, que celles que Ton voit? L'objection suppose donc que Fintelligence ne se trouve jamais en face d'aucun mystère, ce qui est absolument faux, puisqu'elle en rencontre partout. Même les choses qui sont infiniment au-dessous de nous sont couvertes de voiles impénétrables, la raison se consume en vains efforts pour arracher les secrets qui se cachent dans les profondeurs de la nature, et nous serions étonnés de nous pencher sur des abîmes infranchissables quand il s'agit des vérités divines ?

Saint Thomas allègue, en faveur de la Foi, une autre preuve qui n'est pas moins concluante. Un homme ignorant et sans aucune culture intellectuelle, est-il autorisé à nier une vérité scientifique, sous prétexte qu'il ne la comprend pas? Évidemment non. Or, nous sommes tous à regard de Dieu, dans la situation de l'ignorant, devant l'homme de génie ou le savant. Si Dieu a daigné nous révéler quelques vérités qui dépassent les forces de notre raison, avons-nous le droit de les repousser parce qu'elles sont mystérieuses?

Qu'on le sache d'ailleurs, continue le docteur Angélique, la vie elle-même est impossible sans la Foi, car il faut, de toute nécessité, croire à quelqu'un et à quelque chose, et, bon gré mal gré, nous sommes obligés à tout moment d'accepter des vérités qui nous viennent par voie d'autorité. Avons-nous expérimenté les vérités historiques auxquelles nous croyons sans le moindre doute ? Notre vie, dans ce qu'elle a de plus fort et de plus doux, ne reposet-elle pas sur un acte de Foi à la parole de nos parents et de nos amis ? Quiconque ne veut croire à ce qu'il voit, est condamné à une vie solitaire et désespérée.

L'acte de la vertu de Foi, la croyance, est émis par Fin-

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telligonce au commandement de la volonté. Les vérités de Fol, n'étant pas intrinsèquement démontrables, ne forcent pas l'adhésion de l'intelligence, comme le font, par exemple, les premiers principes ou les arj?umentations évidentes; il faut donc que la volonté pousse la raison à s'incliner devant les propositions de la Foi.

Cet acquiescement de l'intelligence, sous l'impulsion de la volonté, est absolument nécessaire au salut, car sans la Foi, dit l'Apôtre (1), il est impossible de plaire à Dieu. La perfection de tout être, dit saint Thomas (2), résulte de Taction de deux mouvements combinés ; l'un guide la créature dans la sphère qui lui est propre ; l'autre, venant de plus haut, l'entraîne dans un mouvement plus général et la fait concourir ainsi à l'harmonie universelle. Les astres, outre le mouvement qu'ils exécutent dans l'orbite particulière oii ils se meuvent, sont soumis aux lois d'une attraction plus puissante qui les emporte vers un but où ils n'atteindraient pas, sans cette influence supérieure. Il en est de même pour l'intelligence humaine. Il ne lui suffit pas de décrire les courbes où elle parcourt tous les horizons de l'ordre naturel, il faut qu'elle se soumette, elle aussi, à l'actioTi d'un mouvement plus large qui la dirige vers un but plus élevé. Mais la raison n'est pas naturellement assez forte pour planer si haut et pour apercevoir, plus loin que les hmites des horizons humains, le point lumineux vers lequel Dieu guide ses destinées. Il faut donc que, docile à l'impulsion divine, elle franchisse les bornes de son activité naturelle et qu'elle s'élance d'un vol plus large dans la lumière surnaturelle où Dieu la convie ; c'est là qu'est le salut.

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