‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 2 sur 297 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

tures ne s'évanouissent pas devant la grandeur et la beauté élernelles de Dieu, notre âme sera fatalement entraînée : « Quiconque te connaît, te chérit, ô mon Dieu, s'écrie saint Augustin, s'oublie lui-même, t'aime plus que lui-môme, s'abandonne pour courir vers toi et se réjouit en toi. Si je ne t'aime pas comme je le dois, c'est que je ne te connais pas assez. Seigneur : parce que je te connais peu, je t'aime peu; parce que je t'aime peu, je me réjouis peu en toi, et je m'éloigne de toi, la seule vraie joie de mon àme. 0 lumière étincelante qui illumine tout homme venant en ce monde, dissipe les ténèbres qui sont répandues sur l'abîme de mon âme, afin qu'elle te voie, qu'elle te comprenne et quelle t'aime (1) » .

La connaissance de Dieu est donc le premier élément de la vie spirituelle; mais cette connaissance, pour porter ses fruits, doit être humble, amoureuse et soumise : « Soyons bien aises, dit encore Thaulère, que Dieu surpasse notre connaissance... quand nous savons que Dieu est au-dessus de toute connaissance, et que nous éloignons de Lui par nos jugements toutes les choses créées, nous avançons dans la vertu, et nous montons à un plus haut degré de perfection. Car plus nous sommes convaincus que Dieu surpasse la portée de notre entendement et que nous le voyons élevé, plus nous entrons dans l'abaissement, dans le mépris et dans l'abnégation de nous-mêmes et nous descendons

-1. Soliloques.

LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQUIN. XI

comme au-dessous de V humilité ; ce mépris étant si pur, si simple, si sincère qu'il vaut mieux que l'humilité; si excellent, si parfait et si rare qu'on ne saurait lui donner de nom (1) ».

La connaissance de Dieu a pour effet immédiat de nous porter à la pratique, non-seulement de l'humilité comme l'indique si bien Thaulére, mais encore de toutes les vertus. Il est impossible, en effet, de connaître Dieu sans l'aimer, sans désirer s'unir à lui et a l'union divine consiste à tenir l'Ame dans une totale transformation de sa volonté en la volonté de Dieu (2) » . Or, la volonté de Dieu, c'est notre sanctification: <(Hœc est voluntas Dei sanctificatio vestra (3). »

Notre sanctification est le résultat de nos efforts sous la motion toute puissante de la grâce divine: cène sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux. Ceux qui aspirent à la vie intérieure et qui négligent les œuvres de la vertu chrétienne, qui ne luttent pas sans trêve contre leurs défauts, même les plus légers, ceux-là tombent dans un aveuglement déplorable, formellement condamné par la sainte Écriture : estote factures verbi, dit l'apôtre saint Jacques, et non auditores tantiim, fallentes vosmetipsos (4) ».

La pratique des œuvres de vertu est donc le second et indispensable élément de la vie intérieure.

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