‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 253 sur 297 · LA DO(]TRI.NE SPIHÎTIJRM.K · texte numérisé non relu

LA DO(]TRI.NE SPIHÎTIJRM.K

(l'nn saint désir dn ciel, elle nous aide à supporter courageusement les épreuves de la vie, enfin elle nous donne la liberté des enfants de Dieu.

f^a contemplation est acquise ou infuse. La contemplation acrfuiso s'appuie sans doute sur les don nées delà foi comme sur une base inébranlable; mais elle procède par dos moyens naturels, aussi les maîtres de la vie spirituelle l'appellent souvent contemplation naturelle. La contemplation infuse est surnaturelle dans son principe et dans son mode. Son principe est un don du Saint-Esprit, le don d'intelligence, et son mode est l'action extraordinaire que Dieu exerce sur l'àme contemplative ; elle est la contemplation surnaturelle proprement dite.

Nous allons voir en quoi elles se ressemblent et comment elles diffèrent l'une de l'autre, pour nous occuper ensuite exclusivement de la contemplation acquise.

Ces deux contemplations ont un objet identique : Dieu et toute vérité ordonnée Dieu. Les moyens dont elles se servent pour atteindre leur objet sont les mêmes, car c'est tantôt par la création, tantôt par la révélation qu'elles s'élèvent jusqu'à Dieu. Remarquons seulement que la contemplation infuse découvre des vérités dont la vue estcachée à la contemplation acquise.

Les côtés sur lesquels elles diffèrent sont plus nombreux et plus importants que leurs points de contact.

La contemplation acquise a pour objet immédiatla nature et Dieu auteur de la nature ; la contemplation infuse est tout entière dans l'ordre surnaturel et elle n'a en vue que Dieu, auteur de la grâce. La première marche à la lumière de la raison fortifiée par la foi ; la seconde a pour flambeau les dons d'intelligence et de sagesse. La contemplation

acquise se sert d'images évoquées par la puissance naturelle des facultés de Fàme ; tandis que les images qui entrent dans la contemplation infuse lui sont données d'une manière surnaturelle (1). Les opérations de la contemplation infuse sont plus lumineuses que celles de la contemplation acquise. La première perçoit les choses divines dans toute leur pureté, tandis qu'elles sont, pour la seconde, cachées sous les voiles de la création, des saintes écritures et de la foi. Enfin, et c'est ici leur différence la plus importante, la contemplation acquise procède par des actes dont elle a l'initiative, qu'elle choisit elle même, dont elle a une conscience fort claire et qui lui sont parfaitement connus ; dans la contemplation infuse, Fàme est plus passive, ses opérations tranquilles et d'une suavité infinie sont mystérieuses parce qu'elles découlent d^un principe supérieur qui entraine plutôt qu'il ne laisse agir. Lorsque Fàme éprouve une bienheureuse impuissance à produire les actes de la contemplation acquise elle peut les abandonner car Dieu Fappelle à la contemplation infuse. Mais la question est délicate et très grave, et pour ne pas tomber dans les erreurs des mystiques du xvii*^ siècle il est nécessaire de donner quelques éclaircissements.

D'abord l'abandon des actes ne doit se faire qu'au moment de Foraison, car, dans le cours ordinaire de la vie quotidienne on doit être plus fidèle que jamais à la pratique de la vertu, aux demandes, aux supplications contenues

1. La doctrine constante de saint Thomas est que, tant que l'âme demeure unie au corps, ses opérations intpllecluelles sont toujours liées aux espèces iLtelllpibles, que ces espèces soient acquises naturellement ou de tout autre manière, per influjcum svperioris sitbstanliœ. lu IV. Dist. Disl. L, q. i, a 2 in fine. Quand Dieu dispense une âme de cette loi, c'est en vertu d'un miracle qui, nous le verrons plus tard, est rare et dure peu de temps.

dans les prières vocales, en un mot à tout ce qui constitue la vie chrétienne. On s'interdirait l'entrée de l'oraison infuse si, sous prétexte d'impuissance momentanée des actes à l'heure de l'oraison, on mettait de côté, dans les autres moments, les pratiques qui sont le fond delà vie intérieure. La passivité de l'oraison infuse n'est, en effet, que passagère, et même dans l'acte précis de la contemplation elle n'est pas absolue. « Ce qu'on appelle l'oraison passive, dit « Bossuet (1), n'est pas toujours la suppression de toute « action, même libre, mais seulement de tout acte qu'on a appelle discursif, et où le raisonnement procède d'une « chose à l'autre: ce qui bien certainement n'empêche pas « Tusage de la liberté, comme il paraît dans les anges qui « sont libres sans être discursifs. Celte oraison, qu'on « nomme passive ou infuse est appelée par les spirituels « et entre autres par sainte Thérèse, oraison surnaturelle ; « non que l'oraison de la voie commune soit purement « naturelle ; car il est certain, et nous avons dit souvent, « qu'il est de la foi que toute bonne oraison vient du Saint- « Esprit et d'un instinct surnaturel ; mais pour exprimer « que celle-ci étant surnaturelle par son objet, comme « toutes les bonnes oraisons, elle l'est encore dans sa « manière par la suppression de tout acte discursif, de « tout propre effort, de toute propre induction. Voilà ce « qu'on appelle passif, lorsque par la suppression de tous « ces actes, qui sont de notre ordinaire manière d'agir, on « est mù de Dieu avec une heureuse facilité. »

La passivité dans l'état de contemplation infuse n'est donc que passagère et relative, elle n'est pas, comme le voulaient les faux mystiques du xvii® siècle, permanente

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