q.CLXXX, a. 6. ad
discursive, il embrasse la vérité d'un seul et simple reg ;rd. L'homme, au contraire, ne parvient à la vérité qu'en pissant par les choses sensibles, il ne la saisit qu'en allant d'une vérité à l'autre. Or, l'àme, pour atteindre, autant qu'elle le peut à la hauteur de la contemplation angélique, doit se délivrer de deux liens qui l'enchaînent, c'est-à-dire, de l'appui des choses sensibles et du mode discursif; toutes ses forces étant alors réunies et condensées, elle fixe son regard sur une vérité simple qu'elle embrasse d'un seul coup d'œil.
Cette contemplation ne ressemble en rien aux méditations spéculatives des philosophes. Elle consiste essentiellement, il est vrai, dans un acte d'intelligence, mais elle a le cœur pour principe, dit saint Thomas (1), parce que c'est la charité qui pousse l'àme à la contemplation. Or, en tout ordre de choses, le principe étend son influence jusqu'au terme vers lequel il dirige l'acte, de telle sorte que la tin répond au principe ; si donc le principe de la contemplation acquise est l'amour de Dieu, il suit de là qu'elle a ce même amour pour terme et pour fin dernière. On peut donc dire que si la contemplation consiste essentiellement dans un acte d'intelligence, la charité est son àme, sa raison d'être, son principe et sa fin. L'intelligence et le cœur se prêtent un mutuel concours dans l'acte contemplatif. Le cœur pousse l'intelligence à connaître afin de donner un aliment à l'amour qui le presse, il savoure la contemplation de l'objet aimé et il désire le connaître toujours davantage, afin de l'aimer de plus en plus : in visione rei amatœ delectatur, dit saint Thomas, et ipsa delectatio rei visœ amplius excitât amorem,