‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 209 sur 297 · Isaïe. XLli · texte numérisé non relu

Isaïe. XLli

Le précepte de la charité s'étend aussi à nos ennemis : aimez vos ennemis, nous dit Notre-Seigneur (1). C'est ici surtout qu'il est nécessaire de préciser la question.

Quelle est la nature de l'amour qui nous est ordonné? Sommes-nous obligés d'éprouver, pour nos ennemis, un sentiment identique à celui que nous procure la présence ou le souvenir de nos amis. Sommes-nous tenus de répandre sur les uns et sur les autres la même tendresse et la même sympathie? Si le précepte va jusque là, qui pourra l'accomplir ? Écoutons la sage doctrine de saint Thomas (2).

Nous pouvons, dit-il, examiner le précepte de l'amour des ennemis de trois manières ; en considérant l'ennemi en tant qu'ennemi, en tant qu'homme, en tant que tel individu en particulier.

Non seulement il ne nous est pas commandé d'aimer l'ennemi en tant qu'ennemi, mais cet amour est formellement condamné comme contraire à la charité. Nous aimerions, en eifet, le mal qu'il a dit de nous, qu'il nous a fait, ou qu'il veut nous faire, c'est-à-dire une inclination perverse ou un acte mauvais. Il n'est pas permis de dire du mal du prochain, d'avoir de la haine pour ses frères et de la manifester parles œuvres ; si donc nous aimions notre ennemi considéré à ce point de vue, nous aimerions le mal qui est en lui.

Mais l'ennemi est homme ; sous ce rapport il est défendu de l'exclure du sentiment charitable que nous devons avoir à l'égard de fous nos semblables. Que l'ennemi soit public ou privé, la règle est la même. Elle est plus facile à comprendre s'il s'agit d'un ennemi public. Une guerre est déclarée, l'ennemi se prépare au combat, est-il

Page 1