‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 210 sur 297 · œ. q. XXV, a · texte numérisé non relu

œ. q. XXV, a

permis de souhaiter sa défaite? Sans aucun doute. Mais le voici désarmé et dans l'impossibilité de nuire, il se présente non plus comme ennemi, mais comme homme ; pouvons-nous conserver les sentiments que nous éprouvions tout à l'heure ? Non, car ce n'est plus un ennemi qui vient à nous, c'est un homme.

Il en est de même s'il s'agit d'un ennemi privé, c'est-àdire de quelqu'un qui a, pour nous, une animosité personnelle.

Si nous considérons l'ennemi, sous le troisième aspect, c'est-à-dire comme tel individu en particulier, nous ne sommes pas tenus de l'aimer : — Gela n'est pas indispensable, dit saint Thomas, cependant ajoute-t-il, il faut être disposé à l'aimer si la nécessité nous y oblige.

Mais la perfection de la charité nous demande de faire effort sur nous-même, de maîtriser les mouvements de notre cœur et d'étendre notre affection même jusqu'à nos ennemis considérés en particulier. Les exemples de Notre- Seigneur et des saints sont assez éloquents pour nous persuader. Si notre courage ne s'élève pas à ces hauteurs, il est absolument nécessaire au moins de pardonner. Dieu nous a fait un commandement formel, et il met à cette condition le pardon des offenses que nous lui avons faites.

« Dieu, dit Bossuet, estime tellement de pardonner que (■( non-seulement il pardonne, mais oblige tout le monde G à pardonner. Il sait que tous les hommes ont besoin « qu'il leur pardonne ; il se sert de cela pour les obliger à « pardonner. Il met, pour ainsi dire, son pardon en vente; « il ne veut pas que nous fassions du mal à nos frères, (f même quand ils nous en font ; et voyant bien que notre « inclination y répugne, il épie l'occasion que nous avons

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« besoin de lui, que nous venions nous-même lui de- « mander pardon, afin de faire avec nous une compensa- « tion du pardon qu'il nous fera, avec celui que nous « accorderons à nos frères. Et comme il sait bi(în que nous « ne sommes pas capables de lui donner quoique ce soit, « c'est pourquoi il a pris sur soi tout ce qui arriverait à « nos frères de bien ou de mal : il se ressent des bienfaits « et des injures; et voilà comme il fait compensation de « pardon à pardon » .

« Seigneur, afin que vous me pardonniez, je transige « avec vous que je pardonnerai à tel qui m'a offensé : je « vous donne sa dette en échange de celle dont je suis « chargé envers vous ; mais je vous la donne afin que « vous lui pardonniez aussi bien qu'à moi. Pour vous « ol)liger à ne me rien demander, je vous cède une dette « dont je vous prie aussi de ne rien demander. C'est ainsi « que Dieu veut que nous traitions avec lui ; tant il aime « à pardonner et à faire pardonner aux autres (1) ».

La question est fort claire : Dieu ne nous pardonnera que si nous pardonnons. A tout moment il nous a rappelé le précepte du pardon des injures ; un chrétien qui ne veut pas pardonner ne peut réciter l'oraison dominicale sans prononcer sa propre condamnation.

Le pardon ne consiste pas dans Voubli de l'injure reçue c'est-à-dire qu'on n'est pas obligé de ne plus s'en souvenir, car, la plupart du temps, on s'en souvient malgré soi. On n'est pas tenu davantage à ne pas éprouver le froissement à peu près inévitable qui suit l'injure. Le pardon consiste : à lutter contre l'esprit de ressentiment et de vengeance, à surveiller de très près les mouvements d'ani-

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