Le chàteaii intérieur; sixièmes (]emeure>, ch. ^^I
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« présent de la main de Dieu... elle donne à l'àme une « connaissance particulière de Dieu ; le bonheur d'èlre « continuollement dans la compaji;nie du divin Mailre « ajoute une extrême tendresse à l'amour qu'elle a pour « lui; le désir de s'employer tout entière à son service « surpasse celui qui est excité par les autres faveurs; en- (f fin le privilège de le sentir si près d'elle la rend si « attentive à lui plaire, qu'elle vit dans une plus {grande « pureté de conscience... Il est d'autres choses spiri- « tuelles qu'il n'est pas au pouvoir de l'àme de dire, et « par lesquelles elle voit combien notre faiblesse et notre « bassesse nous rendent incapables de comprendre les « grandeurs de Dieu. »
Sainte Thérèse recommande ensuite à ses filles de consulter les théologiens pour se guider d'après leurs conseils, et elle ajoute ces remarques pleines d'une profonde sagesse : « Après avoir pris l'avis d'hommes si capables, « cette àme doit se tenir en repos, et n'en plus parler à « qui que C9 soit... que les prieures ne s'imaginent point « qu'une sœur, par cela seul qu'elle est favorisée de ces (f grâces, soit meilleure que les autres. »
Les visions intellectuelles ne présentent pas toujours les mêmes caractères : tantôt elles sont obscures et confuses, tantôt claires et distinctes. Elles sont obscures, parce que l'àme n'étant frappée par aucune image sensible éprouve d'une manière confuse mais certaine le sentiment de la présence du divin Mailre ; elle sait qu'il est là et sa certitude est plus forte que si elle le voyait de ses yeux. Les visions distinctes tiennent le milieu entre les ténèbres de la foi et la lumière étincelanle de la patrie. Dieu se manifeste dans une clarté qui n'est pas la vision béatifique mais qui est infiniment plus lumineuse que les lueurs de
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la foi. Quand Tàme est recueillie et plongée dans la contemplation, Dieu tout à coup, lui révèle des secrets divins, il lui fait voir des vérités auxquelles 'atteignent jamns les plus sublimes théologiens. Elle comprend alors qu'il est seul la vérité, que seul il ne trompe pas et ne peut pas se tromper: Dieu 'l'élève à la contemplation de ces mystères que la foi environne pour nous de ses saintes obscurités et, si elle n'en a pas la claire vision comme dans la Patrie, elle en voit au moins l'inaccessible lumière.
Gf^te vision diffère beaucoup de la présence ordinaire de Dieu dans les oraisons de quiétude et d'union. Dans ces oraisons, quand elles ne sont pas accompagnées de visions intellectuelles, Dieu manifeste sa présence par ses effets seulement, tandis que la vision en donne une connaissance claire et distincte.
Les conséquences de la vision intellectuelle sont la paix de l'àme, l'illumination de l'intelligence, la joie divine, la pureté, l'amour de Dieu et l'humilité. Les âmes qui en sont favorisées ne doivent pas se croire meilleures que les autres ; qu'elles s'humilient au contraire d'être moins ferventes que celles dont le zèle n'est pas secondé par ces grades extraordinaires et qui cependant se consacrent de tout leur cœur au service de Dieu.
Les visions sont presque toujours accompagnées de paroles que le divin Maître adresse à son élu pour le consoler, pour l'éclairer ou pour lui révéler les mystères de l'avenir: «Tantôt, dit un pieux auteur (1), elles se font
entendre dans l'air comme une voix venant du Ciel ;
1. Le livre des divines paroles, par le T. R. P. Saudreau ex-provincial des FF. Pn'cheiirs; préface.
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« tantôt elles paraissent sortir de la bouche du Crucifi « tantôt elles sont prononcées dans le mystérieux silch « des âmes pendant leurs sublimes extases ; tantôt Notr^ « Seigneur les leur adresse de ses lèvres dans ses diviu, « apparitions. »
On peut, en effet, diviser en trois classes les paroles que Dieu adresse à l'àme favorisée de visions.
Les unes frappent les oreilles et, en éclairant l'intelligence, elles enflamment le cœur. Telle est cette parole qui retentit dans le ciel au jour du baptême de Notre-Seigneur : celui-ci est mon fils bien-aimée en qui j'ai mis toutes mes complaisances. Tel aussi, le cantique des Anges sur la crèche de Bethléem : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté; et cette parole que saint Thomas d'Aquin entendit tomber des lèvres du crucifix : Tu as bien écrit de moi.
Il en est d'autres que Dieu forme dans l'imagination seule, soit directement, soit par l'entremise de ses anges.
Si l'homme a le don d'émouvoir une àme et de lui découvrir au moyen d'un peu d'air modifié par ses lèvres des vérités jusqu'alors ignorées, pourquoi l'ange et Dieu n'auraient-ils pas le pouvoir de produire les mêmes effets en imprimant dans l'imagination de celui auquel ils veulent se révéler, les images des paroles qu'ils adressent à l'imagination seule? ces paroles semblent parfois descendre du Ciel et parfois surgir du plus profond de l'àme.
Enfin il est des paroles qui ne s^adressent qu'à l'intelligence. Les paroles intellectuelles que l'àme entend pendant la vision se divisent à leur tour en trois catégories.
Les unes sont formées par l'inteUigence qui, dans l'acte ; de la contemplation, se parle à elle-même, s'interroge et se
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répond comme si un interlocuteur était auprès d'elle. Il y en a un en elfet, c'est l'esprit de Dieu.
Quelquefois au contraire, l'âme ne parle pas, elle ne fait qu'écouter ; elle sait, et elle n'a aucun doute sur ce point, que quelqu'un lui adresse la parole.
Notre-Seigneur, dit saint Thomas (1), parle à son épouse en lui inspirant de saints désirs, et le son de sa voix est si doux que l'àme morte à tout ce qui est de la terre ne vit plus que pour le Ciel. C'est, dit encore saint Thomas après saint Augustin, c'est le langage que Dieu tenait au premier homme sous les ombrages de l'Éden ; Il s'entretenait avec Adam comme avec les Anges en illuminant son intelligence des rayons de son immuable vérité (2).
On distingue en troisième lieu les paroles substantielles. On leur donne ce nom à cause de l'étendue et de la profondeur des effets qu'elles produisent. Elles deviennent la vie, la force, le trésor inépuisable de l'àme. Tels sont ces mots adressés à sainte Thérèse par Notre-Seigneur pour calmer les craintes qu'on voulait lui suggérer sur ses états extraordinaires : Ne crains rien, c'est moi.
La question capitale, quand il s'agit de visions, apparitions, prophéties, divines paroles et révélations, c'est de bien connaître les rè:;1es qui, sur ces matières délicates, nous aident à discerner le vrai du faux. Une nature impressionnable et d'une imagination exaltée peut en effet, de très bonne foi, prendre pour visions, apparitions ou divines paroles des phénomènes qui n'ont d'autres causes que les ruses du démon ou qu'un état pathologique où il n'y a rien de surnaturel. Quelles sont donc ces règles et
[. In cant. c. v.