Heb. XI
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 303
Ne nous y trompons pas : Pour avoir la Foi, il faut croire toutes les vérités révélées sans exception. Quiconque refuse son adhésion à une seule vérité révélée, perd la Foi surnaturelle. La raison en est bien simple. Notre croyance, en effet, doit reposer sur l'autorité de la parole de Dieu arrivant jusqu'à nous par l'enseignement de l'Église ; si donc nous repoussons un seul dogme, nous nions le principe générateur de la Foi, et nous nous appuyons sur notre volonté propre; nous choisissons les vérités qui s'adaptent à notre manière de voir et nous écartons celles qui offusquent nos opinions personnelles. Nous n'avons donc qu'une foi humaine, mais la foi surnaturelle est détruite (J).
L'énergie de la foi varie beaucoup, selon les diverses dispositions des âmes et leur degré d'humilité. Il en est qu'aucun trouble ne vient jamais émouvoir, qui sont ardemment convaincues et auxquelles Dieu accorde ce don inestimable d'une foi capable de transporter les montagnes. Elles ne s'effrayent pas des saintes et inévitables obscurités de la révélation chrétienne ; elles sont heureuses, au contraire, de savoir que leur Dieu est si grand, qu'elles ne peuvent pas le comprendre, si haut, que la faiblesse de leur regard ne peut atteindre jusqu'à Lui, Elles s'inclinent devant la' trop éblouissante lumière de la foi, elles offrent à Dieu l'hommage d'une raison soumise avec amour, et elles savourent avec délices la pensée de l'immensité divine. Mais aussi, même parmi les chrétiens, il est des esprits rebelles qui ne portent qu'en murmurant le joug de la foi ; ils sont toujours prêts à se révolter et à entrer en discussion avec Dieu. Cette attitude déplorable vient de trois causes :
304 L\ DOCTRINE SPIHITLELLE
Uignorance, h faihkssc d'esprit ou Vorfiueil.
L'ignorance d'abord : On ne connaît pas la révélation chrétienne, on a une conception fausse de ses dop^nnes, et on les interprète d'une façon qui n'est pas de nature à en donner une haute idée. Un des premiers devoirs du fidèle est de s'éclairer autant que le lui permettent ses aptitudes et sa condition. A la clarté d'une étude sérieuse, les difficultés que l'ignorance soulève contre la foi tombent d'elles-mêmes, car la foi, qui a tout à redouter de l'ignorance, ne craint pas la lumière. Elles sont malheureusement trop rares aujourd'hui les âmes qui aiment à se rendre compte de leur foi ; aussi la moindre objection les désarçonne.
On se contente trop souvent d'une connaissance superficielle des dogmes révélés, on néglige les études religieuses qui cependant devraient obtenir le premier rang, surtout à une époque où la foi est attaquée avec une violence inouie. Les personnes qui sont à même de s'instruire sont coupables lorsque, par paresse ou négligence, elles exposent l'intégrité de leur foi. Elle doivent donc lire et méditer attend vement les ouvrages apologétiques où la doctrine de l'Église est exposée et défendue ; nous ne saurions trop recommander les œuvres de Bossuet et les conférences du Père Lacordaire.
La faiblesse d'esprit. — Un esprit étroit et faible se persuade aisément qu'il sait tout, qu'il connaît tout et que la science n'a pour lui aucun secret. A mesure que Von creuse, l'abime devient plus profond, mais si l'on ne creuse pas, il est évident que l'on ne verra pas fabime. Ce n'est qu'au regard de l'esprit sérieux et large que l'horizon m se recule toujours. Les petits esprits, au contraire, sont pleins de confiance en eux-mêmes et ne doutent jamais de
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 1^05
leur perspicacité. Ils savent tout parce qu'ils n'ont rien ou à peu près rien étudié ; ils tranchent les problèmes les plus graves avec une hauteur superbe, et ils prennent en pitié ceux qui rencontrent des mystères là où ils ne voient aucune difficulté. Quand ils font à la doctrine catholique l'honneur de la regarder un moment, ils prononcent cette sentence sans appel : je ne comprends pas, donc c'est faux.
Un esprit sérieux dira au contraire : Gomment pourrais-je comprendre les mystères de Dieu, alors que les mystères de la nature sont insondables?
U orgueil. — On ne veut pas courber sa raison devant l'autorité de Dieu, on traite d'égal à égal avec Lui et on repousse tout ce qui dépasse la limite des vérités humaines. Pourquoi, dit-on, Dieu a-t-il fait ceci ou cela de telle manière, plutôt que de telle autre ? N'eut-il pas été plus sage d^agir autrement ? C'est là un langage criminellement audacieux, et il n'est pas rare de le rencontrer sur les lèvres des personnes qui se disent chrétiennes. Elles ne lui donnent pas, il est vrai, la gravivé requise pour constituer un blasphème, mais il est au moins souverainement inconvenant et incompatible avec la piété.