‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 245 sur 297 · Matth. Yll · texte numérisé non relu

Matth. Yll

3 Institutions, ch. xvm.

DK SAINT THOMAS d'aOUI.N. 379

« pas celui en qui on en découvre davantage qu'on doit « estimer le plus saint. Il faut examiner soigneusement si « c'est Dieu qui nons comble de ces faveurs et pourquoi il « nous les accorde, parce que souvent sa miséricorde ne ((■ donne ces consolations que pour encourager l'homme à « s*élever à une plus grande perfection, et pour le conser- 'f ver dans la sainteté de sa vie. C'est pourquoi, lorsque 'i celui à qui il avait accoutumé de départir ses dons, s'a- « vance dans la parfaite charité, il lui retire peu à peu la « jmiiissance de ces douceurs. »

La suppression des douceurs spirituelles est donc souvent Il ne preuve de l'avancement dans la charité parfaite, et par conséquent loin de s'en plaindre on doit au contraire s'en réjouir et s'efforcer de produire les actes d'un amour plus désintéressé.

2° Les faveurs divines sont, pour les commençants, un dangereux écueil car il leur est très facile de se laisser aller à des pensées de vaine complaisance où va se perdre leur vertu chancelante.

3° Quand les facultés sensibles n'ont pas été soigneusement purifiées, les consolations surnaturelles trop abondantes peuvent devenir un danger. N'oublions pas en effet que l'ennemi nous attaque toujours par les côtés les plus faibles et que les puissances inférieures de l'àme sont les plus exposées à ses coups. Les émotions même divines (c'est l'enseignement de saint Bonaventure) peuvent rallumer un feu mal éteint et nous apprendre, par une cruelle expérience, la nécessité d'une purification complète des puissances inférieures.

Les signes de la purification passive sensible sont faciles à reconnaître, car les âmes ainsi éprouvées ressentent un

Iî80 F.A DOCTRINE SPII! ITIRM.R

dégoût profond, une sécheresse mortelle et une désolation inexprimable.

Ce dégoût, qu'il faut se garder de confondre avec la tiédeur (1) consiste, dit saint-Thomas (2), dans une tristesse accablante qui s'empare de notre être tout entier. L^exercice de l'oraison est laborieux et pénible, les distractions les plus étranges viennent assaillir à tout moment, le cœur glacé semble insensible à toutes les choses divines, partout les ténèbres et partout la nuit. L'àme se plaint, elle gémit et, elle s'écrie : « Quelle joie puis-je goûter maintenant, puisque je suis dans les ténèbres et que je ne vois pas la lumière du ciel? » Mais qu'elle prenne courage et un ange lui dira comme à Tobie : sois forte, avant longtemps Dieu te consolera (3).

Le second caractère de la purification passive est une sécheresse telle que tous les germes divins qui autrefois s'épanouissaient et embaumaient l'àme des parfums du Ciel semblent désormais flétris. Dieu, pour faire avancer l'àme dans le cht min de la perfection, change la nature de S8S communications qui, de sensibles qu'elles étaient, deviennent purement spirituelles.

La partie affective de l'àme demeure aride et désolée, mais, l'esprit fortifié par une nourriture plus substantielle se recueille et se rapproche de Dieu. La transition est fort pénible car l'àme privée des joies sensibles et peu habituée aux communications spirituelles ne goûte pas encore cellesci et regrette les premières ; il en résulte une sécheresse

1. L'àme tiède abandonne les exercices de la piété, ou ne les fait que d'une manière languissante; l'âme éprouvée y est toujours Rdèle et les accomplit avec courage,

Page 1