Le château intérieur; sixièmes demeures, ch.xi
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 433
elle a horreur d'elle-même, elle ne peut ni se distraire ni penser à autre chose, le souvenir de la bonté infinie de Dieu qu'elle croit avoir tant offensé achève son martyre et fait déborder la coupe si amère déjà.
L'amour, toujours aussi intense, est une source de nouvelles angoisses. L'àme aime son Dieu par dessus toutes choses. Chaque battement du cœur est un élan passionné vers la beauté divine, elle y aspire de toutes les énergies de son être, et, voyant l'intervalle qui la sépare de son Dieu, elle pousse les cris du déchirement suprême : Mon Dieu 1 Mon Dieu 1 pourquoi m*avez-vous abandonnée (1). Il faut renoncer à décrire de semblables tortures : écoutons le récit de ceux qui les ont endurées :
ft L'àme se trouve embrasée d'un tel amour, dit sainte « Thérèse (2), que très souvent à la moindre pensée, à la « moindre parole qui lui rappelle que la mort peut tarder « encore à l'unir à son divin époux, soudain, sans qu^elle « sache ni d'oii ni comment, elle se sent frappée comme « d'un coup de foudre, ou comme transpercée par une Cl flèche de feu. Je ne dis pas que ce soit une flèche; « mais, quoique ce puisse être, on voit clairement que ce « n'est pas une chose qui procède de notre nature. Je ne « dis pas non plus que ce soit un coup de foudre, car la « blessure qu'on reçoit est plus pénétrante encore. Et cette « blessure, à mon avis, n'est point faite à l'endroit où « nous ressentons les douleurs ordinaires, mais au plus « profond et au plus intime de l'àme, dans cet endroit où « ce rayon de feu, en un instant, réduit en poudre tout « ce qu'il rencontre de notre terrestre nature. Tant que « l'àme est en cet état, il lui est impossible de penser à