In. Matth. xii
2. Quand nous traiterons des oraisons extraordinaires nous verrons que les images n'y occupent pas, tant s'en faut, Id même place que dans la méditation.
DR SAINT THOMAS d'aQUIN. 3^7
ver d'une manière sensible, il suffit que la volonté émue soit comin« imprégnée d'amour, et, si les facultés sensibles ne sont pas atteintes, on ne doit pas s'en préoccuper. Quand le mouvement affectueux se ralentit on le ranime par des considérations nouvelles.
Les sujets qui s'offrent à nos méditations sont fort variés et l'on peut suivre dans le choix que l'on fait soit son attrait particulier soit les indications d'une direction éclairée. Les uns méditent plus volontiers sur les fins dernièreSjd'autres préfèrent une vertu spéciale telle que l'humilité ou la charité, ceux-ci aiment à lever leurs regards vers la majesté divine ; tous les sujets sont excellents si on en retire le fruit que doit produire la méditation : l'amour de Dieu. Il est bon de les varier et de ne pas s'en tenir toujours au même, mais il en est un qui plus que tous les autres s'impose à nos méditations, c'est le mystère d'un Dieu fait homme, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Toutes choses égales, la supériorité des méditations ayant Notre-Seigneur pour objet se déduit de deux principes incontestables.
1^ La méditation n'a, au fond, qu'un objet : Dieu, et qu'un but : nous faire grandir dans l'amour de Dieu. Que nous méditions sur la vertu d'humilité ou sur les fins dernières, c'est toujours de Dieu qu'il s'agit et nous ne voulons qu'une chose, l'aimer tous les jours davantage. Mais, dans la condition de notre nature, telle que Dieu l'a faite, il nous est impossible de nous élever directement à la connaissance des choses divines et nous sommes obligés» de passer par les choses sensibles pour monter jusqu'à Dieu. C'est un principe constant de saint Thomas d'Aquin, basé sur ce fait indéniable ; l'homme est une intelligence incarnée. Or parmi les œuvres de Dieu, quelle est celle où la
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divinité apparaît en caractères plus éclatants que dans le mystère de l'Incarnation du Verbe? Il nous donne un Dieu sensible, proportionné à notre nature puisqu'il s*est uni personnellement à l'humanité; il nous montre un Dieu vivant de notre vie, pleurant nos larmes, participant à toute les infirmités humaines, sauf le péché, où pourronsnous mieux connaître Dieu que dans un mystère où il s'est mis, pour ainsi dire, à notre portée? Quel sujet est plus propre à enflammer notre amour que le spectacle d'un Dieu fait homme et mourant pour nous? Non, parmi tous les objets qui s'offrent à nos méditations, aucun n'est plus apte à réaliser le double but que nous nous proposons ; connaître et aimer Dieu. Les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont donc les sujets les plus utiles et les plus féconds.
2"^ Nous ne pouvons quelque chose dans l'ordre surnaturel que parla grâce : or, dit saint Thomas (l), c'est par l'humanité du Christ que la grâce arrive jusqu'à nous, par conséquent plus nou^ approcherons de cette humanité sainte, plus nous nous approcherons de la source d'où la grâce a découlé sur le monde et plus nous serons plongés dans les flots de vie surnaturelle. Quand donc nous méditons sur la passion de Notre-Seigneur et que, par la pensée,nous nous tenons au pied de la Croix avec Marie, saint Jean et Marie Madeleine, nous sommes au cœur même du christianisme, et, près de cet ardent foyer, notre àme s'éprendra d'amour plus facilement qu'en méditant sur tout autre sujet.
Si l'on nous demande comment il faut pratiquer ces méditations sur les mystères de Notre-Ssigneur, nous répon-
i. III a. p., xxvii, a. El.
drons qu'ici encore il n'y a pas de règle absolue et que clLicun peut suivre son attrait. Cependant il est tout naturel et il est sage de suivre en cela les indications de la Sainte Église et de méditer sur les mystères du Christ à mesure que laliturgienous les présente. On méditera donc sur la naissance de Notre-Seigneur le jour de Noël, et sur sa résurection pendant les fêtes de Pâques. Cette soumission à la pensée de rÉglise disposera IVotre-Seigneur à nous accorder les grâces particulières attachées aux fêtes catholiques. Nous lirons avant tout l'Évangile, il est évident qu'aucune lecture n'est phis profitable.
Mais nous ne nous contenterons pas de lire, dans l'Evangile, le récit des principaux mystères, nous lirons aussi avec un recueillement profond et une foi vive toutes les paroles de Notre-Seigneur et surtout le sublime sermon sur la montagne. Nous serons difficiles sur le choix des livres qui nous aident à comprendre et à goûter l'Évangile et nous préférerons, à tous les autres, les sermons de Bossuet, ses élévations sur les mystères et ses méditations sur l'Évangile.
La méditation des divins mystères de Notre-Seigneur est le devoir de toutes les âmes intérieures non-seulement de celles qui commencent mais aussi de celles que Dieu élève à la plus haute contemplation. On tomberait dans une erreur fort préjudiciable si l'on s'imaginait que la sainte humanité de Notre-Seigneur n'est pas un sujet assez spirituel el que la divinité considérée en elle-même est un objet plus digne de nos oraisons. Que Ton comprenne notre pensée. Nous sommes bien éloignés de condamner la méditation sur Dieu et sur les attributs divins, nous dirons même tout à l'heure les avantages que l'âme peut en retirer; nous combattons seulement la tendance de certaines
ames qui croient déroger à la dignité de l'oraison en méditant sur l'humanité du Christ. Cette erreur inqualifiable levait déjà la tête au temps de sainte Thérèse, elle exerçait les plus grands ravages au xvii^ siècle.
Voici comment s'exprime sur ce sujet un des plus grands docteurs delà vie spirituelle, la sainte réformatrice du Garmel.
« Vous croirez aussi peut-être que celui qui jouit de « choses si hautes (les oraisons extraordinaires) ne médi- « tera plus dans les mystères de la sainte Humanité de « Noire-Seigneur, d'autant qu'il s'exerce totalement dans « l'amour. C'est une matière dont j'ai traité amplement autre « part, où quoique j'ai été contredite^ et qu'on m'ait dit « que je ne l'entends pas, pource que ce sont des voies « par lesquelles Notre-Seigneur conduit les âmes, et que « lorsqu'on a passé Tétat des commençants, il est meil- « leur de traiter des choses de la Divinité et de fuir les corce porelles, si est-ce qu'Us ne me feront jamais croire que « ce soit un bon chemin.
« Possible que je m'abuse, et que nous disions tous la « même chose; mais j'ai vu que le diable me voulait trom- « per par cette voie, si bien qu'ayant tant d'expérience en « cela, je pense que, bien que je l'ai dit plusieurs fois, il « sera encore à propos de le redire ici, afin que vous y « preniez garde de près. Et considérez que j'ose bien vous « dire que vous ne croyez point celui qui vous enseignera « autre chose.
« Quelques âmes aussi croiront qu'elles ne peuvent pen- » ser en la Passion de Notre-Sauveur, et moins encore en « la sainte Vierge et en la vie des saints dont la mémoire « nous apporte tant de profit et nous donne tant de cou- « rage. Pour moi je ne puis comprendre à quoi elles
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« pensent, se retirant ainsi de toutes les choses corporelles, « parce que d'être toujours embrasé d'amour, cela est « propre aux esprits angéliques, et non pas à nous qui « sommes détenus dans la prison de ce corps, mortels, qui « avons besoin de traiter, de penser et d'avoir la compa- '* gnie de ceux qui vivant dans cette chair corruptible ont « fait des œuvres si héroïques pour Dieu. Combien plus, « je vous prie, devons-nous ne nous point séparer, de pro- « pos délibéré de tout notre bien et remède, qui est la « très sacrée Humanité de Noire-Seigneur Jésus-Christ.
« Et quant à moi je ne puis me persuader qu'ils le <( fassent, mais c'est plutôt qu'ils ne s'entendent pas ; et <« ainsi ils se nuisent et encore aux autres. Au moins je les « assure qu'ils n'entreront point dans ces deux dernières ' demeures (union spirituelle, visions intellectuelles), ' parce que, s'ils perdent le guide qui est Notre-Seigneur « Jésus-Christ ils s'écarteront du chemin et ce sera beau- « coup s'ils demeurent dans les autres avec assurance. « Car le même Seigneur dit qu'il est la voie et la lumière '< et que personne ne peut aller à son père si ce n'est par « lui, et que celui qui le voit, voit son Père (1). »
Ces paroles sont décisives et la haute autorité de sainte Thérèse doit couper court à toute discussion. La sainte, on le voit, base sa doctrine sur le principe que nous avons rappelé tout à l'heure savoir que notre condition de créatures détenues dans la prison de ce corps mortel ne nous permet pas de nous affranchir des choses sensibles. Du reste la déclaration de Notre-Seigneur lui-même suffit pour montrer combien est fausse la doctrine de ceux qui
1. Le Château de l'dme, ch. vii-vr demeure; traduction du R. P. Cyprien de la NatWité.
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prétendent aller à Dieu en s'éloignant de Celui qui a dit : « Je suis la voie (1). »
Personne n'aura la témérité do soutenir que le grand apôtre ignorait les états extraordinaires et que son oraison était celle des commençants, or le nom de Notre-Scignear revient à tout moment dans ses épitres, il prêche sans cesse la nécessité de l'union avec le Glirisl, il va même jusqu'à dire qu'il ne connaît que lui non pas le voyant en Dieu « par des vues confuses et générales, mais distinctement et expressément comme crucifié (2). »
Le doute n'est donc pas possible, quiconque néglige, de propos délibéré, l'humanité sainte de Notre-Seigneur s'égare et ne prend pas la seule voie qui mène à Dieu.
Est-ce à dire qu'il soit mutile de méditer sur la Divinité, c'est-à-dire sur Dieu considéré en lui-même ou dans ses attributs de puissance, de sagesse, de justice, de beauté, de miséricorde, de bonté. Oh ! loin de là. Ces méditations au contraire sont admirablement propres à exciter à l'amour envers un Dieu si grand et si bon, et à l'humilité à la pensée de ce que nous sommes auprès de lui.
Gomme toute chose sérieuse la méditation exige une préparation. On distingue la préparation éloignée, la préparation prochaine, et la préparation immédiate. La préparation éloignée consiste dans la pureté de conscience, la pratique de la vertu, le recueillement habituel, l'exercice fréquent de la présence de Dieu.
La préparation prochaine n'est autre que le choix du sujet et des diverses parties de la méditation. Chacun ici suit son attrait ou les avis de son directeur. Le choix se fait la veille, vers le soir. On arrête le sujet sur lequel on