‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 287 sur 297 · Apoc. II, 17. — Matth. xxv, 2i · texte numérisé non relu

Apoc. II, 17. — Matth. xxv, 2i

3. Voir le P. Séraphin : Principes de théologie mystique, 2« partie ch. I.

DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 440

silence spirituel; si l'àme a le sentiment expérimental suave et calme de la présence de Dieu, c'est V Oraison de quiétude. Si elle tressaille et si son bonheur se manifeste dans les actes auxquels la pousse la violence de son amour, cet état s'appelle : ivresse d'amour. Si la volonté perdant tout sentiment personnel s'assoupit devant le divin époux, c'est le sommeil spirituel. Quand la possession de Dieu n'est pas aussi complète que le cœur le désire, c'est Vangoisse d'amour ; si Dieu se fait sentir d^une manière spirituelle sans doute, mais très réelle au point que l'àme éprouve un contact de Dieu, cet état s'appelle ; touche divine. Quand l'àme est perdue en Dieu et comme transformée en lui mais, d'une manière imparfaite c'est Vunion mystique simple d'amour. Quand cette union la met hors d^ellemême, mais sans violence, c'est Vextase ; si l'extase s'opère avec une certaine violence il s^appeWe ravissement; quand entin l'àme sent son Dieu au plus intime de son être et dans son essence, c'est l'union suprême ou Vunion mystique parfaite et stable.

Les trois premiers degrés de contemplation et d'union se constatent souvent dans la vieilluminative, c'est-à-dire dans la contemplation infuse; les derniers sont plutôt réservés à la vie unitive proprement dite. Mais, on le voit, ils ne sont tous, au fond, que les diverses manifestations du même fait, l'union divine. C'est toujours le même état présentant différentes phases qui ne constituent pas une différence essentielle. Nous ne les décrirons donc pas tous en détail, nous nous contenterons d'exposer les principes généraux qui dominent les principales phases de la vie unitive.

Nous avons dit plus haut que Dieu accorde à l'àme parvenue à la vie unitive quelques unes des prérogatives du

'^'^" I-A DOCTRINE SPIHITUELLK

premier homme avant le péché et que le premier de ce! dons est une bienheureuse facilité à se prêter à toutes lei impulsions divines : le second est une connaissance spéciale etéminente des secrets célestes.

Le premier homme, dit saint Thomas (i), n'avait pas une vue ordinaire et habituelle de l'essence divine, car cette vue est incompatible avec le péché, mais, il connaissait Dieu à Taide d'une lumière qui tient îe milieu entre la vision de la patrie et les lueurs de l'exiî.

Il n'y a, dit le saint Docteur, que deux manières de voir Dieu, dans son essence ou, dans îe rayon qu'il a laissé tomber sur les créatures, il suit donc de là que plus une créature est noble et belle, plus aussi est grande sa ressemblance avec Dieu. Le rellet divin brille par conséquent avec plus d'éclat dans les œuvres divines qui s'éloignent le plus des conditions auxquelles sont soumises les choses matérielles. Or, dans l'état présent, l'homme entravé par des liens sensibles qui le retiennent ne peut pas s'élever à la contemplation claire et entière du monde intelligible; d'épais nuages lui interceptent la vue de ces sphères où Dieu a laissé les traces les plus vivantes de ses perfections infinies. Mais il n'en était pas ainsi quand l'intelligence humaine avait gardé sa limpidité originelle. Soulevant le bandeau qui maintenant pèse sur elle, elle levait les yeux vers ce monde que l'irradiation de la vérité première éclaire d'une lumière dont aujourd'hui elle ne peut pas supporte;' la vivacité. C'est précisément cette force native des premiers jours que Dieu rend à l'intelligence de l'élu admis aux joies de la vie unitive. S'il n'a pas la vue directe et intuitive de l'essence divine il en a cependant une

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