In I, sant., dist. 22, q
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ferme toutes les perfections divines, se sert de plusieurs noms qui se ramènent aux trois principes suivants : négation, affirmation, excellence.
Par le piincipe de négation, nous éloignons de l'idée de Dieu toute imperfection des créatures, et iious l'appelons l'immatériel, l'infini; par le principe d'affirmation, nous reconnaissons Dieu comme cause de toutes les perfections des créatures et nous l'appelons le Seigneur, le Tout-Puissant, etc. ; par le principe d'excellence, nous reconnaissons en lui, à un degré suprême, les perfections des créatures, et nous lé proclamons le Souverain Bien, le Saint des saints, le Dieu très juste, très sage, infiniment beau, infiniment parfait.
Parmi tous ces noms, y en a-t-il quelques-uns qui désignent la substance divine elle-même? Il ne peut être question des noms qui reposent sur le principe négatif, mais seulement de ceux qui affirment un attribut divin comme : le Tout-Puissant, le Souverain Bien, etc.
Les théologiens sont divisés sur leur signification. Les uns disent que ces derniers noms, quoiqu'affirmatifs, sont employés cependant pour écarter de la conception de Dieu l'idée d'une imperfection^ plutôt que pour désigner une perfection positive. Ainsi quand nous disons : Dieu est vivant, nous voulons exprimer que Dieu n'est pas inanimé, mais nous n'entendons pas affirmer une qualité positive. D'autres théologiens, au contraire, soutiennent que tous les noms de Dieu ne désignent que ses rapports avec les créatures ; ainsi quand nous disons que Dieu est bon, nous entendons par là que Dieu est cause de la bonté des êtres créés.
Si ces théories étaient vraies, il faudrait conclure qu'aucun des noms divins ne désigne la substance de Dieu :
DE SAINT THOMAS d'AQUIN. 41
aussi, saint Thomas les combat par les arguments suivants : D'après ces deux systèmes, dit-il, on ne peut pas expliquer pourquoi on donne à Dieu un nom plutôt qu'un autre. Lorsque je dis : Dieu est bon, si ce nom signifie simplement que Dieu est cause de la bonté, pourquoi ne pourrais-je pas dire : Dieu est un corps, puisqu'il est cause des corps comme de la bonté ? En outre, ces systèmes sont directement opposés à la pensée de ceux qui parlent de Dieu; car lorsque nous disons : Dieu est vivant, nous ne voulons pas seulement affirmer que Dieu est cause de notre vie, ou qu'il diffère des corps inanimés, mais de plus qu'il a en lui une réalité positive, qui s'appelle la vie. Il faut donc reconnaître que certains noms divins signifient la substance de Dieu, quoiqu'aucun d'eux n'en soit la formule complète : voici les preuves.
Les noms divins signifient Dieu tel que nous le connaissons ; or, connaissant Dieu par les créatures (1) nous le voyons tel que les créatures nous le représentent. Dieu simple et universellement parfait contient en lui, comme dans leur cause, toutes les perfections créées. Chaque créature, par cela seul qu'elle possède quelque perfection, est donc une image de Dieu ; mais c'est une image décolorée, parce que la faiblesse de l'effet ne lui permet pas de soutenir l'immensité de la cause. Donc, lorsque nous disons: Dieu est bon, le sens de cette proposition n^est pas seulement que Dieu est cause de la bonté, ou que le mal n'est pas en lui, mais nous voulons affirmer que la bonté de la créature préexiste en Dieu d'une manière infiniment plus parfaite. Nous nous élevons, il est vrai, de l'effet à la
1. Saint Thomas revient souvent sur ce principe qui est une des bases de sa Théodicée.
cause, mais aussi nous affirmons l'existence d'une perfection réelle en Dieu ; tous les noms qui ont ce caractère, dcsip^nent l'essence divine elle-même. Si l'on objecte que la vue de la substance divine nous étant cachée ici-bas, nous ne pouvons pas dès lors invoquer un nom qui la représente, saint Thomas répond que, à la vérité, la substance divine nous est cachée, mais que cependant nous en avons une image, et que cela suffit pour que nous puissions la nommer, quoique d'une manière imparfaite. En d'autres termes, nous la nommons dans la mesure où nous la connaissons.
Tous les noms divins cités plus haut et tous ceux que nous lisons dans les saintes Écritures sont-ils synonymes? Peut-on les prendre indifféremment l'un pour l'autre, ou ne renferment-ils pas chacun une idée spéciale, et com.me un point de vue particulier de la substance divine? Non, ils ne sont pas synonymes.
D'abord il est évident que les noms négatifs ne renferment pas la même idée que les noms positifs ; mais en outre, tous ces noms, soit positifs, soit négatifs, ont leur raison particulière. Notre intelligence, en effet, pour essayer de comprendre Dieu, forme divers concepts proportionnés aux perfections qui procèdent de Dieu. Ces perfections sont une seule et même chose en Dieu, mais elles sont divisées et multiples dans les créatures. De même donc que les perfections créées correspondent à un principe un et simple, de même les diverses conceptions de notre intelligence ont pour objet une seule et même chose : l'essence divine. Mais, ne pouvant pas l'embrasser d'un seul regard, nous la désignons sous les noms de bonté, de sagesses de puissance, de vie, de providence, de beauté, et ces noms répondent à divers concepts de notre intelli-
gencG, tandis qu'en Dieu ils vont se réunir dans l'unité de l'essence infinie. Ces différents noms de Dieu, bien que dé" signant la ineme chose, ne sont donc pas synonymes puisqu'ils sont l'expression des divers concepts de notre raison.
Il est cependant un nom qui semble les résumer tous, c'est celui que Dieu se donna à lui-même lorsqu'il dit à Moïse : Je suis celui qui suis : Ego sum qui sum.
Pour que Dieu ait choisi ce nom, il faut qu'il y ait dans ce mot une manifestation éclatante de la divinité : nous allons voir en effet, tout ce qu'il y a de mystérieux, dans les paroles qui sortirent du buisson ardent.
Ce nom, dit saint Thomas, convient éminemment à Dieu pour trois raisons. (1)
D'abord à cause de sa signification. Il ne désigne pas une forme spéciale, mais l'Etre lui-même ; or comme l'Être de Dieu est son essence (privilège de Dieu seul) il suit de là que ce nom convient souverainement à Dieu ; tout être devant se nommer par ce qui constitue son essence.
Pour comprendre toute la profondeur de la raison alléguée par saint Thomas, il faut saisir la valeur de ce principe qu'il énonce ici et qu'il a prouvé ailleurs (2) : à savoir que l'Être de Dieu est son essence.
Tout ce qui, dans un être, se trouve en dehors de son essence est nécessairement causé ou par les principes mêmes de l'essence ou par un agent extérieur. Or, il est impossible que les principes essentiels soient les seules causes de l'être, car rien, dans les choses créées, ne peut ^