‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 208 sur 297 · IJ26 LA DOCTRINE 8PIHITURLLE · texte numérisé non relu

IJ26 LA DOCTRINE 8PIHITURLLE

rite que nous devons avoir pour le prochain. Nous ne sommes pas évidemment tenus d'éprouver pour les indifférents une tendresse égale à celle que nous sentons pour nos amis; si le précepte de la charité comportait une semblable obligation, l'accomplissement en serait impossible. Ce n'est donc pas ainsi qu'il faut l'entendre. Le précepte de la charité nous commande de vouloir du bien à tous, d'en donner des preuves lorsque l'occasion se présente et de n'exclure personne de la bienveillance géuérale qui nous est prescrite.

Nous devons aimer même les pécheurs, et nos ennemis. Expliquons clairement la nature du sentiment exigé à l'égard des pécheurs et des ennemis, car ce commandement, mal compris, paraîtrait impossible à exécuter.

Il y a deux choses à considérer dans le pécheur, dit saint Thomas (1): l'homme et la faute. L'homme est l'œuvre de Dieu, il peut revenir un jour à la pratique de la vertu et mériter le ciel. Nous ne pouvons pas haïr l'homme, mais nous devons détester le péché dont il s'est rendu coupable. C'est une question fort délicate, car souvent le zèle mal éclairé de quelques champions fougueux fait dégénérer la lutte contre le mal en attaques injurieuses contre les personnes. Sous le prétexte de venger l'honneur de Dieu, on viole le premier et le plus grand de tous les commandements, on oublie les recommandations et les exemples de celui dont il était écrit : « Il n'achèvera pas le roseau à « demi brisé et il n'éteindra pas la mèche qui fume « encore (2) » . Soyons sévères, impitoyables même pour le péché, mais soyons doux, compatissants et miséricordieux pour le pécheur.

Page 1