‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 221 sur 297 · I p., q. xxif, cl · texte numérisé non relu

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DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 3'jI}

ni plus tôt ni plus tard quels que soient les dangers auxquels je m'expose et les imprudences que je commette. La thèse fataliste suppose une fausse notion de la Providence ; il en est de même pour la troisième erreur qui peut se résumer ainsi : la prière a la prétention de changer les décrets immuables de Dieu, elle lui fait donc injure eu faisant flotter la volonté divine au gré des caprices de l'homme.

Voici la vraie doctrine. La Providence divine veille nonseulement sur la production de tels ou tels effets, mais encore sur les causes d'oii ils découlent et sur leur enchaînement. Or, parmi les causes que Dieu met en œuvre pour amener des effets déterminés, il faut évidemment compter les actes de l'homme. Si Dieu a accordé une influence' réelle à des causes d'un ordre inférieur, il ne la refusera certainement pas à l'homme dont les actes sont bien plus nobles que Faction mécanique des autres causes secondes. La Providence divine veut, par exemple, faire mûrir les moissons, elle combine l'action du soleil, de la rosée et de la terre pour produire cet effet. De même elle veut amener tel autre résultat : la guérison d'un enfant, par exemple. Elle a coordonné l'action des causes secondes au nombre desquelles se trouve /a prière', si ces causes font défaut, l'etfet ne se produira pas. La prière ne change donc pas l'immulabilité des plans divins, elle rentre au contraire dans l'ordre des causes dont Dieu se sert pour produire des eiïets déterminés.

On fait aussi contre la prière d'autres objections moins sérieuses qui ne laissent pas cependant d'émouvoir certaines âmes.

Dieu, dit-on, sait mieux que nous ce qu'il nous faut, il esi donc partaitement inutile de le lui demander*

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Aussi, répond saint Thomas, ce n'est pas pour le lui apprendre que nous le prions, c'est pour faire l'aveu de notre indigence et reconnaître le besoin que nous avons des secours de Dieu.

Il est plus ^^énéreux, dit-on encore, de donner sans être sollicité, et la prière semble mettre en doute la libéralité de Dieu.

Dieu, répond le saint Docteur, nous comble de biens que nous ne lui demandons pas, mais il veut que nous lui en demandions quelques-uns afin d'avouer que nous lui sommes redevables de tous.

Il est parfaitement licite de demander les biens temporels (1), mais notre prière doit réclamer surtout les secours surnaturels et les biens de la grâce.

L'Évangile nous recommande de prier toujours, sans cesser jamais (2) ; mais la prière continuelle est-elle possible?

On peut, répond saint Thomas (3), considérer la prière ou en elle-même ou dans ses causes. Il est évident que la prière considérée en elle-même ne peut pas être continuelle, mais dans sa cause, qui est la charité, elle ne doit jamais cesser. Nous devons avoir toujours le désir de plaire à Dieu et de grandir dans son amour, toutes nos actions doivent être animées de cette intention, au moins virtuelle, et c'est ainsi que notre vie sera, selon le précepte de l'Évangile, une prière continue. Quant à la durée de la prière proprement dite, il faut la proportionner au but que nous avons en vue, qui est d'exciter la ferveur intérieure. Quand donc la prière, au lieu d'alimenter notre

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