Panégyrique de sainte Thérèse : 1" point
DB SAINT THOMAS d'aQUIN. 309
grandeur la certitude inébranlable de l'espérance chrétienne. Le Dieu qui nous a fait les promesses de la vie éternelle est maître des siècles, et nous sommes assurés que ses promesses se réaliseront un jour, parce que sa parole ne change jamais et que le temps est dans sa main toute puissante.
Cette assurance est telle, qu'elle est un commencement de béatitude : « Éveillez-vous, mortels misérables, s'écrie « Bossuet (ibid), ne vous imaginez pas être en terre; « croyez que votre demeure est au ciel, où vous êtes « transportés par votre espérance. Vous en êtes éloignés « par votre nature : « Mais il vous a tendu sa main du « plus haut des cieux, » c'est-à-dire il vous a donné sa « promesse par laquelle il vous invite à sa gloire. Non- « seulement il a promis, mais encore il a juré, ditFApôtre, « et il a juré par lui-même, » et pour faire connaître aux « hommes la résolution immuable de son conseil éternel, « il a pris sa vérité à témoin que le ciel est notre héritage. « Après cette promesse fidèle, après ce serment inviolable « par lequel Dieu s'engage à nous, le chrétien peut-il être ft en doute ? Non, je ne le crois pas. Une promesse si sûre, « si bien confirmée, me vaut un commencement de l'exé- « cution, et si la promesse divine est un commencement « de l'exécution, n'ai-je pas eu raison de vous dire que « l'espérance qui s'y attache est un commencement de la « jouissance? »
Ne nous étonnons pas de la fermeté des saints et de leurs joies au milieu des épreuves les plus dures; l'espérance leur donne un avant-goût du ciel. Gomment pourraient-ils douter de la fidélité d'un Dieu qui a scellé de son sang la sincérité de ses promesses, et dont le plus ardent désir est d'abreuver ses élus au torrent des délices éternelles?
310 LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQL'IN.
Mais l'espérance des saints ne dégénère pas en présomption ; malgré leur confiance absolue en la miséricorde de Dieu, ils opèrent leur salut avec crainte et tremblement (1;, et ils n'ignorent pas que la crainte est le commencement de la sagesse (2). Le souvenir de leurs fautes passées et la possibilité des chutes futures, les maintient dans un état de crainte filiale (3) qui empêche leur espérance de tomber dans la présomption. Quand on songe, en effet, à l'excessive fragilité de la nature, à la faiblesse de la volonté, on ne joue pas avec le danger, et on a toujours sous les yeux la rigueur des jugements de Dieu.
Évitons une confiance présomptueuse et une défiance exagérée, remettons l'affaire de notre salut entre les mains de Dieu, appuyons-nous sur sa miséricorde infinie, sur la puissance de sa grâce, sur les mérites de Notre-Seigneur, mais, d'un autre côté, gardons-nous bien de négliger les efforts que Dieu nous demande; tâchons d'être fidèle à ses inspirations, faisons tout ce qui dépend de nous pour sauver notre àme, et noire espérance ne sera pas trompée.