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être une cause suffisante de l'existence ; il faut donc conclure que, toutes les fois que l'être n'est pas l'essence même, cela vient (Fun principe extérieur. Il est clair que ces théories ne peuvent pas s'appliquer à Dieu puisqu'il est la cause première et efficiente ; donc en Dieu l'Etre ot l'essence sont une seule et même chose, et par conséquent le nom qui désigne l'Être de Dieu est, par le fait même, la manifestation de son essence.
En second lieu ce nom : Je suis celui qui Est, convient à Dieu plus que tous les autres en raison de son universalité. Les autres noms en effet, plus déterminés et moins généraux, limitent, pour ainsi dire, l'essence divine dont ils ne dévoilent qu'un aspect. Ces noms, le Tout-Puissant, l'Éternel n'indiquent que les attributs de Toute-Puissance et d'Éternité, tandis que le nom : Celui qui est, ne spécialise pas telle ou telle manière d'être, mais il les embrasse toutes. — Dieu est l'Etre essentiel, existant par lui-même, absolu, nécessaire, infini : l'Être est l'attribut fondamental de la Divinité, la source intarrissable d'où jaillissent le Père, le Verbe, l'Esprit, et le nœud mystérieux qui réunit les trois parsonnes dans l'unité de la substance. Aussi ce nom : Je suis Celui qui Est, convient à Dieu plus que tous les autres, puisqu'il nous fait remonter au foyer dont les autres dénominations ne nous livrent que des rayons épars.
Enfin il exprime admirablement le mode d'être de Dieu. Dieu en effet ne connaît ni le passé, ni le futur ; tous les temps sont présents devant Lui dans un moment qui est l'éternité et qui contient toute la série des siècles. Dieu est, Il n'a pas été. Il ne sera pas. Il Est. Tous les temps qui se sont écoulés depuis le commencement, et les siècles qui doivent venir sont actuellement sous le regard et dans la main de Dieu. L'éternité est une durée sans commen-
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cément et sans fin, jouissant, dans un seul instant, de toute sa plénitude, tota simul.
Pauvres créatures mesurées par le temps, nous ne pouvons pas nous imaginer l'éternité! Les jours s'ajoutent aux jours et forment la durée de notre existence éphémère ; il n'en est pas ainsi de Dieu. Essayons, si nous le pouvons, de remonter par delà tous les temps ; entassons les siècles sur les siècles ; et, plus haut que tous les temps, contemplons l'abime : Dieu est ; plus loin encore : Dieu est ; avançons toujours : Dieu est. Lorsque, après des siècles sans nombre, Dieu aura emporté son œuvre hors du temps, comme on replie une tente à la fin du jour, quand notre âme immortelle plongera son regard dans les profondeurs de l'avenir, elle verra une existence infinie, remplissant de son éternité les temps qui ne sont pas encore comme elle comble les" abîmes du passé; nous comprendrons peut-être alors que le passé et l'avenir ne sont rien devant Dieu, qui possède tout son Être dans un moment simple, indivisible et d'une durée éternelle, et nous ncKis souviendrons d'avoir médité, pendant l'exil, cet adorable nom de Dieu : je suis Celui qui Est.
Comme commentaire de la théorie de saint Thomas d'Aquin, qu'on nous permette de citer cette belle page de Fénelon : « 0 mon Dieu ! vous Êtes celui qui Est. Tout ce « qui n'est point cette parole vous dégrade ; il n'y a qu'elle « qui vous ressemble ; en n'ajoutant rien au mot d'Être, « elle ne diminue rien de votre grandeur. Elle est,, « j'ose le dire, celte parole, infiniment parfaite comme « vous : il n'y a que vous qui puissiez parler ainsi et « renfermer votre infini dans trois mots si simples. >> « Je ne suis pas, ô mon Dieu, ce qui est : Hélas l Je suis presque ce qui n'est pas. Je me vois comme un milieu
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iiioompréhetisihlo entre le n/iant et l'être : je suis céïui qui a été, je suis celui qui sera, je suis ce qui n'est plus ce qu'il a été ; je suis celui qui n'est pas encore ce qu'il sera ; et dans cet entre-deux, que suis-je ? Un je ne sais quoi qui ne peut s'arrêter en soi, qui n'a aucune consistance, qui s'écoule rapidement comme l'eau ; un je ne sais quoi que je ne puis saisir, qui s'enfuit de mes propres mains, qui n'est plus dès lors que je veux le saisir ou l'apercevoir ; un je ne sais quoi qui finit dans l'instant même oii il commence ; en sorte que je ne puis jamais un seul moment me trouver moi-même fixé et présent à moi-même pour dire simplement : je suis. Aussi ma durée n'est qu'une défaillance perpétuelle. »
« 0ht que je suis loin de votre éternité, qui est indivisible, infinie et toujours présente tout entière 1 Que je suis même bien éloigné de la comprendre ! Elle m'échappe à force d'être vraie, simple et immense comme mon être m'échappe à force d'être composé de parties, mêlé de vérité et de mensonge, d'être et de néant... »
« Dirai-je que vous étiez avant moi ? Non, câY voilà deux termes que je ne puis souffrir. Il ne faut pas dire : vous étiez; car vous étiez marque un temps passé et une succession. Vous êtes; et il n'y a qu\m présent immobile, indivisible et infini que l'on puisse vous attribuer. Pour parler dans la rigueur des termes, il ne faut point dire que vous avez toujours été, il faut dire que vous êtes ; et ce terme de toujours, qui est si fort pour la créature, est trop faible pour vous, car il marque une continuité et non pas une permanence : il vaut mieux dire simplement et sans restriction que vous êtes (1). »