‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 223 sur 297 · Ibid. a. 13. sed contra · texte numérisé non relu

Ibid. a. 13. sed contra

•'''<> LA DOCTIUXR SPIRITUELLE

méritoire, quand mf*;me des distractions presque continuelles auraient entraîné notre imagination fort loin. Le second effet de la prière est d'obtenir ios p^ràces demandées. Il n'est pas atténué par la distraction involontaire, et Dieu, s'il le jupro à propos, nous accordera, malgré les distractions, la grâce sollicitée. Le troisième effet enfin, est la ferveur actuelle que provoque la prière : ici l'attention est nécessaire. Il est évident quau moment même oii la distraction nous occupe, notre esprit, tourné vers d'autres pensées, ne peut pas recevoir les émotions divines. Remarquons que saint Thomas place ce troisième effet en dernier lieu. Les deux premiers et les plus importants ne sont donc pas atteints par la distraction involontaire.

Il y a trois sortes d'attentions ; celle qui porte sur les mots, celle qui pénètre le sens des paroles et enfin celle qui s'occupe principalement du but de la prière: Dieu et l'objet de la demande. Celle-ci est la plus nécessaire.

Les âmes, même les plus élevées dans la contemplation et abîmées dans les extases divines, ne peuvent pas modifier le caractère de la prière, dont le signe distinctif est la demande. Dans la divine prière qu'il nous a enseignée, Notre-Seigneur ne met sur nos lèvres que des demandes et le grand Apôtre, après les ravissements du troisième ciel, suppliait Dieu de le délivrer de l'aiguillon de la cliair (1). Les âmes intérieures seraient donc dans une profonde erreur si elles supprimaient les demandes sous le prétexte d'une fausse soumission à la volonté de Dieu. Qu'elles ne disent pas : « je ne demande rien, je ne désire

i. II Cor. r n 8.

DE SAINT THOMAS d'aqUIN. -Vil

rien, j'aspire à la sainte indifférence ». Non, il est des choses qu'il faut demander, Dieu nous en fait un devoir absolu.

C'est une vérité que Bossuet a solidement établie en combattant l'erreur des mystiques de son temps qui soutenaient que les parfaits ne devaient rien demander.

(( Le principal instrument de la tradition de l'Église, « dit-il (1), est renfermé dans ses prières, et soit qu^on « regarde l'action de la liturgie et du sacrifice, ou qu'on « repasse sur les hymnes, sur les collectes, sur les secrètes, « sur les postcommunions, il est remarquable qu'il ne « s'en trouve pas une seule qui ne soient accompagnées de « demandes expresses ; en quoi l'Église a obéi au com- « mandement de saint Paul (2) : qu'en toutes vos suppli-

calions vos demandes soient portées à Dieu avec « action de grâce. C'est une chose étonnante que l'Église * ne fasse pas une seule prière, je dis^, encore un coup, « pas une seule, sans demande, en sorte que la demande '< soit pour ainsi dire le fond de toutes nos oraisons... »

«... Tel est l'esprit de la prière chrétienne qui unit en « soi la glorification de Dieu en lui-même, l'action de « grâce et la demande ; selon cet esprit, quand même on « les sépare dans l'exercice, on doit toujours les unir selon « l'intime disposition du cœur; et en venir à l'exclusion de 6 l'une des trois, comme font les nouveaux mystiques, « c'est éteindre l'esprit d'oraison. Quand l'Église invoque « Dieu, comme elle fait partout, sous le titre de miséri- (< cordieux ou de tout-puissant, et ainsi des autres, elle

montre que les demandes qui suivent se terminent à le

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