‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 198 sur 297 · q. XXIV, a · texte numérisé non relu

q. XXIV, a

2. Dans le chapitre consacré à la vie unitive (3® partie), nous reviendrons sur cette classification.

DE SAINT THOMAS d'aQI'IN. 313

acte, il persiste toujours avec la même vivacité et la même intensité jusqu'à ce qu'il ait été révoqué. Bossuet taisait justement remarquer que l'on confondait ainsi deux états distincts : celui des saints qui sont sur la terre et celui des bienheureux dans le ciel : « Il « faudrait nous dire où Ton a pris ce nouveau principe, « que tout acte dure en soi s'il n'est pas révoqué : car au « contraire c'est un principe constant, par la raison et par « l'expérience, que tout acte est passager en soi ; et qu'un « acte perpétuel est un acte de l'autre vie. La raison en « est qu'en l'autre vie, l'àme entièrement réunie à son « premier principe, loin d'être partagée et appesantie par « le corps, par les soins inévitables, par la concupiscence, « par les tentations, par aucune distraction quelle qu'elle « soit, agit de toute sa force, et c^est pourquoi le précepte « d'aimer Dieu de tout son cœur et de toute son intel- « ligence, ayant alors son dernier accomplissement, cet « acte d'amour no peut souffrir d'interception. Mais ici, « où nous nous trouvons dans un état tout contraire, nos « actes les plus parfaits, qui viennent toujours d'un « cœur en quelque façon divisé, ne peuvent jamais avoir « toute leur vigueur et sont sujets à s'éteindre naturelce lement parmi les occupations de cette vie, si on ne les fait « revivre » (i).

L'infirmité de la vie présente nous empêche donc d'émettre un acte continuel d'amour de Dieu, voilà pourquoi il faut le renouveler souvent, aussi souvent que VEsprit-Saint daigne nous l'inspirer. Les personnes pieuses prennent la bonne habitude de le réitérer au moins chaque matin et chaque soir, il est très louable et très utile de

i. iDstrucliou sur les états d'oraison : 1. I. § xxi.

le faire aussi à plusieurs reprises dans le courant de la journée.

Un docteur delà loi demandait un jour à Noire-Seigneur : ^' Maître, dites-nous quel est le plus grands des comman- (( déments? Et Jésus répondit: Tu aimeras le Seigneur « ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout « ton esprit, voilà le plus grand et le premier des com- « mandements. Le second est semblable au premier : tu « aimeras ton prochain comme toi-même. Ces deux cora- « mandements résument toute la loi et les prophètes » (i).

Que nos efforts tendent donc à l'accomplissement de ce précepte : demandons à Dieu la grâce de l'aimer de tout notre esprit et de tout notre cœur, puisque l'ensemble des prescriptions divines est dans cet unique commandement. Mais pour l'observer dans sa plénitude, quatre choses sont requises, dit saint Thomas (2).

Premièrement : le souvenir des bienfaits de Dieu. Nous n'avons rien que nous ne le tenions de la libéralité de Dieu : le corps, l'âme, les biens extérieurs, c'est Dieu qui nous a tout donné. 11 pouvait parfaitement ne pas nous créer, il était heureux sans nous et nous n'ajoutons aucun rayon à sa gloire. Notre création est donc un effet de sa bonté gratuite. Il nous a comblés des dons les plus précieux de la nature et de la grâce, il a fait de nous le chef d'œuvre de ses mains et il a laissé tomber sur notre front un reflet de son immatérielle beauté. Nous avons perdu, par le péché, cette âme qu'il nous avait donnée avec tant d'amour, et il lui a rendu au prix de son sang ses grâces profanées. Comment évoquer le souvenir de tant de bienfaits sans voir

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