LA CONTEMPLATION ACQUISE ET LKS DO.NS DU SAINT-ESPRIT
Il est des âmes que Dieu laisse longtemps, quelquefois même toujours, dans l'état douloureux que nous avons décrit au chapitre précédent, il en est d'autres qu'il appelle à la plus haute contemplation. Qu'il nous soit permis avant d'entrer dans ce difficile sujet, de mettre sous les yeux du lecteur cette belle page de sainte Thérèse (1) :
« La contemplation étant une si haute faveur de Dieu, comment celui qui est véritablement humble pourra-til jamais croire qu'il égale la vertu de ceux qui sont arrivés à cet état sublime? Sans doute Dieu peut par sa volonté et sa miséricorde lui accorder une pareille grâce. Mais, s'il veut m'en croire, qu'il se mette toujours à la dernière place comme Notre-Seigneur nous l'a ordonné et enseigné par son exemple. Ce que nous devons faire c'est de nous disposer de notre côté, au cas qu'il plaise à Dieu de nous conduire par le chemin de la contemplation. Si telle n'est pas sa volonté, alors, mes filles, que l'humilité vous porte à vous estimer heureuses de servir
1. La doctrine de sainte Thérèse s'applique à la contemplation acquise aussi bien que la contemplation infuse.
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« les servantes du seigneur, et à bénir le divin maître de (( ce qu'il a daigné vous faire entrer dans leur sainte com- ^ pagnie, nous qui méritions d'être les esclaves des démons <( dans l'enfer.
« Je ne dis pas cela sans grande raison, je le répète ; il <^ importe beaucoup de comprendre que Dieu ne nous « conduit pas tous par un seul chemin; et que souvent « celui qui est le pins petit à ses yeux^, est le plus élevé « devant le Seigneur. Ainsi, quoique toutes les religieuses « de ce monastère s'exercent à Toraison, il ne s'en suit « pas qu'elles doivent êtres toutes contemplatives, cela est « impossible. Ce doit être une grande consolplion pour « celle qui n'a pas reçu ce don, de savoir (ju'il vient pure- « ment de Dieu. On poutse sauver sans la contemplation ; « et comme Dieu ne l'exige point comme condition de la « récompense éternelle, une religieuse ne doit pas non « plus se persuader qu'on l'exige d'elle en cette maison. H Sans être contemplative elle ne laissera pas d'être très « parfaite, si elle s'acquitte fidèlement de ce qui a été dit; « elle pourra même surpasser les autres en mérite, parce « qu'elle aura plus à travailler à ses dépens. Le divin « maître, la traitant comme une àme forte, joindra aux 0 félicités qu'il lui réserve en l'autre vie, toutes les con- « solations dont elle n'a pas joui en celle-ci. Notre-Sei- « gneur tarde quelquefois beaucoup à visiter une àme, « mais il lui donne d'un seul coup et en une visite cequll « a donné aux autres en plusieurs années. J'ai passé plus « (le quatorze ans sans pouvoir même méditer, si ce n'était « en lisant. Il y a plusieurs personnes de cette classe, il « s'en trouve quelques-unes qui ne sauraient méditer, « même à l'aide d'un livre, elles ne sont capables que de « prier vocalement, cela fixe un peu plus leur attention ;
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« d'autres ont l'esprit si l(';ger, qu'(;lles ne peuvent se fixer « à un sujet, et elles sont si inquiètes que lorsqu'elles « veulent se contraindre pour arrêter leurs pensées en « Dieu, elles tombent dans mille rêveries, mille scrupules « et mille doutes.
« Je connais une personne d'un àp:e déjà avancé, fort « vertueuse, fort pénitente, j3^rande servante de Dieu, qui « depuis bien des années consacre chaque jour plusieurs « heures à l'oraison vocale. Quant à l'oraison mentale, il « n'est pas en son pouvoir d'y vaquer. Le plus qu'elle « puisse faire, c'est de s'arrêter un peu en prononçant « lentement ses prières vocales. 11 est un grand nombre « de personnes qui sont de même; mais pourvu qu'elles « soient humbles, je crois qu'à la fin elles trouveront aussi « bien leur compte que celles qui ont beaucoup de con- « solation dans l'oraison. Je dis même, que sous un certain « rapport, leur voie aura été plus sûre ; car nous ne savons « pas si ces consolations viennent de Dieu, ou si le démon « en est l'auteur. Si elles procèdent de l'esprit des ténèbres, « elles sont fort périlleuses, parce qu'il s'en sert pour nous « inspirer de l'orgueil. Au contraire quand elles viennent « de Dieu, il n'y a rien à craindre, parce qu'elles portent « avec elles l'humilité, ainsi que je l'ai écrit fort au long « dans un autre livre.
« Les personnes qui ne reçoivent point ses consolations, « marchent dans l'humililé, craignant toujours qu'il n'y « ait de leur faute, et prenant un soin continuel de s'a- « vancer. Sont-elles témoins d'une seule larme que l'on « verse, soudain elles s'imaginent que si elles n'en répan- « dent point, c'est qu^elles sont à une immense distance « des autres dans le service de Dieu, et peut-être elles les « devancent de beaucoup. Car les larmes quoique bonnes
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K ne sont pas toutes parfaites. H y a toujours plus de « sûreté dans rhumilité, la mortification, le détachement » et les autres vertus. Nul danger dans cette voie. Pourvu « que vous soyez fidèles à la suivre, n'appréhendez pas de « ne point arriver à la perfection aussi bien que les plus « grands contemplatifs (1). »
Nous avons tenu à citer ce passage en entier, afin de bien établir par l'autorité indiscutable de sainte Thérèse que la contemplation n'est pas la perfection, que souvent des âmes réduites à ne réciter que des prières vocales sont plus chères à Dieu que certains contemplatifs; (:(u'on ne doit point, par conséquent, s'attrister ni se décourager quand on n'est pas appelé à la contemplation, car Dieu a bien d'autres voies pour nous faire arriver à la sainteté.
I^a contemplation, dit saint Thomas (2), est la vue simple et directe de la vérité. Nous ne parlons, ajoute-t-il, que de la contemplation propre à l'homme, dilYérente de celle de l'ange. L'ange, en effet, arrive à la contemplation de la vérité directement et d'un seul coup d'aile, tandis que l'homme y parvient à l'aide do plusieurs actes, dont le premier est la connaissance des principes d'où il s'élève à la contemplation, et le second est la déduction des conséquences qui le conduisent dans la recherche de la vérité.
Les principes de saint Thomas, vrais quand il s'agit de la contemplation naturelle, sont vrais aussi quand on les applique à la contemplation surnaturelle des choses divines. La vie contemplative, en effet, considérée dans sa lin su[)rême n'a qu'un acte, la vue de la vérité, et c'est de là qu'elle tire son unité; mais elle n'atteint cette simpUcité qu'après avoir passé par une série d'actes, dont