Opusc. 111, édit. de Parme
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s'allumer dans nos cœurs le feu sacré de l'amour de Dieu* Si un homme avait fait pour nous la millième partie de ce que Dieu a fait, nous rougirions de notre ingratitude, et cependant nous n'aimons pas Dieu ou du moins nous ne l'aimons pas de tout notre cœur! Les créatures y occupent une place qui n'appartient qu'à lui, et notre reconnaissance languissante se souvient à peine des innombrables bienfaits dont il nous accable tous les jours. Humilions-nous profondement d'aimer si peu un Dieu qui a droit à tout notre amour.
Secondement : la pensée des perfections divines. La beauté est cause de Taniour. Nous ne pouvons pas contempler un être beau sans nous sentir émus, sans éprouver le tressaillement de l'amour. Dieu est la beauté parfaite et infinie; les créatures ne sont belles que par participation, leurs grâces fragiles s'évanouissent et le temps emporte une à une les parures de l'idole. Quand même la créature resterait toujours belle^ elle serait impuissante à calmer les agitations de notre cœur et à réaliser tous nos rêves. Malgré nous, nous sommes emportés toujours plus haut ; nous voyons une créature belle , mais notre imagination s'élance plus loin et nous fait entrevoir une perfection plus pure. Nous ne rencontrons nulle part un objet digne de nos adorations et cependant il faut aller jusqu'à l'adoration pour épuiser notre besoin d'aimer. Notre âme sans cesse tourmentée ne se repose, remplie d'amour, que lorsqu'elle se tourne vers le Dieu infiniment beau, seul objet digne de notre adoration et des élans enflammés de notre cœur. Mais pour aimer Dieu, il faut le connaître ; la pensée de ses perfections est donc une des causes de l'amour divin.
Troisièmement : le mépris des choses du monde. Le
'UO I.A UOCTIUNE SI'IRITUELLK
cœur de l'homme est étroit, il ne peut contenir à la fois l'amour de Dieu et l'attachement aux biens d'ici-bas. Il faut choisir. Nous faisons h Dieu une cruelle injure quand nous lui préférons les créatures et quand la beauté de la terre nous fait oublier les splendeurs du ciel.
Cependant Famour que Dieu exige ne nous interdit pas les affections légitimes, nous verrons tout à l'heure que Dieu, au contraire, nous fait un commandement d'aimer le prochain ; mais ce qu'il nous demande; c'est que l'affection des créatures ne nous détourne pas de l'amour divin et n'occupe pas la première place dans notre cœur. Ne confondons pas d'ailleurs les sentiments que nous éprouvons à l'égard de nos proches et de nos amis avec cet amour qui e:^t la charité divine. Quelquefois, en effet, des âmes timorées craignent de ne pas obéir au précepte d'aimer Dieu par dessus toute chose, parce qu'elles n'éprouvent pas pour Dieu la tendresse affectueuse et expansive quelles ressentent auprès de leurs amis. C'est une erreur. La tendresse dans les affections humaines n'exclut pas Tamour de Dieu par dessus toute chose. On peut aimer Dieu plus que tout au monde et cependant n'être pas saisi des émotions affectueuses que provoque la présence des amis. Notre nature éminemment sensible est plus impressionnée par la vue d'une personne chère que par la pensée des perfections divines, et les flots de tendresse qui s'échappent de notre cœur ne prouvent pas que nous n'aimons pas Dieu par dessus toute chose. Pour accomplir le précepte de l'amour divin il faut être prêt à quitter tout plutôt que Dieu. Ainsi par exemple : nous aimons ardemment un parent ou un ami : Dieu l'appelle à lui et nous nous soumettons au décret de sa providence ; loin de nous révolter, nous offrons à Dieu l'hommage d'un cœur brisé. Nous
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prouvons ainsi que nous préférons Dieu à tout, que son bon plaisir est notre loi suprême puisque nous n'hésitons pas à adorer la main (jui nous ravit nos plus chères affections. Quand la personne aimée était auprès de nous, nous éprouvions plus de joie sensible qu'en méditant les perfections divines, nous nous reprochions peut-être de ne pas accomplir le précepte de l'amour de Dieu, mais la cruelle épreuve qui nous atteint nous démontre notre illusion et fait taire les scrupules. Que les àraes se rassurent donc; Dieu est, il est vrai, un Dieu jaloux ; il exige que nous n'adorions que lui (1) mais il est aussi le Père des miséricordes et de toute consolation (2), et il ne veut pas nous sevrer de joies légitimes dont les affections humaines sont la source. On peut donc, nous le répétons, aimer Dieu par dessus toute chose et ne pas fermer son cœur aux alfections dont il est le principe et qu'il a consacrées.
Appuyons notre thèse sur l'autorité de saint François de Sales : « La divine dilection veut bien que nous ayons « (les autres amours, et souvent on ne saurait discerner « quel est le principal amour de notre cœur ; car ce cœur « humain tire maintes fois très aftèctionnément dans le lit « de sa complaisance l'amour des créatures ; ainsi il arrive « souvent qu'il multiplie beaucoup plus les actes de son « alTection envers la créature, que ceux de la dilection en- « vers son créateur. Et la sacrée dilection toutefois ne « laisse pas d'exceller au dessus de tous les autres « amours, ainsi que les événements font voir quand la « créature s'oppose au créateur ; car alors nous prenons le « parti de la dilection sacrée et lui soumettons loutes nos « autres affections ».