‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 247 sur 297 · Introduction à la Vie dévote, 4' partie, eh. xi · texte numérisé non relu

Introduction à la Vie dévote, 4' partie, eh. xi

« cheroiis, parce qu'à la faveur du beau temps elles s'a- « musent tant à faire leur cueillette sur les lïeurs qu'elles « en oublient la production de leurs nymphes. Mais quand « le printemps est âpre et nébuleux, elles font plus de « nymphes et moins de miel ; car ne pouvant sortir pour « faire la cueillette du miel, elles s'emploient à se peupler « et à mutiplier leur race. Il arrive maintes fois, ma Phi- « lothée, que l'àme se voyant au beau printemps des con- « solations spirituelles, s'amuse tantales amasser et sucer « qu'en l'abondance de ces douces délices elle fait beau- « coup moins de bonnes œuvres; et qu'au contraire parmi « les àpretés et stérilités spirituelles, à mesure qu'elle se « voit privée des sentiments agréables de dévotion, elle « en multiplie d'autant plus les œuvres solides, et abonde « en la génération intérieure des vraies vertus de patience, « humilité, abjection de soi-même, résignation et abné-

« gation de son amour-propre Oui, chère Philothée,

« en temps de sécheresse notre volonté nous porte au « service de Dieu comme par vive force, et par conséquent « il faut qu'elle soit plus vigoureuse et constante qu'en « temps de tendreté. Ce n'est pas si grand cas de servir « un prince en la douceur d'un temps paisible et parmi « les délices de la cour ; mais de le servir en l'àpreté de « la guerre, parmi les troubles et persécutions, c'est une « vraie marque de constance et fidélité. »

Les directeurs doivent être fort attentifs à distinguer l'état de purification passive sensible, de l'état de tiédeur ou de quelque disposition naturelle à la tristesse. Dans le premier cas en effet, il ne faut pas se lasser d'encourager, de soutenir, de fortifier les âmes et de les assurer qu'elles sont dans la bonne voie, dans les deux autres cas au contraire on doit user de fermeté et de réprimandes diari-

tables mais sévères. Voici donc les signes certains auxquels on peut reconnaître la purification passive et ne pas la confondre avec la tiédeur.

1° Les ànies soun»ises à l'épreuve de la purification sont privées de toute consolation soit divine, soit humaine ; la raison en est évidente. Dieu qui laisse les âmes dans cette nuit profonde afin de les purifier et de les préparer à une union plus intime, ne permet pas que les consolations humaines viennent détruire son œuvre et rendre inutile le travail de sa grâce. Quand donc la désolation est universelle et que Tàme ne savoure aucune joie ni divine, ni humaine, c est une preuve que loeuvre de DieU s'accomplit, car, si la sécheresse spirituelle avait pour causes les négligences, l'imperfection ou le péché, Tàme éprouverait un certain contentement en accomplissant des actes proportionnés aux tendances des puissances inférieures.

2° L'àme purifiée, garde habituellement la pensée de Dieu, les choses divhies sont sa préoccupation ordinaire et les intérêts de la terre ne la touchent pas. La tristesse qui la remplit n'est donc pas le fait d'une disposition naturelle à la mélancolie. La mélancolie ne diminue en rien la séduction des choses du monde, elle leur prête au contraire un charme nouveau. Elle idéalise la réalité, elle lui donne les formes vagues et indécises du rêve, elle la transfigure dans les rayons d'une lumière éclatante et douce et elle la place dans une perspective dont les lointains et les mystères ajoutent encore aux attraits de la beauté idéale. L'àme s'attriste alors à la pensée que ses rêves ne se réaliseront jamais ; mais telle n'est pas la tristesse de l'àme éprouvée puisque les choses divines seules sont l'objet de sa préoccupation constante. On ne peut pas davantage l'attribuer à la tiédeur, car l'àme tiède est négligente

et peu soucieuse de ce qui repjarde le service de Dieu.

3" Lorsque les sécheresses intérieures sont intermittentes c'est-à-dire lorsqu'elles alternent avec de fréquentes consolations spirituelles, elles sont alors une preuve que Dieu ne veut pas élever l'àme à l'union et à la contemplation. Il veut seulement la former à l'humililé et lui apprendre à réprimer les élans de la vie sensible. Quelles sont les âmes que Dieu laisse dans cet état, quelles sont celles qu'il appelle plus haut? C'est le secret du Père de famille qui distribua ses biens à ses serviteurs et qui donna à l'un cinq à l'autre deux talents (I).

Si nous voulons pénétrer plus avant dans les secrets divins et rechercher pourquoi l'un reçoit plus que l'autre écoutons les enseignements de saint Thomas : Il y a, d^til (2), deux causes à la diversité des dons de Dieu ; une cause prochaine et une cause première. La cause prochaine est l'effort personnel plus grand dans un cas que dans un autre ; la cause première est le choix de Dieu. Voyez la différence profonde qui existe entre la cause universelle et la cause particulière. Celle-ci suppose toujours une matière sur laquelle elle doit exercer son action, et la diversité des matières détermine la diversité des actions. Mais si la cause particulière était assez puissante pour créer la matière qu'elle doit travailler, elle la ferait évidemment de telle sorte qu'elle fût apte à recevoir la forme voulue. C'est ainsi que Dieu, cause première, a créé tel homme capable de tel efforl, parce qu'il voulait l'élever ensuite à tel degré dans l'ordre surnaturel.

N'oublions jamais cette sage et solide doctrine lorsque nous méditons les mystères de la grâce et la diversité des dons de Dieu.

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